Rocé - Identité en crescendoRocé Je chante la France

Extrait de Identité en crescendo

J’ai… la Marseillaise sifflée et le drapeau sous les semelles. J’ai le regard crispé sur ce pays et ses querelles. Le regard débridé et le pelage blanchi. Je bégaye, presque sans plus d’accent, les mêmes problèmes qu’il y a des décennies… Pays des Droits de l’Homme ? Alors vivent les femmes et sauvages tués par des hommes, eux-mêmes tuant leur propre image… Mais les chansons et les danses de résistance, dans leurs insultes intenses, embellissent et chantent la France.

Mon père a combattu Vichy et collaboration. Expert en faux papiers, sauve les victimes de trahison. Agir et résister quand la patrie perd la raison, il offre l’humanité sans prendre l’accord du président. La clandestinité ? A cause de ses appartenances, de ces combats menés pour mettre justice dans la balance. La jeunesse, la santé, sont cloîtrées dans la résistance. Pas français, pas de récompenses ? Pas de problèmes, il sauve la France.

Le secret et la censure créent un long silence, un silence qui couvre et qui étouffe les cris - et les répliques aussi -, et le pays nous dit : "Chante et chante et chante la France".

Le secret et la censure créent un long silence, un silence qui couvre et qui étouffe les cris - et les répliques aussi -, et le pays nous dit : "Chante et chante et chante la France".

(De) la pensée de négritude aux écrits d’Aimé Césaire, la langue de Kateb Yacine dépassant celle de Molière, installant dans les chaumières des mots révolutionnaires, enrichissant une langue chère à nombre de damnés de la terre. L’avancée d’Olympe de Gouges dans une lutte sans récompense ? Tous ces êtres dont la réplique remplaça un long silence, tous ces esprits dont la fronde a embelli l’existence, leur renommée planétaire aura servi à la France.

Nos pays lointains sont loin, mais fiers comme une mère patrie voyant son enfant parti mais qui jamais ne l’oublie, qui défie l’intégration si d’amnésie il s’agit. Rentre dans la patrie si c’est pour en être grandi. Moi, j’ai des pays cassés - ce ne sont pas des prothèses. Liés par parenté, je ne peux les mettre entre parenthèses. Et personne n’a à me dire le pied sur lequel je danse. Qu’elle m’accepte comme être multiple, et je chanterai la France.

Pays jalousé par tant d’autres, grâce à sa riche histoire… Mais à user le passé on récolte respect trop mince, alors on duplique la grande Amérique et sa victoire. Et à force de copier on ne ressemble qu’à sa province… Et les ghettos s’agrandissent, s’appauvrissent, c’est romantique. Personne n’avait besoin de ça, la pauvreté à outrance. Quelle différence entre nous et le bougre outre-Atlantique ? Allez savoir pourquoi, c’est plus dur de chanter la France.

Je n’irai pas en guerre, je n’ai pas de terre comme fierté. Je n’ai pas de terroirs mais des hectares de citoyenneté, qui peuvent aussi se défendre à main armée - à force d’être intégré, on finira ongle incarné… Quitte à chanter quelque chose, je chantonne l’humanité, tout en demandant à ce pays d’admettre que telle est sa chance. Et quand les portes restent closes, il s’agit de s’impliquer, car c’est de ses ecchymoses que peut se construire la France.

Le secret et la censure créent un long silence, un silence qui couvre et qui étouffe les cris - et les répliques aussi -, et le pays nous dit : "Chante et chante et chante la France".

Le secret et la censure créent un long silence, un silence qui couvre et qui étouffe les cris - et les répliques aussi -, et le pays nous dit : "Chante et chante et chante la France".