Little Boy, la Bay Area par Nicolas Pellion et Hector De La Vallée
Le binôme Nicolas Pellion, au récit, et Hector De la Vallée, au dessin, remet le couvert. Et comme le duo a désormais sa réputation, il est assez aisé de savoir de quoi va retourner l’affaire. Des illustrations faites de traits labyrinthiques aux écrits appartenant autant au concret d’un bitume fissuré qu’à l’imaginaire d’un château dans le ciel, Little Boy transporte le lecteur en territoire nord-californien. « Dans les eaux devenues ocres de ce paradis perdu [où] naquit cette région que les nouveaux Américains appelleraient un jour Bay Area » comme l’écrit, à la page intitulé « Le delta de la liberté », le fondateur du blog Pure Baking Soda et co-animateur du Fusils À Pompe Radio Show. Dans un récit fracturé, les auteurs arrivent à hameçonner l’esprit en liant des éléments à première vue éloignés les uns des autres, sans couper le fil rouge du concept principal incluant pêle-mêle chants de baleines, complots politiques, rides à cheval et mouvements progressistes. Le lecteur y croise dans des anachronismes dignes d’une bande dessinée d’Hugo Pratt des personnages tels que Philip K. Dick, Sade Adu ou Talliyah Timentwa aux côtés des rappeurs Lil B, Husalah ou Mac Dre – entre autres. Au fil des pages, la Bay Area se dévoile à travers ses protagonistes et en remontant la pente de son histoire, de la cosmogonie de ses natifs jusqu’aux monstres dévorants de la Silicon Valley. Agissant comme des vases communicants, les courts chapitres ouvrent des portes sur des univers de prime abord distincts mais indiciblement noués. Comme son prédécesseur, Little Boy est un voyage à part entière à travers le temps et l’espace ouest-américain.