Rocé Aux Nomades de l’Intérieur
Extrait de Identité en crescendo
Compressé dans un vide absurde,
insurmontable inquiétude qui vient ronger ton assurance, ton estime, ta
certitude, ne serait-ce que une minute, le temps d’un interlude - qui n’a
jamais souffert de cette solitude ? Trop de remises en question font de la
question ta seule route. "Doute de ton pouvoir, tu donnes pouvoir à tes
doutes" : il faut pas trop penser si t’as ce genre de penchants. C’est plus
facile de s’y pencher que d’en éviter les tranchants. Les doutes c’est comme
l’insomnie : l’abus est dangereux, mais qui ne les a pas écouté, donné du
temps un peu précieux ? Déjà que l’anxiété commence à infiltrer tes yeux…
Range cette part de folie, à trop douter t’en deviens douteux.
Range
ta part de folie tant que tu le peux, car admettons que la joie et la raison
soient ce qui est bon, c’est con mais ta tête est ta seule maison, ton bien
le plus précieux, ton paradis si tu les prends, ton enfer si tu ne le peux…
Y’a des carrefours de paranoïa et des ruelles de naufrage, des ghettos
d’anxiété et des impasses de panne. Vis près de la normalité, mets tes bons
neurones en cage. Y’a de ces quartiers mal famés dans de ces quartiers du
crâne… Là où il pleut dans la tête, où ça attire la moisissure, rares sont
ceux qui coulent dans cette tempête et qui en sortent plus durs… Dédicace
aux nomades de l’intérieur, parce que ce qui est sûr c’est que la folie,
personne n’en revient sans blessures.
Refrain
Les mains qui
compressent le crâne et on reste sans comprendre. Pourquoi c’est sur soi
qu’il y a ce que la folie vient prendre ? Les yeux fixés au sol parce que le
sol reste de cendre, sans rendre ce regard que chez les autres on engendre.
Le regard de l’autre a le poids de l’enclume qu’est notre malaise. On
stresse, y’a plus rien qu’on encaisse, on sait qu’y a plus rien de bon et on
le cache aussi mal que ce pli sur le front. Dans le mensonge que tout va
bien on régresse à faire semblant, mais les yeux sont fenêtre sur l’âme et
ton regard est absent. Celui des gens est comme une flamme sous l’œil ; tu
ne veux pas te montrer en le clignant, alors tu mets l’accent. Et l’humeur
que tu montres aux autres en cache une à toi tout seul.
C’est pas
que la raison ne soit plus là, c’est pire : la raison te nargue. Car tu sais
que tu la poursuis, car tu t’y rabaisses… Tête entre les mains à attendre
qu’apparaisse sa nouvelle vague, sauf qu’au premier reproche les nerfs
décident que tu régresses. Et quand le calme revient, t’aimerais dire, à
forte raison, tes confidences à la mère, le père, le frère et les sœurs. Et
là tu te rends compte combien le cerveau est ta propre maison, car si tu n’y
es pas au chaud, tu ne peux réchauffer les cœurs.
Quel bonheur les
gens ont, ils se rendent pas compte, de glisser à vie… Et quel malheur de
vivre à essayer quand, dans la tête, un labyrinthe qu’on veut chassé s’est
construit comme si tu ne reconnaissais plus chez toi, trop infesté… Les
écorchures physiques sont voyantes et guérissables ; à l’inverse de ça, tu
n’es que trop fragile et périssable. Agile dans le mensonge parce que à la
recherche du véritable, et mourant de soif de cette raison insaisissable, tu
pues de cette rupture que les proches appellent cassure, étant dans cette
partie du crâne que l’humain normal rature, là où les émotions sont dures et
où le sensible sature, seul avec ton ombre comme carrure et pas une ombrelle
d’armure.
Il a plu dans la tête et ça attire la moisissure. Rares
sont ceux qui coulent dans la tempête et qui en sortent plus durs. C’est
pour les nomades de l’intérieur parce que ce qui est sûr, c’est que la
folie, personne n’en revient sans blessures.




