Interview Kris Parks
Bien qu'il se soit fait connaître du grand public pour ses collaborations avec des artistes de Nouvelle Donne, Kris Parks est davantage orienté Nu Soul pour sa première sortie solo, "Deep #1". Intéressant donc d'en savoir un peu plus sur les aspirations de ce producteur qui dit avoir acquis cette passion en écoutant D'Angelo...
2003-03-25 00:00:00 Propos recueillis par Shadok avec la participation de JB & Aspeum
LES DEBUTS
Abcdr : Première
instru marquante entendue ?
Kris Parks : 'Brown Sugar' de
D'angelo en 1996.
A : Comment es-tu arrivé à la
prod ?
K : En 1992, mes frères, des amis et moi-même avons
constitué un groupe de danse qui se nommé The Neway's. Ce dernier s'est
restreint au noyau familiale pour donner naissance à Belakris (Bella-mebi
Martin, Akam-mebi Hans et Kris). La danse étant la seule activité du
collectif, nous nous sommes dit que le chant serait un bon complément sur
scène, mais il fallait des prods ! On a démarrer avec du matériel très
précaire, puis la qualité des machines a progressivement évoluée. Etant
donné que nous étions 3 frangins (tous compositeurs) sous le même toit avec
une seule station de travail, tu imagines la compétition à domicile !
C'était vraiment mortel.
A : Rétrospectivement,
quel regard portes-tu sur tes premières instrus ?
K : Elle me
ressemble plus que jamais. En effet, elles sont le reflet de ma personnalité
: spirituel en permanence, sensuel par moment, et engagé.
A : Ta manière de travailler a-t-elle évolué ?
K : D'un point de vu technique, j'associe en permanence
l'audio et le midi et je m'oriente progressivement vers "le tout numérique
en 24 bits" en faisant de plus en plus attention à mes sources sonores.
D'un point de vu artistique, je me concentre plus sur la recherche
d'harmonie et l'orchestration de mes compositions. J'essaie de penser mon
travail avant de le réaliser, bien que je reste par moment impulsif en
sautant comme un rapace sur mon matériel pour en tirer une idée à tout prix,
ça peut donner de bonnes choses tout de même !
LA TECHNIQUE
A : Premières machines ? Machines
utilisées actuellement ?
K : J'ai réalisé mes premières
compositions avec un Amiga 500 et le logiciel protracker, puis j'ai
travaillé sur atari 520 ste et le logiciel cubase avec quelques
périphériques (Roland DR-330, Akai S950, Ensoniq EPS16 et une boîte à rythme
Yamaha RY-10 si mes souvenirs sont bons). Aujourd'hui j'ai un PC et
quelques synthés virtuels, un S2000, un Roland FA-76, un Roland ED PC-180A
et une spirit folio Sx.
A : Ton avis sur la
production assistée par ordinateur, sans samples et sans vinyls ?
K: En ce qui concerne la production assistée par ordinateur,
c'est une solution de travail à double tranchant. Le point positif, c'est
que tu n'es pas obligé d'être Herbie Hancock pour enchaîner des séries
d'accord ou d'être Mr ?ueslove pour faire tourner une rythmique. Le point
négatif, c'est que ça peut tuer la musique. En effet, je pense qu'il faut
songer à laisser de la place au jeu live, si le style musical le permet bien
entendu, pour que la composition vive plus. Par ailleurs, l'utilisation des
samples issus de vinyls est très intéressante car ces derniers peuvent
apporter un coté live et des sonorités difficiles à obtenir. Cependant, je
pense qu'ils ne sont pas indispensables.
A :
Boucle ou composition ?
K : J'ai commencé par le sampling,
et au jour d'aujourd'hui je ne sample plus du tout de boucle musicale.
J'essaie de matérialiser le mieux possible les idées que j'ai en moi, en
m'appuyant principalement sur mon clavier et en faisant appel à mes amis :
Slim & Faty Khemissi (bassistes& trompettistes), Tony Person (Guitariste) et
Lamine Diagne (saxophoniste). Par contre, je ne m'interdis pas les
compositions au format boucle et rythmique, j'essaie simplement de tout
créer moi-même.
A : Tu t'imposes des limites
dans le choix des samples ? Genres proscrits ?
K : Quand je
sample, je fouille dans tout support susceptible de fournir de la musique.
Car, comme ma personnalité, ma musique se veut ouverte, même si ma fibre est
relativement black.
A : Méthode de travail : par
quoi commences-tu : beat, basse, sample ?
K : De manière
générale, j'entends le titre tourner dans ma tête et je réfléchis à des
idées d'arrangement, d'orchestration et de structure. Puis, quand je sais
comment la réalisation va s'organiser, je réalise. Sinon, je "bœuf" sur des
rythmiques pour faire naître des idées au clavier et une fois que l'idée et
là c'est comme pour la cuisine : "ah ! un petit peu de sel et de poivre
sur cette portion de cuisse ça peut le faire ! Ah, bien vu ! Et si on
tentait une association sucré / salé … "
A :
Arrives-tu à écouter des disques en entier sans y chercher, même
inconsciemment, de la matière à sampler ?
K : Il y a une
période où c'était impossible, j'étais un vrai sniper. Aujourd'hui, je ne
suis plus du tout dans cet état d'esprit, même si j'apprécie toujours les
bonnes boucles musicales !
LE PRODUCTEUR, LE DJ ET LE MC
A : Lien entre production et deejaying
? et emceing ? Est-ce un avantage d'avoir une approche du rap par deux
biais différents ?
K : Les DJ ont le pouvoir de dynamiter une
prod, je pense notamment à DJ Premier et ses scratchs de feu sur la plupart
de ces beats. Par ailleurs, un MC a également se pouvoir, et si son texte
est vraiment consistant, il fait naître une réelle œuvre originale.
A : Dans quelle mesure es-tu impliqué par
rapport aux textes des mc's ?
K : Tout dépend du sens dans
lequel la collaboration s'effectue. Soit je propose un titre spontanément
et le MC, ou le chanteur(se), écrit en fonction des émotions que lui
transmet le titre. Dans ce cas de figure, je suis à l'origine du thème
choisi par le MC. C'est de cette manière qu'est naît le titre 'Séquelle'
de Kamnouze par exemple. Par ailleurs, le MC, ou le chanteur(se), peut me
suggérer un texte pour la réalisation d'un titre et je me fonds dans son
souhait. Dans ce cas de figure, le travail de composition est également un
réel plaisir car on peut mettre l'accent sur tel ou tel passage du texte,
et créer une vraie symbiose entre parole et musique. D'ailleurs, avis aux
intéressés, je suis ouvert à toutes propositions de remix en partant des
voix accapella, c'est un vrai kiff !
A : Est-il
important pour toi d'appartenir à un groupe ?
K : Non. Mes
expériences m'ont appris à ne compter que sur moi.
PROJETS
A : Es-tu tenté par des collaborations
avec des artistes hors hip hop ? Si tu l'as déjà fait, pourquoi ?
K : Oui. Pour la bonne et simple raison que mon réel kiff
c'est le chant et la Soul music. Je l'exprime dans mon projet personnel
dont la première galette "Deep #1" est sortie
début mars chez Ablode Records, un maillon de Nouvelle Donne, première
sortie qui inclut des artistes hors hip-hop (Slim, Faty et Lamine).
A : Remix peu courants en France : exercice
tentant ? Avec qui ?
K : Grâce à Nouvelle Donne, j'ai eu
l'occasion de remixer le titre 'Les chauffeurs' interprété par les
formidables chanteurs maliens Amadou & Mariam. Un titre en "stand by" pour
le moment qui mérite vraiment d'être entendu ! Ceci dit, j'aimerais bien
travailler sur d'autres remix de ce type.
A :
Travail pour BO, publicité, télévision ?
K : Certaines choses
se mettent en place.
A : Ton point de vue par
rapport à un album instrumental ?
K : Un album instrumental
se doit d'être riche en harmonie, riche en arrangements et riche en
couleurs. Je travaille en ce moment sur un projet de 3 maxis vinyl, à
dominante instrumentale, avec Nouvelle Donne, suite à "Deep #1" le premier de la série (à écouter sur le
site: www.kris-parks.fr.st). L'aboutissement de ce projet sera
un album au format CD.
A : Collaboration rêvée ?
K : Inviter dans le cadre de mon projet "Deep", Erykah Badu & Redman sur un même titre.
AFFINITES
A :
Producteurs fétiches dans le monde ? en France ?
K : Dans le
monde : Teddy Riley (dans sa bonne époque), Jimmy Jam & Terry Lewis, Devante
Swing (Jodeci), Pete rock, Dj premier, Jay-dee, hi-teck, Eric sermon (Def
squad), Dr dre, Jermaine Dupri (so so def), et j'en passe…
En
France : Dog marts & Akam swing (mes 2 frères), Ajevi (surprenant), Molskee,
Sulee B wax, Jaos, AKH, Patrice Anoh et j'en passe ..
A : Morceau parfait : quel MC avec quel producteur ?
K : Redman et Eric sermon.
A : Ta
vision d'une prod parfaite ?
K: Je n'ai pas de vision de la
prod parfaite, il y a tellement de combinaison possible en terme
d'association d'accords et de sons que je sors mon joker. (C'est le
premier depuis le début, tu me l'accepte ? ! Vas-y soit cool !)
A : Production dont tu es le plus fier ?
K : Tenant compte du petit pool de titres qui sont exploités
en ce moment, je dirais 'Deep#1' avec Lamine sur mon premier maxi "Deep#1".
LES ENJEUX DE LA PRODUCTION
HIP HOP
A : Ton avis sur les droits
d'auteurs et les artistes samplés qui taxent les rappeurs...Déclares-tu tes
samples ? Tentative de contournement de la loi ?
K : Je pense
qu'il faut respecter l'œuvre d'un artiste et à partir du moment ou tu
envisages d'exploiter commercialement un sample, il est indispensable de le
déclarer. C'est la moindre des choses !
A :
Existe-t-il des nouveaux champs d'évolution dans la production hip hop
(construction des beats, genres à sampler...) ?
K : Bien
entendu. Au jour d'aujourd'hui, bon nombre de producteurs hip-hop se
tourne vers le jeu, je pense notamment à Kayse, qui travaille avec la
structure Big Leader Group, qui joue tout lui-même. En effet, le jeu est
très important et je pense que le hip-hop, en France, va de plus en plus
évoluer vers un enrichissement harmonique.
A :
Pour ou contre les samples reconnaissables (ex: quand tu entends les longs
samples dans "The Blueprint", trouvez-vous ça mortel ou intolérable ?)
K : Je trouve ça mortel ! Mais il ne faut pas que ça
constitue l'essence du producteur. Il est très honorable de faire vivre une
musique, ancienne ou actuelle, par le biais d'un sample bien exploité.
C'est une forme de musique, non ?
A : La France
peut-elle s'affranchir du modèle ricain (Havoc, Primo, Swizz Beats, El-P)
et inventer son propre son ?
K : Tu sais, "est à César,
ce qui est à César " ! En ce qui concerne mes prods Hip-hop, j'essaie
d'y apporter ma griffe coûte que coûte.
A : Une
playlist pour finir, de titres récents ou non, hip hop ou
non.
1. 'Brown Sugar' / D’angelo
2. 'Lately' / Stevie
Wonder
3. 'Bag lady' / Erykah badu
4. 'The line' / D’angelo
5. 'Untitled (how does it feel)' / D’angelo
6. 'React' / Erick
Sermon
7. 'La plume à la main' / Jango Jack
8. 'J’accuse ces
mots' / Kamnouze
9. 'The joint' / EPMD
10. 'Africa' / D’angelo