Interview Kohndo (II)

02/07/2006 | Propos recueillis par Nicobbl avec Ameldabee (vidéo)

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A : Pourquoi avoir opté pour un double titre pour ton album avec une partie en français ("Deux pieds sur terre"), et une partie en anglais ("Stick to ground") ? Pour jouer sur le fait que tu es un rappeur français qui a grandi et continue d'être influencé par une musique américaine, donc anglophone ?

K : Non, en fait c'est très simple. Mon album sort sur la France et l'international. Une sortie américaine et canadienne est notamment prévue, et il sortira dans d'autres pays. C'est la raison pour laquelle j'ai opté pour un double titre comme ça.

Ensuite, ce vécu que tu décris à vrai dire, je l'ai toujours eu et je n'ai pas de raison de l'affirmer d'avantage sur "Deux pieds sur terre" que sur les albums précédents. Tu sais, je n'ai jamais privilégié le fond à la forme et inversement. En fait, je me dis que lorsque j'avais treize ans, j'aimais des rappeurs que je ne comprenais pas. Alors à partir de là, pour moi, il n'y a pas de raisons pour que les gens qui ne comprennent pas ma langue ne m'apprécient pas. Si je fais bien mon métier, ma musique doit être universelle.

A : On retrouve tout au long de ton album un paquet de références à des classiques de la musique noire américaine, du rap (Nas, Sugar Hill Gang), de la soul (Marvin Gaye). Ces clins d'oeil, récurrents tout au long de ton album, ce sont aussi les pierres semées sur la route de ton propre parcours musical ?

K : Oui, ce sont des clins d'oeil rappelant que je sais d'où je viens. J'ai un certain nombre de références que je partage avec d'autres. Ces clins d'oeil sont aussi des invitations pour se retrouver autour de ces points communs. Partager, transmettre et faire découvrir ma musique, tout ça fait aussi partie de mes objectifs de vie. Même si ces références sont bien présentes, tout n'est pas ultra-calculé, il y également une part de spontanéité dans ma musique.

ImageAprès, je pense que j'ai eu également d'avantage l'occasion de m'exprimer sur cet album. Un deuxième album c'est autre chose. On dit souvent que sortir un deuxième album c'est, quelque part, un piège. Soit tu te prends un mur soit tu t'élèves. Dans mon cas, je pense que ce deuxième album m'a permis de faire un pas en avant et de m'affirmer davantage. Quand tu prends de l'assurance, tu réussis à faire un peu plus ce qui te plaît. Réaliser un disque qui te ressemble, se révéler et grandir à travers sa musique, ça me semble quand même l'essentiel.

Je ne considère pas la musique comme une espèce de passion et je n'en fais pas par envie de copier quelque chose ou quelqu'un. Pour moi la musique c'est un principe de vie, une forme de philosophie de vie.

A : C'était aussi l'occasion de te lancer dans de nouvelles expériences ?

K : Oui, bien sûr. A vrai dire chaque disque est une nouvelle expérience. Tu ne peux pas aborder un nouvel album en te disant que tu vas reproduire ce que tu as déjà fait.

A : Débuter ton album en balançant quasi d'entrée ce n'est pas le talent qui fait vendre, tout le monde sait ça, c'est un simple égotrip ? Ou une réflexion plus profonde ?

K : Si tu vas sur mon site Internet, www.kohndo.com tu trouveras différente parties dont une avec des blogs. Dans un de ces blogs, j'explique qu'un jour une DA de BMG m'a sorti très exactement cette phrase. A ce moment là, quand je cherchais des gens pour produire mon premier album, je ne comprenais pas vraiment ce qu'elle voulait dire. Cette personne avait eu le choix entre moi et un autre rappeur. Elle a préféré choisir l'autre rappeur. Et quand je lui ai demandé pourquoi elle m'a répondu que si le talent vendait ça se saurait.

A : Oui, donc tu es un peu résigné sur le fonctionnement de l'industrie du disque....

K : ...cette phrase a véritablement pris un sens ce jour-là. Il ne faut pas confondre l'art, la musique et l'industrie du disque. Ce sont deux choses clairement distinctes avec des modes de fonctionnement et de pensée différents. En tant qu'artiste, tu es dans un travail de recherche alors qu'en tant que producteur tu entretiens un rapport commercial avec le public. Les deux n'ont rien à voir mais il faut rassembler les deux vu que de toute façon, d'un point de vue strictement artistique, je pense que pour être complète, ta pensée doit être validée par le public. A mes yeux c'est essentiel.

A : J'ai l'impression que certains morceaux de ton album ont été écrits il y a quelques années, vrai ? Faux ?

K : Oui, celui qui suit ce que je peux faire à dû s'en rendre compte...[s'arrêtant]

En fait, tu peux suivre différentes méthodes pour créer. Tu peux te mettre dans une bulle pendant trois mois et pondre un album. Moi, j'aime que mes albums soient le reflet des expériences que j'ai pu traverser à un moment de ma vie. Alors j'ai utilisé ces bases de conversation et les moments passés ces dernières années pour créer mes morceaux. Quand tu fais ça, ton album vit véritablement avec toi. Voilà, cette approche, c'est ma conception d'un album et de sa création.

Concrètement, à un moment donné j'ai envie d'écrire, j'ai l'inspiration qui donne le point de départ. A partir de là, toutes les expériences qui vont suivre cette première inspiration vont être autant de matière première qui vont alimenter mon idée de base et m'aider à construire mes morceaux.

A : Donc ce dernier album rassemble tes expériences des trois-quatre dernières années ?

K : Entres autres, oui.

A : J'ai le souvenir d'avoir entendu sur scène, au moment de la sortie de "Tout est écrit", quelques couplets alors inédits qu'on retrouve aujourd'hui dans ton nouvel album.

K : Oui, j'ai notamment fait plusieurs fois sur scène 'Une journée fade'. J'adore tester mes nouveaux morceaux sur scène, ça me semble un très bon endroit pour voir si ton morceau va dans la bonne direction ou non.

A : T'entendre dire ça me rappelle justement les concerts qui ont suivi la sortie de "Tout est écrit". Vu le ton très posé de ce premier album, réussir à transposer cette ambiance sur scène devait représenter un vrai challenge.

K : Oui et non. Si mon parcours s'arrêtait à ce premier album, je pourrais être d'accord avec cette remarque. Mais j'ai un répertoire plus important, tout ce que tu as pu retrouver sur "Blind Test", avec des morceaux plus patate. Tout ça se mélange, alors sur scène tu découvres peu à peu le parcours d'un homme. Comme dans un bon resto, tu as une entrée, un plat de résistance et un dessert. Le tout prend des saveurs différentes et c'est là l'intérêt.

A : Oui, c'est vrai qu'on retrouvait toujours ce mélange d'anciens et de nouveaux morceaux dans ces concerts...

K : Bien sûr. En plus, comme je me suis toujours projeté dans une vision musicale de mes morceaux, je me retrouve pas dans le problème que peuvent rencontrer certains rappeurs qui ne peuvent plus ou ne veulent plus faire des morceaux qu'ils considèrent aujourd'hui comme trop vieux. Mes textes s'inscrivent dans le temps et sur scène j'ai autant de plaisir à faire des anciens morceaux que des nouveaux.

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