Interview Killer Mike

Apparu dans le sillon de OutKast, Killer Mike est un vrai ATLien doublé d'un rappeur qui ne mâche pas ses mots. Dans cette interview réalisée en novembre dernier - avant l'élection d'Obama et la signature de Killer Mike sur le label de T.I. "Grand Hustle" - le leader de Grind Time revient sur son parcours, son passage à l'indépendance, la Dungeon Family, le "vrai Atlanta" et la politique dans le hip-hop.

2009-02-15 00:00:00 Propos recueillis par The Unseen Hand avec la participation de Nemo & JB

Abcdr du Son : Après deux volumes de "I Pledge Allegiance To The Grind", Comment évaluerais-tu l'équilibre de ton double statut d'artiste-entrepreneur ?

Killer Mike : Je pense que je me donnerais un "C+", peut-être "B –". Maintenant je vise le "A+". Je pense que fin 2009, J'aurai un A+ pour avoir été un artiste solide avec ma propre direction, car là, je travaille vraiment à fond l'artistique. Je veux développer mon propre truc, ma propre niche. En ce moment, je suis en train de consolider ça pour être un meilleur homme d'affaires. J'annonce : Grind Time sera l'un des plus gros labels du Sud dans les cinq prochaines années. Il y a encore beaucoup à faire, donc j'ai besoin d'apprendre le métier plus profondément... C'est beaucoup de travail, il faut que j'apprenne plus précisément les rouages du business. Ça ne pourra être que bénéfique pour moi et les artistes avec qui je bosse.

A : Maintenant que tu es directeur de ton propre label, comment vois-tu les échecs d'autres labels comme Aquemini et Purple Ribbon ?

K.M. : Je peux avoir de la sympathie pour Purple Ribbon car les mecs dans ce bureau voulaient vraiment apprendre aux artistes la partie "business". Je pense qu'ils vont revenir bientôt. Perso, j'aimerais être au niveau de labels comme Grand Hustle. Leur succès m'inspire.

A : Dirais-tu que, malgré le succès d'OutKast, quitter le label était une bonne chose, contrairement à ce qu'on pouvait imaginer ?

K.M : Ouais, c'était clairement un mal pour un bien pour moi. C'était marrant de les entendre dire de faire attention à ce que j'attendais, ce que je recherchais. En fait, je cherchais à être mon propre boss et avoir la liberté de faire le type de musique qu'il fallait vraiment que je fasse. Je n'avais pas réalisé qu'il fallait que je passe par tant d'étapes, mais ça en valait la peine.

A : L'album que tu as enregistré avec Purple Ribbon s'appelait "Ghetto Extraordinary". En 2008, tu as décidé de le rendre disponible gratuitement sur le net. Qu'est-ce qui t'a poussé à faire ça ?

K.M. : Le public qui supporte ma musique ne devrait pas attendre pour entendre ma voix. Ils n'ont rien à voir avec les labels et tout ce business mais ils en subissent les conséquences. Honnêtement, on ne sait même pas comment ce disque s'est retrouvé sur le net mais j'étais content qu'il soit disponible et que ceux qui me soutiennent puissent l'écouter. Je voulais justement leur offrir quelque chose.

A : Tu ne sais pas comment le disque s'est retrouvé sur le Web ?

K.M : Nan, je ne l'ai pas diffusé de mon côté et je l'ai appris quand un site m'a contacté. Ils me demandaient s'ils pouvaient le mettre à disposition chez eux et je leur ai dit "Bien sûr, pourquoi pas ?".

A : Comment vois-tu cet album maintenant ?

K.M. : Je pense que c'est un bon album. Je devais avoir deux ans d'avance à l'époque. Quand j'écoute 'My Chrome', ça sonne comme pas mal de trucs à la radio en ce moment. Je pense que l'essence de ce que vous écoutez en ce moment est sur ce disque. Si tu écoutes 'Speak Lord', 'Bad Day/Worst Day', 'Mama Said', ils sont super actuels. Je pense que j'ai toujours été un peu en avance. J'ai fait 'Rap is Dead' deux ans avant que Nas ne fasse 'Hip Hop Is Dead'. J'ai été l'un des premiers à parler de ces sujets. Je pense que c'est l'essence de ce genre de trucs qu'il y a sur "Ghetto Extraordinary".

A : Dirais-tu que quelques fois, il n'est pas bon d'être en avance ?

K.M. : Oui, quelques fois. Je ne pense pas que ce soit nécessairement mauvais mais tu dois toujours te comparer à ton époque. Le premier "Pledge Allegiance" était une mixtape à la base et j'ai décidé de le sortir en tant qu'album. Ça ne m'a pas offert que des avantages. Le deuxième volume m'a permis de développer ma musique au niveau digital, de commencer à vraiment utiliser Internet pour avoir des réactions qui m'aident, moi et ma musique, à aller de l'avant. Même la petite vidéo où on me voit avec Big Boi, c'était pour faire la promo du "Sunday Morning Massacre", une série de freestyles disponibles tous les dimanches gratuitement sur www.therezidue.com J'ai déjà fait 'Dope Boys' de The Game, 'Jockin' Jay-Z' et 'A Milli' [NDLR: Plusieurs autres sont disponibles depuis]. Tout ce que je vais faire maintenant redirigera toujours le public vers la musique car j'ai appris que c'était quelque chose que je savais faire, que je vais garder pour la suite.

A : Tu parlais du premier volume "I Pledge Allegiance". Pour être honnête avec toi, j'aime cet album mais je le considère plus comme une mixtape.

K.M. : C'est vrai. Mais il faut capter qu'à cette époque, ça faisait deux ans que personne n'avait entendu parler de moi au niveau national. En plus de devoir me présenter à nouveau, il fallait que je présente les autres membres du label. C'est pour ça qu'il y a autant de morceaux. Je sais que les critiques n'aiment pas trop ce genre de format mais les mec qui me supportent adorent ça. Ces mecs aiment bien voir que tu es capable de créer autant de trucs, mais je ne pense pas que je referai ce type de format, un double CD.

A : Comment abordes-tu un projet comme "I pledge allegiance" ?

K  : C'est la vie de tous les jours qui m'inspire, bien sûr. Mais je pense que tu ne peux pas considérer le jour présent comme une vérité absolue. Tu dois pouvoir réfléchir au-delà du quotidien. Une fois que tu y arrives, tu peux trouver l'inspiration. Le premier volet de "I pledge allegiance", c'était l'instant présent : voilà où j'en suis, et voilà de quoi je veux m'éloigner. L'album avait pour vocation d'annoncer aux gens que j'étais passé d'une situation A à une situation B. C'est à ça que je "prêtais allégeance".

La débrouille, c'est moi. La débrouille, c'est toi aussi : les gens peuvent également devenir riches en restant indépendants. Dans le volume 2, on me retrouve à la fin d'un cycle où je vire mon patron pour devenir mon propre patron. C'était une campagne pendant laquelle j'expliquais cette situation qui concerne ces millions de gens prêts à démissionner pour lancer leur propre business. Dans le volume 3, je serai dans la peau du boss : que se passe-t-il à ce moment-là ? Quelles nouvelles situations apparaissent ? Tout le monde peut se reconnaître là-dedans, à un moment ou un autre. Ma musique est vraiment ce que j'appelle "la bande originale de ton succès". C'est une musique qui doit être écoutée quand on cherche à accomplir un objectif, quel qu'il soit. Tu dois être en mouvement avec ma musique, pas simplement pour danser, mais pour accomplir ton but. Étape 1 : quitter ton job. Étape 2 : Devenir ton propre patron. Étape 3 : viser l'expansion.

A : Ton discours aux Ozone Awards en 2007 a été très remarqué. Etait-il prémédité ou est-ce que tu as juste laissé parler ton cœur ?

K.M. : Ce n'était pas du tout prévu ! Je ne croyais vraiment pas que j'allais gagner. Si tu as capté, j'ai couru vers la scène parce que j'étais déjà en train de me barrer ! Mon discours, c'était juste ma vérité. Ce n'était pas pour manquer de respect à Big Boi ou Purple Ribbon, ni à Sony, c'était juste pour dire que j'avais accompli quelque chose. Si tu as le courage de le faire, tu peux accomplir tout ce que tu veux.

A : Quand j'ai entendu ton discours, je me suis dit que c'était plus large que la musique, c'était à propos de la vie en général. Tu dois te lever et combattre ceux qui t'exploitent.

K.M. : C'est exactement ça! Là, ça concerne le rap mais si j'étais un coach de Basket dans n'importe quel ghetto en France, aux États-Unis ou en Europe, n'importe où, j'aurais la même mentalité car j'ai toujours été un optimiste. J'ai toujours grandi dans des situations très pessimistes, typiques d'une minorité en Amérique, mais j'ai toujours senti que rien ne pouvait m'arrêter. Tout est possible. Quand je parle de tout ça, le fait d'être riche en indépendant, je ne parle pas juste d'être un rappeur, je parle de toutes les situations possibles et imaginables.

A : As-tu constaté des changements depuis ce discours ?

K : Ah ouais, carrément. Avec des morceaux comme 'I will not lose' et 'I pledge allegiance to the grind pt. 1', j'ai vu des mecs se faire tatouer "I'm determine to win" sous leur clavicule. Des gosses d'une vingtaine d'années qui démissionnaient et montaient leur propre entreprise. Je suis heureux d'avoir été une inspiration pour eux, car en retour, j'y gagne un soutien qui devient ma propre inspiration. Sur Myspace, je réponds aux gens, j'échange avec eux, et pas seulement à propos de musique. Il y a quelques jours, un mec m'a contacté : "Je suis en mise à l'épreuve et je ne sais pas quoi faire". J'ai été honnête avec lui, je lui ai dit les choses à faire pour que sa vie soit en place et qu'il puisse prendre les bonnes décisions. Je veux faire en sorte que ma musique soit plus qu'une chose qu'on écoute ou qu'on regarde, mais qu'elle soit proactive, qu'elle encourage les gens à faire mieux.

A : Dans une autre vie, tu te serais vu leader de la communauté noire ?

K : Mais je suis un leader de cette communauté ! Je ne vois aucune contradiction entre être un rappeur et être un leader noir. Le rap est issu du Nationalisme Noir, alors désormais je suis un leader noir. Ma mère m'a élevé dans cette voie. Ma mère, c'était pas Afeni Shakur, mais en temps que mère adolescente, elle était très impliquée dans le mouvement de la fierté noire pendant les années 70. Ma mère m'a appris à aimer ma négritude, c'est pour cette raison que je serai toujours un leader. A une autre époque, j'aurais peut-être été un ministre – quoique j'aime trop les femmes pour ça ! [rires] Je ne sais pas si je réussirai à atteindre mes objectifs à une plus grande échelle, comme les frères Malcolm et Martin, mais je le souhaite véritablement : je veux être un modèle à suivre et un leader pour la communauté noire.

A : Dans tes raps, tu sembles t'adresser au citoyen lambda, mais on te considère souvent comme un MC politique. Comment surmonter ce paradoxe ?

K : Je ne crois pas qu'il faille le surmonter. Je suis parfaitement à l'aise pour parler au citoyen lambda et dans le même temps, je suis intelligent, je comprends la politique, je sais comment elle est utilisée à l'encontre du citoyen lambda, alors il ne devrait pas y avoir de confusion sur mon statut. Les gens devraient tout simplement me voir comme un produit de la communauté qui prend la politique en main, au même titre qu'un sénateur ou un député. Je suis issu de la classe des travailleurs, j'en connais les enjeux aux États-Unis. Le fait d'en parler me politise, mais je suis politisé précisément en raison de ce que vit le citoyen lambda. Si toutes ces injustices n'existaient pas, je n'en parlerais pas. Mais elles sont bien présentes, j'ai donc l'entière responsabilité de faire un rap politisé à destination de ceux qui ne viennent pas du milieu des gens que je représente.

A : En tant que MC, quel objectif veux-tu atteindre ?

K : J'aimerais laisser derrière moi un héritage qui fera de moi une légende. Je veux qu'à ma mort, mon nom soit encore cité parmi les MC's. Je veux devenir l'un de ces mecs à qui l'on se compare habituellement : des Biggie, 2Pac, Ice Cube, Rakim, OutKast, Goodie Mob, NWA, Too $hort. Je veux devenir une référence, je veux marquer l'histoire.

A : A ton avis, quels sont les efforts à mettre en œuvre pour y arriver ?

K : De la consistance ! Je connais tellement de mecs qui ont fait des hits et qu'on a complètement oubliés depuis. Il ne reste plus que leurs morceaux. Il faut donc de la consistance, la capacité à sortir des sons qui résistent aux poids des années, mais aussi les compétences d'un homme politique pour pouvoir naviguer dans l'industrie du disque. J'espère que j'atteindrai ce but. Et puis, un peu de chance ne me fera pas de mal non plus.

A : Les gens de l'industrie parlent toujours de toi avec les meilleurs égards, pourtant tu restes plutôt méconnu.

K : Oui, je sais. C'est la chose la plus étrange : même si ma voix porte, les gens ne m'entendent pas forcément.. DJ Premier me connaît, Rakim aussi, OutKast m'a signé, Goodie Mob aime ma musique, Ice Cube fait des morceaux avec moi, pas pour une question d'argent, mais pour faire des morceaux mortels. Scarface me considère comme l'un de ses rappeurs préférés… Tout ça, c'est la récompense pour tout le travail que j'ai abattu. Je crois que pour faire changer d'avis les gens, il ne me reste plus qu'un morceau, alors je travaille sur ce morceau-là.

En janvier sortira "I pledge allegiance to the grind pt. 3" alors qui sait, peut-être que ce disque-là fera la différence. Ou le suivant. Mais je vais bosser, bosser, bosser jusqu'à cet aboutissement parce que si je ne travaille pas, je trahis les gens qui me soutiennent et m'ont permis d'arriver jusqu'ici.

A : Tu sembles avoir une vision claire des choses à accomplir avec Grind Time. As-tu un plan B en cas d'échec ?

K : Non, l'échec n'est pas une option. Je ne peux même pas envisager l'échec.



A : Tu as dit "Je n'ai pas toujours fait partie de la Dungeon Family, j'étais juste un fan qui a eu un deal". Que faisais-tu avant de te retrouver sur "Stankonia" ?

K : Je vendais de la came ! [rires]

A : Cette expérience de dealer, elle t'a permis de devenir un bon businessman ?

K : Ça m'a aidé à comprendre que le business, c'est une affaire d'ajustement permanent. Rien n'est constant. Avec la drogue, tu peux faire un excellent mois, le suivant sera merdique, mais quoi qu'il arrive, il faudra rester consistant. En musique, la plus grosse erreur que j'ai pu commettre, c'est d'arrêter de balancer du son pour l'underground après avoir signé mon contrat. Quand j'ai sorti mon premier album en 2003, la maison de disques a arrêté de le travailler après quelques semaines. J'ai immédiatement sorti un autre album dans la foulée, et ainsi de suite, un album par an. Ça m'a permis de devenir ce que je suis aujourd'hui. La consistance, c'est la clef. Le contrôle du produit également. Assure-toi de la qualité du produit que tu mets en vente. C'est ce que le deal de drogue m'a appris, alors je l'ai intégré à ma musique.

A : Penses-tu que les talents hors-normes d'Andre 3000 et Cee-Lo peuvent expliquer l'implosion de la Dungeon Family ?

K : Je ne crois pas. Les gens ont cru que le succès allait venir en imitant Andre et Cee-Lo. Et ce au lieu de développer la Dungeon Family comme une marque à l'intérieur de laquelle nous pouvions faire ce que nous voulions. Je me suis servi de la marque Dungeon Family pour amener le public vers Grind Time. Et ça a sacrément bien marché. Je ne peux pas chanter aussi bien que Cee-Lo, je ne peux pas créer les mélodies de Dre, mais ce que je sais faire, c'est rapper extrêmement bien. Tous ces gens qui kiffaient la Dungeon Family et qui kiffaient les très bons rappeurs, je les ai amenés vers Grind Time. Désormais, ils soutiennent ces deux familles. C'est une question de logique.

A : Tu as récemment mis fin à ton conflit avec Big Boi, et on a pu voir Goodie Mob au complet sur scène. Pourrais-tu assister à un come back de la Dungeon Family ?

K : Je vais te dire un truc, mon pote. J'ai reçu un coup de fil du site rezidue.com ainsi que Bun B d'UGK. Les deux m'ont appelé pour me dire que Goodie Mob étaient de retour au grand complet. Bun a pris des photos et nous les a envoyées. Quand j'ai vu ces photos, j'ai compris ce que les gens ont pu ressentir en voyant les photos de Big Boi et moi. Je crois que… Enfin non, je ne peux pas dire que je crois, mais j'espère qu'un jour, tu pourras voir une tournée de la Dungeon Family au complet. J'aimerais vraiment voir ça.

A : Tu as fait un clip du morceau 'Pressure' où tu rappes avec Ice Cube. Que représente ce titre pour toi ?

K : Je ne suis pas aussi calé sur la politique internationale que sur la politique américaine, mais je sais que l'Amérique a été fondée sur les principes d'une république dirigée par la volonté souveraine de son peuple. L'intérêt du peuple, la poursuite du bonheur et, surtout, les droits des citoyens doivent se placer au-dessus de l'intérêt du gouvernement. Quand je vois le gouvernement bafouer les droit du peuple, je veux prendre la parole pour m'y opposer. Et à chaque fois que les droits d'un citoyen sont bafoués, peu importe sa couleur de peau, je veux faire ce qu'il faut pour lancer une véritable prise de conscience. Mon avis, c'est que les politiciens ne nous écouteront pas, alors nous devons leur foutre la pression, en tant que patriote, et en tant qu'américains.

A : Que penses-tu de l'engouement que peuvent avoir les rappeurs pour Barack Obama ?

K : C'est une bonne chose, mais je pense aussi que beaucoup le soutiennent parce qu'il est noir. Ça n'est pas nécessairement une bonne chose. Cela dit, tout ce qui peut pousser un rappeur à parler d'un changement en matière de politique reste pour moi très positif.

A : A mon sens, les rappeurs soutiennent Obama par effet de mode, mais la plupart d'entre eux n'ont aucune conscience de ce qu'il se passe en politique.

K : Je suis du même avis. J'ai parlé politique tout au long de ma carrière, alors ça m'amuse un peu de voir tous ces mecs en parler aujourd'hui alors qu'ils étaient muets avant.

A : Même si Obama ne remporte pas l'élection, il aura accompli une grande chose : celle d'intéresser les gens à la politique.

K : Oui. Je pense sincèrement qu'il peut l'emporter. Il inspire vraiment les américains à remettre en perspective la politique telle que nous l'avons suivi au cours des quinze à vingt dernières années. J'attends donc que les américains fassent les choses différemment. C'est une très belle opportunité pour changer le regard que le monde porte sur nous. J'ai vraiment foi en Obama.

A : Penses-tu que les blancs du sud des États-Unis vont accepter d'avoir un président noir ?

K : Il faut réaliser une chose : y a-t-il du racisme aux États-Unis ? Oui ! Y a-t-il du racisme en Europe ? Oui ! Y a-t-il du racisme dans le reste du monde ? Oui ! Le racisme est une question d'argent et d'économie. A chaque fois que des gens se retrouvent en bas de l'échelle, en servitude ou derrière les barreaux, c'est du racisme pour le profit.

Le racisme est un outil employé pour générer des bénéfices.  Mais le problème n'est pas là : le problème, ce sont ceux qui ne voient pas Obama comme quelqu'un issu de la classe ouvrière. Sa mère est blanche. J'attends de rencontrer celui qui reniera sa propre mère ou la race de sa mère. Avec une mère blanche, comment pourra-t-il voter contre les intérêts des blancs des classes moyennes ? C'est quelque chose inscrit dans son sang, au même titre que ses origines africaines. Alors, bien qu'il soit noir et qu'il veuille accomplir de grandes choses pour le réveil de la communauté noire, je ne peux pas mettre de côté le fait que sa mère est blanche. Et aucun fils digne de ce nom ne pourrait obstruer le chemin des gens qui lui ressemblent.

Killer Mike

A : J'ai cru t'entendre dire que tu venais du "vrai Atlanta". C'est quoi le "vrai Atlanta" ?

K : Le vrai Atlanta, c'est la ville qui se trouve à l'intérieur de l'autoroute circulaire 285. Je suis un produit de cette ville. Je suis allé à l'école publique d'Atlanta, je suis né à l'hôpital du conté. J'ai grandi dans une ville dirigée par des noirs, là où les commerces locaux sont noirs, où il y a des classes sociales noires du bas, du milieu et du haut – celle des politiciens noirs. Et c'est un milieu vraiment différent de certains quartiers comme College Park, Douglasville, Marietta ou Decatur. Si tu grandis au cœur d'Atlanta, tu vas avoir un mode de vie  vraiment différent de celui que tu aurais que si tu grandissais dans les quartiers résidentiels.

La plupart des gens qui se réclament d'Atlanta viennent en fait de ces coins-là. Rien de mal à ça, d'ailleurs : ça reste Atlanta mais ce n'est pas la même chose. L'environnement dans lequel j'ai grandi, c'est celui de T.I, de Shawty Lo, de Bonecrusher, des Franchise Boyz. Et cet environnement est très différent de celui qu'ont pu connaitre Dre, Big Boi ou B.O.B. Parce que nous, nous étions littéralement dans la ville d'Atlanta.

A : En parlant de B.O.B, comment vois-tu la nouvelle scène d'Atlanta ?

K.M.: J'aime beaucoup et je pense qu'elle a un gros potentiel. Je pense aussi que le son de la Dungeon Family  est devenu le son d'Atlanta, comme Dr. Dre est le son de L.A. et Preemo le son de New-York.

A : Tu as parlé de "I Pledge Allegiance To The Grind Part 3". Tu peux nous en dire plus ?

K.M.: Oh, je commence tout juste à bosser dessus. Je ne sais pas si tu as vu la pub dans le volume 2 mais il y a une super meuf dessus. Tout ce que je peux dire à propos du volume 3, c'est qu'elle sera dessus. Je bosse aussi sur un projet plus underground avec des inspirations plus blues & soul. Je raconte toute une histoire sur ce projet. Ça s'appelle "The Dope Story" et ça devrait sortir pour automne 2008, on a prévu de presser 25000 exemplaires [NDLR: le projet n'est pas encore sorti.]

A : Et que devient "16’s In The Kitchen" ?

K.M. : No I.D. et moi essayons de le terminer pour l'été 2009. Je vous promets que ça ne se transformera pas en un "Detox".

A : Quelle différence y'aura t il entre "16’s In The Kitchen" et la série "Allegiance" ?

K.M.: "16’s In The Kitchen" sera bien différent. Vous y entendrez une grosse partie de ma vie. Ce ne sera pas philosophique pour autant mais vous entendrez littéralement la passion et l'agression et tout ce qui va avec. C'est l'histoire d'une mère de seize ans et de son gosse qui vivent à une époque où le crack est partout.

 

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