Rocé - Identité en crescendoRocé Ce que personne n’entend vraiment

Extrait de Identité en crescendo

Pourquoi on ne vient pas danser, on ne sourit pas ? Arrête… Pourquoi on reste dans notre coin, avec ou sans l'assiette ?... J'ai créé un froid ? C’est rien, ça a cassé la fête. La prochaine fois, faudra brûler la fête… Ils écoutent de la musique ethnique avec leurs sapes ethniques, on se croirait à Ethnicland. C’est véridique ? Je me demande… Ce pays n'existe qu'ici où les fantasmes abondent. Ils l'ont construit brique par brique, voudraient que je m'y rende… Mais quand ils partent vraiment dans un de ces lieux du moment, ils se plaignent du changement face au délire de leurs pensants… Alors ils recommandent, soirées sur thème d'Orient où tout le monde applaudit ce que personne n'entend vraiment.

Laisse-les danser avec leur T-shirt Che Guevara et Abu-Jamal. La fashionerie prend sa source dans ce canal de la misère et de l’anti-maille, puis s’inscrit sur T-shirt de bourges à la santé du capital… Le tiers monde est mauvais, mais t’y étais cet été, montrant ton bon côté, ta monnaie, pour ton biz de djumbés. Vive leur beuh d'ailleurs ! Vive leur révolution ! A vivre un peu loin d'eux, plus proche de ta télé, beaucoup de métèques dans ce jeu aiment être le talisman. Des ethnophileuses et ethnophileux en mal d'Orient. Chacun y trouve son compte et au bout du compte c'est si bon que tout le monde applaudit ce que personne n'entend vraiment.

Regarde l'autre qui parle plus qu'il pense… Il séduit car il a le poster de Fela et l'autographe de Femi. Grâce à son assurance tout le monde bloque sur son récit, son débit sympa, son avis d'expert réduit… Réduit à ça est le Tiers-monde, la critique reste de bronze et les conneries abondent, se vendent surtout après le onze… L'Islam en best-seller inonde les lumineux plateaux des songes où l'audimat éponge conneries et mensonges… Dans cette saveur d'amour-haine, les livres prennent leur élan. Certains mots font peur, la peur fait l’argent. Le savoir fuit l'horizon, stoppé par cette queue de poisson. Et tout le monde applaudit ce que personne n'entend vraiment.

Consommer et se consumer sont devenus les seuls drames des pays riches qui s'emmerdent dans leur monde en hologramme. Seul souci ? Trouver une identité palpable, loin d’une vie plastique taillée dans un pseudo-drame… Génération télé-point-com, mal d'identité. Chacun veut être son propre héros dans un succès à faire rêver, un drame à faire chialer, parce que les seuls soucis ne sont que plaisirs à couver… Bien loin de là, les feux, les guerres, les sangs projetés dans l’arène plasma apaisent nos distractions. C'est de l'autre côté de l'écran, à l'autre bout des continents. Et tout le monde applaudit ce que personne n'entend vraiment.

Avec ma tête de métèque, j'attire les ethnophileux à défaut d'attirer les envieux, les ventes, les skyrockeux. Ils me veulent comme leur bifteck, à force c'est horripileux de converser avec ces malotrus… Du haut de leur école de commerce, ils disent comment je dois être heureux. Pour eux, mon rap est boutonneux, macère dans son pus de sérieux, trop rugueux face à un public heureux. Personne ne voudrait rentrer dans le jeu et quand changera le vent ils me diront : "Mec, sois plus militant maintenant que les gens veulent du grand, du hardcore et du conscient…" Ce qui fait peur c'est que dans un sens ils ont leurs raisons, vu que tout le monde applaudit ce que personne n'entend vraiment.