Interview Kohndo (II)

02/07/2006 | Propos recueillis par Nicobbl avec Ameldabee (vidéo)

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A : 'Je serais là' est à mon sens l'une des grosses réussites de cet album. Dwele est vraiment fabuleux dessus. Quel est le morceau qui te plaît le plus sur cet album ?

K : On m'a déjà posé plusieurs fois la question et c'est toujours aussi difficile d'y répondre. A vrai dire je dégage au moins cinq morceaux du lot. Le morceau avec Dwele est mortel...[pensif] Mais parmi mes morceaux préféres il y a 'Un idéal'. Il me rappelle mon parcours de vie, les étapes par lesquelles j'ai pu passer. Avec cette même phrase qui revient toujours...on est à la recherche d'un idéal. On veut sortir de tout ça et continuer à aller de l'avant. 'Je serais là' c'est aussi une prière, une forme de leitmotiv qui me remet les idées en place. Ce morceau me fait aussi penser au rapport que je peux entretenir avec mon cahier, cette espèce de journal intime. [silence]

Oui, ce morceau me touche ! [rires].

A : Dans l'interview qu'on a fait il y a maintenant quatre ans, tu disais que l'écriture était une forme d'exutoire...

K : Oui, comme tous les auteurs. Ce morceau là, 'Je serais là', ce n'est pas un exutoire, c'est davantage une contribution. Un certain nombre de gens te disent que tout va mal mais ils ne proposent aucune solution. Ce morceau en propose une et fait un peu office de médicament à mes yeux.

A : Comment s'est présentée la possibilité de faire un morceau avec Slum Village ?

K : Une partie de mon label actuel est basée sur Detroit. Cet album est une co-production entre Ascetic et Green Stone. J'ai donc eu la possibilité de travailler à Detroit avec un ingénieur du son, Joey Powers. En travaillant sur mon album et en le finissant j'avais un certain nombre de morceaux qui étaient ouverts. Au même titre que pour un concert, j'ai toujours une trame avec quelques morceaux qui peuvent évoluer, et je me laisse toujours le dernier moment pour choisir d'apporter ou non des changements. 'Dis-moi ce qu'elles veulent' comme 'Je serais là' faisaient partie de ces morceaux susceptibles d'être revus en fonction de la vibe du moment.

Pour 'Je serais là', Joey écoutait des morceaux en me disant qu'il aimait vraiment bien et voulait faire écouter mes morceaux à son cousin. Son cousin est ingénieur du son pour Dwele et Slum Village. Voilà, donc il leur en a parlé, ils ont écouté les morceaux et ont accepté d'y participer.

A : Justement, puisqu'on parle de Joey Powers, ancien ingénieur du son, notamment d'Aaliyah, j'imagine que ça a du être un sacré kiffe et une belle expérience d'avoir réussi à mener ça...

K : On sait travailler plus que correctement la musique en France avec de bons ingénieurs du son. Je m'entends très bien avec mes ingés sons, mais je me suis posé une question. Je me suis demandé s'il pouvait être intéressant de rencontrer de nouvelles personnes et m'ouvrir éventuellement de nouvelles perspectives musicales. Joey m'a apporté un son qui n'existe même pas dans le rap. C'est un son très atypique, très clair et brillant. L'alliance de mes prods et sa vision a permis de concevoir quelque chose de nouveau.

Voilà, moi, c'est ça que j'aime. Comment un monde qui en rencontre un autre peut permettre d'aboutir à un troisième nouveau monde. J'ai besoin de ça...et c'est aussi pour ça que je n'aime pas les endroits trop balisés. Voilà, cet album est aussi le fruit des rencontres et d'un certain hasard. J'ai pris des risques pour créer quelque chose de neuf.

A : T'entendre évoquer ces rencontres me rappelle que sur cet album tu as fait appel à beaucoup de producteurs différents, ces collaborations font-elles partie intégrante de ces rencontres qui nourrissent ta musique ?

K : Il y a cette envie de partage mais aussi le fait que je n'ai pas encore trouvé le producteur qui soit capable et possède l'envie de créer avec moi une vision. Donc, je suis livré à ma pensée, je prends les choses en main, j'ai des rencontres et je matérialise mes envies.

A : On parlait de Dwele tout à l'heure....Sur un sujet finalement assez proche, j'imagine qu'en bon kiffeur de Soul tu as été touché par le décès de Dilla...

K : Quand j'ai appris son décès j'étais à Detroit avec mon amie de là-bas. Elle était en train de parler avec son manager qui lui a appris que Dilla venait de décéder. Ce jour là, on était en pleine visite du centre ville de Detroit, dans un pur délire, bonne caisse, bon son...Et là on a appris ça.

A : Tu l'avais vu en concert à Paris quelques mois avant son décès....

K : Oui, c'était un concert Hip-Hop Résistance d'ailleurs, big up à eux. A vrai dire, je savais pas trop si je devais y aller. Finalement j'y ai été et j'ai pris conscience qu'en tant que spectateur on a un vrai rôle. Jay Dee était là avec sa mère et ses potes. On savait tous que ces moments étaient ses derniers.

Ce jour-là, le public a rendu hommage à l'artiste, de son vivant. On peut se poser une question dure mais légitime: y a t-il une plus belle mort ? Tu parcours le monde avec la personne qui compte le plus à tes yeux, ici sa mère. Tu lui rappelles tous ces moments passés derrière les machines, où tu lui disais que ça allait marcher pour toi... Là, regarde, on est en France, à Paris, et cette ville a une vraie signification pour les Américains, et tous ces gens sont là pour ma musique.

Il a fait cette tournée dans tous les pays. C'est là que je me suis demandé s'il y avait une plus belle façon de partir. Moi, j'ai eu un rôle au même titre que tous les autres spectateurs ce jour là. Tous les morceaux qu'il mettait étaient de vraies tueries et on se cachait pas pour lui dire.

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