Rocé Seul
Extrait de Identité en crescendo
Retrouve-toi sans tes origines. Renvoie-les à tes ancêtres juste
pour un moment, le temps de te retrouver seul. Sans une couleur de peau et
sans une religion. Renvoie ça à tes ancêtres, juste le temps de te trouver
seul.
Retrouve-toi seul sans ton pays. Prends un moment pour être ni
de la politique ni de la géographie. Tu n’es pas un contexte et tu n’es pas
une situation. Tu naquis d’un contexte et tu crées les situations. Alors
retrouve-toi seul.
Retrouve toi seul sans tes amis. Sans
l’affection, sans le groupe. Tu n’es pas le groupe parce que le groupe n’est
pas Un, et les guerres intestines ne touchent pas tes intestins. Alors
retrouve-toi seul.
Retrouve-toi seul sans tes ennemis. Ils ne le
sont qu’à cause d’une histoire de groupes ou de situations ou de pays ou
d’origines. Alors retrouve-toi, seul, sans tes ennemis.
Retrouve toi
seul sans ton sexe, sans ton genre. Le sexe est un outil, c’est un détail ;
le genre est une posture, c’est un rôle. Tu n’es pas un détail et tu ne
prétends pas jouer un rôle. Alors retrouve-toi seul sans ton sexe, sans ton
genre.
Retrouve-toi seul sans ton prénom, sans ton nom. Mets-les de
côté pour pouvoir t’observer sans que ce soit eux qui te servent de reflet.
Sans leur connotation, sans leur sonorité. Renvoie ça au langage juste le
temps de te retrouver seul.
Retrouve toi seul sans ton visage. Tu le
vois par les yeux des autres et sans eux tu ne l’as pas, tu ne l’as plus. Ne
les laisse pas te modeler, te remodeler.
Tous ces déguisement qui
rendent l’intérieur inaccessible et si étrange à soi-même, jusqu’à en avoir
peur de regarder dans son intérieur et de ne voir que du vide et de tomber.
Tomber ? Tomber parce qu’on se rendrait compte qu’il n’y a aucun artifice
assez solide à l’intérieur où l’on pourrait se rattraper. Alors on a peur
d’être seul comme si on avait peur de soi-même.




