Article Scratch Magazine #2

Centré sur la production et le deejaying, Scratch Magazine vient de faire son entrée dans les stands saturés de la presse hip hop. La sortie récente du deuxième numéro est l'occasion de jauger la qualité de cette publication américaine, complète et ludique.

2004-09-19 00:00:00 Par JB

C'est ce qui s'appelle un signe des temps. Anticipé par la suprématie actuelle des producteurs et le développement maladif du marché des mixtapes, il existe désormais dans le paysage de la presse hip hop un magazine exclusivement dédié aux concepteurs sons et aux DJ. Le nouveau venu, sobrement baptisé Scratch Magazine, a pour vocation d'expliquer, comme son sous-titre l'indique, "The science of hip hop", et réussi le pari de présenter de manière claire, informative et ludique le travail des artisans du son d'aujourd'hui.

Le trimestriel, édité par les publications Harris, fait partie de la même famille que plusieurs titres largement inspirés des codes hip hop : le poids lourd XXL bien sûr, mais aussi Rides (pour l'automobile), et King (sorte de FHM black). Première bonne nouvelle : la force de frappe de Harris Publications assure d'ores et déjà à Scratch une distribution internationale, en dépit d'un prix encore un peu rédhibitoire en France. A la lecture, les habitués de XXL ne seront d'ailleurs pas vraiment dépaysés, puisque Scratch adopte une maquette et un ton proche du mag de l'impayable Elliott Wilson. Sans verser dans l'autosatisfaction usante de ce dernier, l'édito du rédacteur en chef Andre Torres (ex-Wax Poetics) en conserve ainsi le côté ironique et fier-à-bras : "It's time for Scratch Magazine to clean out your ear holes, 'cause like the man said, 'We don't wanna hear that weak shit no more...". News, filets, mini-interviews et critiques constitue une longue entrée en matière, tandis que les entretiens et la partie technique (matériel, tests, tutoriaux) complète le mag. C'est d'ailleurs la première partie de Scratch, truffée de petites rubriques savoureuses et inventives, qui emporte l'adhésion : le numéro 2 abrite notamment un top 8 des productions Neptunes, l'équipe choisie par DJ Clark Kent pour remixer "Reasonable Doubt", une présentation des samples utilisés dans le dernier Ghostface, ou encore un banc d'essai hilarant des dernières mixtapes. Même si l'on reste parfois sur sa faim (les -trop- courts portraits de Cool&Dre ou Charlemagne), Scratch brille par un contenu éclectique, divertissant mais rigoureux, et donne la parole à des musiciens d'inspirations et de générations différentes.

Après avoir convié Dr Dre à la une du premier numéro, Scratch met ce mois-ci à l'honneur l'inévitable Kanye West. A la une, la vision du productif producteur, moue méprisante aux lèvres et pile de vinyles sous le bras, constitue déjà un motif de satisfaction, et laisse rêveur quant aux futurs choix de couvertures du mag' (Premier ? Timbaland ? Just Blaze ?). Les "features", ces entretiens et reportages qui constituent le coeur du magazine, confirment la bonne impression de départ. Complets, pertinents et bien menés, les articles ne déçoivent pas, car les journalistes semblent vraiment concentrés sur l'essentiel : la musique. Morceaux choisis : les premiers pas d'Alchemist avec B-Real et DJ Muggs, les confessions d'un producteur cleptomane par Kanye W., ou encore la brillante explication technique de David Banner sur le peu de succès rencontrés par le son "South" à New York. D'ailleurs, si le choix d'accorder de longues pages à trois producteurs sudistes (David Banner, Trackboyz, Jazze Pha) peut dérouter ou laisser de marbre, les propos pertinents de Banner prouvent si besoin est que les maîtres du son d'aujourd'hui ont autre chose à faire valoir que de simples grimaces criblées d'or.

Alors que la production semble devenir pour beaucoup un nouvel Eldorado, Scratch constitue une alternative intéressante au duel XXL/The Source, seuls publications US à être présentes sur le territoire français. Après deux numéros prometteurs, espérons que le petit nouveau ne reproduise pas les mêmes erreurs que son cousin XXL : devenir le partenaire officiel d'Interscope, et surtout choisir de flatter la crédibilité et la réussite des beatmakers au détriment de l'aspect artistique. En s'étoffant un peu pour combler encore plus l'appétit des lecteurs avides de détails et d'anecdotes, Scratch pourrait bien devenir une référence pour les apprenti-DJ et les passionnés de production, ainsi qu'une lecture agréable et enrichissante pour les non-initiés.

 

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