Interview Kohndo (II)

02/07/2006 | Propos recueillis par Nicobbl avec Ameldabee (vidéo)

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A : Sur 'So much trouble' tu dis "Origine polyglotte, parlant toutes les rues adaptables". Tu sembles avoir fait le tour de la région parisienne, changeant plutôt régulièrement de coin.

K : Oui, je suis né en France, j'ai passé ma petite enfance en Afrique avant de retourner en France, à Montrouge puis Bobigny, et mon adolescence à Boulogne. J'ai passé beaucoup de temps entre Boulogne et Paris, j'ai aussi vécu à Créteil...

A : ...Considères-tu que ces changements réguliers ont contribué à ton évolution en tant que personne et donc en tant que rappeur ?

ImageK : Je pense que ces changements fréquents m'ont permis de prendre pas mal de recul sur un certain nombre de situations. J'ai connu pas mal de monde, des pauvres et des plus fortunés. De mon coté également ça n'a pas toujours été simple.

A : Tu évoques cette diversité sur le DVD qui accompagne ton album, notamment quand tu parles du Pont de Sèvres, expliquant qu'il y avait un quartier relativement aisé et un autre plus ouvrier.

K : J'estime que je suis vraiment au centre de tout ça. Je fais partie de la classe moyenne comme la plupart des rappeurs finalement. Maintenant, mon expérience de vie fait que je connais la médaille et le revers de cette même médaille.

A : Certains morceaux de ton album sont particulièrement imagés, décrivant un paquet d'éléments de la réalité urbaine à Paris et dans sa banlieue. Tu te considères plus que jamais comme une forme de chroniqueur urbain ?

K : Effectivement...et j'aime beaucoup ce terme de chroniqueur urbain. Je pense que ça me correspond bien. A mes yeux la ville est un endroit plein de vie, le lieu où différentes populations de divers horizons se croisent. J'aime les grandes villes cosmopolites où les gens marchent et discutent. Je trouve ça beau, tout simplement.

A : 'RER' illustre assez bien ton goût pour la ville...

K : Sur 'RER' je ne suis pas seulement observateur, je suis avant tout acteur et j'essaie de faire en sorte que l'auditeur soit avec moi.

A : Ce morceau, tu l'as écrit dans les transports en commun ?

K : Non, je n'écris pas dehors, j'écris uniquement chez moi. Après, je me souviens que la première fois que j'ai pensé à écrire un morceau comme ça j'étais Gare St Lazare...[ndlr : quelque part la boucle est bouclée puisque cette interview se passe juste à coté de la Gare St Lazare, comme on le comprend sur la vidéo.]

A : J'ai été assez surpris à l'écoute du premier extrait de ton maxi, 'Dis-moi ce qu'elles veulent'. Le morceau est plutôt calibré dancefloor, et donc aux antipodes de l'ambiance posée de ton premier album. Quand tu as décidé de sortir d'abord ce morceau c'était par choix de marquer une rupture avec ce que tu avais fait quelques années auparavant ?

K : Quand j'ai sorti "Blind Test", je voulais aussi rappeler au public qu'il ne fallait pas se tromper. Moi, je ne suis pas là pour défendre des concepts. Ma vie est faite d'un ensemble d'évènements et d'époques. "Tout est écrit" correspondait à ce que pouvait être ma vision d'un premier album, à un moment donné. J'ai eu la chance de pouvoir faire cet LP en étant complèment en indépendant. Je n'avais rien à prouver à qui que ce soit et du coup je ne me suis vraiment pas pris la tête. De la même façon, quand j'ai fait "Prélude à l'Odysée", j'annonçais clairement ce que je voulais faire.

Maintenant, je n'ai pas fait que ça. Mon histoire est riche, large et variée et j'veux pas surtout pas qu'on m'enferme, à vrai dire je déteste ça. Choisir ce morceau comme premier extrait de mon album c'était aussi un pied de nez à ceux qui voulaient justement m'enfermer dans un style.

Après, je sais relativiser et assumer mes choix. Je suis bien conscient que ce morceau, 'Dis-moi ce qu'elles veulent', a reçu des échos assez timides au même titre qu'après mon départ de La Cliqua et la sortie de "Tout est écrit", les gens ne voulaient pas forcement m'écouter. Mais au final un certain nombre de personnes ont écouté mon album et l'ont trouvé intéressant. Je pense que si nous, musiciens et artistes, on se laissait constamment dicter notre conduite, on n'avancerait jamais et on ne créerait rien. A partir de là, je pense qu'on doit au moins nous faire confiance et laisser les oreilles du public décider... et pas autre chose. Quand tu aimes vraiment la musique, je pense c'est vraiment le seul truc qui doit compter.

Après, moi aussi je suis auditeur, je suis difficile et parfois je ne comprends pas les choix d'artistes que je peux aimer.

Pour terminer là-dessus, j'ai choisi la vie que je mène actuellement, donc je ferai toujours ce qui me plaira le plus. Toujours. Je m'éclate à faire des morceaux dancefloor. Je m'éclate aussi quand je tombe le masque, c'est autre chose mais ça me fait également du bien. J'aime le partage et les expériences. J'ai une vraie approche de musicien et à ce titre je suis anticonformiste et finalement beaucoup plus hardcore que ceux qui peuvent le clamer haut et fort.

A : En te dévoilant parfois très ouvertement tu considères que ta démarche est finalement la plus hardcore...

ImageK : Oui, avoir la puissance et le pouvoir d'être toi-même c'est vraiment difficile. Beaucoup de gens essaient de te modeler, les directeurs artistiques mais aussi les auditeurs. Je crois que la plus grande force réside dans la capacité à rester soi-même, quitte à se mettre des gens à dos.

A : Aujourd'hui tu sembles bénéficier d'une véritable liberté artistique, j'imagine que c'est un élément essentiel pour toi. D'ailleurs, as-tu essayé de changer un peu de statut pour ce nouvel album ? As-tu démarché d'autres maisons de disques ?

K : Bien sûr. J'ai cherché à rentrer dans de grandes maisons de disques, ça m'a pris du temps et c'est aussi ce qui explique qu'il m'a fallu du temps pour sortir ce nouvel album. Trouver le bon partenaire pour réaliser ton album est une donnée essentielle.

Et à partir de là, tu es amené à rencontrer pas mal de monde et à évoluer. Comme je te disais tout à l'heure, je considère que ma musique n'a de sens que si elle est validée par le public. Sans ces retours des auditeurs, la scène, les émotions partagées avec le public, ces rencontres, je n'ai pas de vraie raison d'être. Je veux faire en sorte que ces sentiments et émotions soient diffusées à un maximum de personnes.

A : L'objectif final de ton disque semble avant tout résider dans le partage avec ton public. Ce partage il est plus évident sur scène...

K : L'un ne va pas sans l'autre, en sachant qu'un morceau n'a pas la même signification sur scène et à la maison. En gros, un morceau comme 'Hey Papi' a relativement peu de sens quand tu l'écoutes sur ta chaîne chez toi. Enfin sauf si t'as envie de te mettre la patate le matin. Par contre, si tu vas dans une soirée et que tu l'entends à fond ça devrait te faire un truc.

A : Un peu comme 'Dis-moi ce qu'elles veulent'...

ImageK : Exactement. Les morceaux ont un sens, comme un bon vin ils doivent être mariés avec le bon plat dans un bon environnement pour prendre une autre dimension. Certains morceaux ont plus de sens sur scène, d'autres en ont moins.

A : C'est aussi pour ça que tu as des morceaux plus posés, plus intimistes dans ton album....

K : Bien sûr. Après je peux faire ce type de morceau également sur scène, tout dépend vraiment de mes envies. Par exemple, j'aime faire 'Une journée fade' sur scène, à mon avis ça fait sens. Quand j'aurai la chance d'être un peu plus connu, si ça arrive, j'aimerais énormément faire des titres comme 'Je serais là' ou même 'Amour et peine' sur scène.

Je ne peux pas faire des morceaux comme ça, il faut que tout fasse sens. On travaille aussi pour ça, pour que chaque scène, chaque jour, chaque moment ne soit pas le même.

A : Toujours sur cette idée des concerts, comment est-ce que tu fonctionnes ? Quand tu pars pour plusieurs dates, tu sais déjà exactement ce que tu vas faire ?

K : En fait j'ai une trame sur laquelle viennent se greffer les envies du moment. Après, il y a une part d'improvisation et parfois on se permet quelques changements. Quand je me trouve sur les planches avec une formation DJ / Rappeur parfois DJ Kozi me balance des instrus et je sais pas sur quoi je vais tomber...

A : Tiens, d'ailleurs dans l'album, tu as repris cette idée là avec un passage où tu prolonges le morceau avec une partie plus freestyle...

K : Oui, c'est sur 'Faut qu'on leur dise', le morceau avec Enz. Et tu sais, c'est aussi pour ça que j'aimerais travailler avec plus de moyens. Certains veulent aller en maison de disques juste par principe, moi, j'aimerais avoir cette opportunité pour avoir les moyens d'être pleinement moi. Le jour où tu me passes les clefs d'un studio et que j'ai le temps de me concentrer uniquement sur mon travail d'artiste ça va être dingue. Je pourrais laisser libre cours à mes idées et mes envies. Ca me permettrait, je pense, de prendre une autre dimension.

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