Interview Kohndo (II)

02/07/2006 | Propos recueillis par Nicobbl avec Ameldabee (vidéo)

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A : Ton album est accompagné d'un DVD avec un petit reportage retraçant ton parcours. On y comprend un peu mieux ton évolution. On a également l'impression que les années passées au Pont de Sèvres ont plus ou moins déclenchées tes envies d'expression et de faire du rap ton quotidien.

K : On ne peut pas nier les rencontres que l'on fait à treize ans, surtout quand ces rencontres vous plongent dans un art. Justement, je reproche souvent aux rappeurs et musiciens français de ne pas citer leurs pairs. Ils ne revendiquent pas leur héritage et ça me semble vraiment dommage. Je me suis promis de ne jamais faire ça. Un certain nombre de gens m'ont mis le pied à l'étrier, qui ont passé du temps avec moi et je considère que c'est mon rôle de ne pas les oublier et de le faire savoir.

A : Ton héritage est composé des disques des artistes qui ont compté pour toi mais aussi les gens que tu as rencontré, je pense notamment à Zoxea dont tu parles dans ce DVD...

K : Bien entendu. Comment bâtir son avenir quand on ne connaît même pas son passé ? Quand j'étais à Detroit j'ai vu des mères qui devaient avoir quarante-cinq ans en train de chanter 'Lodi Dodi' avec leur fille qui devaient avoir dix-huit ans et d'écouter du Public Enemy enchaîné avec du T.I. je me suis dit qu'un truc n'allait franchement pas chez nous. Il faut créer le lien entre les générations. Je pense qu'en France on ne rend pas assez hommage aux artistes, il y a une espèce d'ingratitude. Il faut citer nos influences et donner ainsi la chance aux gamins, petits frères et potes de découvrir d'autres artistes.

Personnellement, ça me paraît aberrant de ne pas citer La Cliqua dans mes influences fortes. C'est quelque chose de trop fort dans ma vie pour le renier. J'en suis fier, comme je suis fier de Rocca, Daddy Lord C, Raphaël, Lumumba, Chimiste, Egosyst, de tous. Je me dois de les citer, peu importe ce qui s'est passé après entre nous. Ca fait partie de moi.

A : Aujourd'hui tu es encore en contact avec certain d'entre eux ?

K : Non, mais peu importe. Chacun a suivi son parcours et tu sais combien il peut être difficile de rester en contact avec des gens que tu as connu si jeune.

A : Tu es crédité comme producteur exécutif sur cet album. A mes yeux, le terme producteur exécutif est vraiment le rôle le plus fourre-tout au monde. Peux-tu nous préciser quel a été ton rôle concrètement dans la composition musicale ?

K : Producteur exécutif ça signifie avant tout des capitaux et beaucoup de temps investi. Du temps passé à rencontrer, écouter différentes personnes et bien s'entourer.

C'est un gros travail, qui normalement n'incombe pas à l'auteur. Mais voilà, c'est très intéressant, notamment humainement parlant. Pour ce qui est de l'ordre des morceaux, il faut que je le félicite, c'est Jee 2 Tuluz qui l'a déterminé.

A : Ah, notre Jee national ! [rires]

K : Ouais, on a pas mal discuté de tout ça. Moi j'avais un ordre pas très loin du sien. C'est en échangeant qu'on a pu trouver l'ordre parfait. [rires]

A : J'ai eu plusieurs fois le plaisir de voir Insight sur scène, dans des duos toujours très énergiques, avec Edan (Duplexxx) ou avec toi, au Réservoir il y a quelques années de cela, avant même ce morceau commun 'Stick to ground'. En regardant le clip de ce morceau, on se dit que vous avez du bien kiffer faire ce morceau commun, et tous ces échanges en rafales.

K : C'était vraiment un plaisir. Déjà tu te retrouves à valider ce que tu travailles depuis des années, ton art. Tu maîtrises la forme et derrière tu peux dérouler. Ensuite, au-delà de cet aspect là, il y a le plaisir d'être avec quelqu'un avec qui tu partages le même langage. Ce langage c'est le Hip-Hop. Et avec Insight, on s'est compris.

InsightJe suis venu le voir en lui disant que je voulais écrire un morceau qui s'appellerait 'Deux pieds sur terre'. J'ai pensé à deux titres. "Stick to the ground" ou "Stick to ground", en sachant que "Stick to ground" ce n'était pas la bonne forme grammaticale. Mais ça sonnait grave ! [rires] Mon idée c'était vraiment de dire que je reste collé au sol, avec ma vision, les deux pieds sur terre. Déjà, ça, c'était mortel.

Après, je lui ai proposé deux prods, en lui disant qu'on pouvait aller soit dans mon monde, soit dans le sien. Je lui ai fait écouter et là il m'a dit : "J'aime bien, mais je pense qu'on va plus s'éclater si on va dans mon univers ! [rires]"
C'est ce qu'on a fait et là c'était encore un autre travail. On avait une thématique commune, et là on était dans l'échange. Moi je voulais parler de tous les rêves qui peuvent nous animer et parfois aussi nous bouffer.

On a commencé après à structurer le morceau, à écrire nos histoires respectives et surtout à parler Hip-Hop. A expliquer comment on allait faire ça, à balancer nos flows. On a chacun halluciné. J'ai filmé les moments où pendant le clip il reparle de cet échange. On a chacun refait le flow de l'autre. Ah c'était ouf ! [rires]

A : Cette idée des deux pieds sur terre semble t'avoir particulièrement plu vu que tu l'as repris comme titre de ton album�

K : Ce titre résume très bien ma vie, avec ce coté un pied en France, un pied à l'international. Il rappelle aussi que je sais d'où je viens et que j'ai un coté underground. Je devine que ça fait réagir du monde ça ! [rires] Mais surtout, deux pieds sur terre c'est pas uniquement dans le réel. C'est en opposition à six pieds sous terre. C'est la vie. Deux pieds sur terre mais la tête dans les airs.

A : Ah décidément, tu aimes bien ce type de jeu de mot. Déjà le titre de ton premier album pouvait être interprété de façon différente...

K : Oui, j'adore ça. C'est une de mes particularités.

A : Il y a maintenant quatre ans de ça (bordel, déjà !), on s'était déjà vu pour une première interview. Tu nous avais dit que tu envisageais de rapper jusqu'à quarante ans. Tu n'as pas changé d'avis ?

K : Non, je n'ai pas changé d'avis. Mais comme je te disais, j'attends à un moment une validation du public. Toutes proportions gradées, j'ai pas envie d'être un Van Gogh du rap. J'ai pas envie d'attendre de disparaître pour avoir la reconnaissance. Ce n'est pas une question d'âge. Je n'arrêterai que si à un moment donné tout ça n'a plus de sens à mes yeux. Enfin, tu sais que plus tu avances dans la musique, plus tu sais que l'écart se creuse. La découverte dans le domaine de la musique c'est un territoire infini. Enormément de choses ont déjà été faites, mais il en reste autant à faire, même plus. Et j'en ai vraiment envie.

A : Traditionnellement, la dernière question : qu'est-ce que tu écoutes en ce moment ?

K : Ca va en surprendre certains mais j'écoute Ludacris là. Gnarls Barkley j'aime bien aussi. Sinon Busta Rhymes, "Fishscale" et T.I. "The King". Sinon, le "Late Registration" de Kanye [rires].

A : Forcement ! [rires] Le mot de la fin, quelque chose à ajouter ?

K : Oui, mais tu vas me laisser dix minutes parce que je ne sais pas si tu l'as remarqué mais le mot de la fin tu ne l'as jamais pendant l'interview mais une fois qu'elle est terminée. Tu te dis : merde j'aurais dû dire ça ! [rires]

[ndlr : La discussion suit son cours. Le petit et vieux dictaphone est éteint. Un quart d'heure après, le mot de la fin arrive, comme prévu.]

K : Voilà le mot de la fin ! [rires] Ca va être : à suivre. Tout ça ce n'est que le début de l'aventure.


BONUS BEAT:

- Vidéo: Kohndo - Live from... the RER.

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