Interview CHI

Un jour, quand CHI sera devenu à la production US ce que Tony Parker est à la NBA, on se souviendra avec émotion de l'interview qu'il nous accorda peu de temps avant d'exploser. Optimiste ? Peut-être. Exagéré ? Pas si sûr.

10/06/2006 | Propos recueillis par JB

Interview : CHI Abcdr : Qui est CHI ?

CHI: CHI, 24 ans. Beatmaker depuis la mi-90. Beatmaker du groupe TaiChi et beatmaker attitré du label Original Bombattak. Et co-fondateur de la structure Little Italy avec Ammo.

A : Avec quel matériel travailles-tu ?

C: Je travaille sur une MPC 4000 et un Triton depuis pratiquement un an. J'ai changé toute ma config' après que ma MPC 3000 ait rendu l'âme. Même si la 3000 a son grain, son son, son coté intuitif, je suis vraiment très satisfait de la 4000, c'est moderne (rires) ! Aujourd'hui, je me vois mal changer de matos. J'ai commencé à faire des sons sur un S01 d'Akai et après, je suis directement passé à la MPC 2000, puis à la 3000, donc déjà, ce qui est sûr, c'est que je resterai sur une MPC. C'est le sampleur que je comprends le mieux.

A : Existe-t-il un style CHI ? Aimerais-tu en avoir un ?

C: Je n'ai pas un style, j'ai une touche personnelle. Pour moi, ce sont les pionniers de la prod' qui ont un style : DJ Premier, Dre, Timbaland, etc. Tôt ou tard, n'importe qui va essayer ou a essayé de s'inspirer, voire copier un truc de ces gens-là. Et après, c'est à toi de changer ça en quelque chose de personnel. Donc oui, j'aimerais bien en avoir un... Et je pense qu'aujourd'hui, avoir un style à soi c'est être très fort dans son taf : c'est réussir a trouver quelque chose de nouveau et qui n'a pas encore été fait, comme tout dans le hip-hop.

A : Au quotidien, quelles sont les choses qui t'inspirent pour la production ? Est-ce que tu puises ton inspiration exclusivement dans la musique que tu écoutes (rap et sample) ?

C: Je m'inspire beaucoup des nouveautés rap qui me mettent des claques ! Tout ce qui est plus fort que ce que j'ai fait m'inspire. Ca m'inspire à faire mieux, plus fat, aller plus loin dans le délire ! Ca fait pas longtemps que je vois les choses comme ça, et ça m'a beaucoup fait avancer ces dernières années, je me mettais la pression tout seul ! Quand je revenais de Paris et que là-bas on me faisait écouter des mecs super forts en prod', je revenais chez moi et je restais devant mon sampleur jusqu'à ce que je comprenne comment les mecs avaient fait telle ou telle rythmique ou tel ou tel jeu de basse. Je suis capable de rester bloqué plusieurs jours sur un morceau cainri sans écouter autre chose, jusqu'à ce que j'aie compris ce que je veux comprendre de la prod' du morceau.

A : Perso, j'ai jamais pu "visualiser" le beat de 'Hovie Baby', par Just Blaze... Je le comprends pas... De ton côté, y a t'il des prods que tu n'as jamais réussi à "comprendre" et qui restent pour toi un mystère ?

C: Je t'avoue que la première fois que j'ai entendu 'Hovie Baby', pareil, j'ai tilté ! C'est marrant que tu parles de ce morceau-là, car je l'analysais y'a pas si longtemps que ça en prenant le bus ! Il y a un morceau qui m'a toujours fait fumer le cerveau, c'est le morceau caché de l'album de Reflection Eternal... Je comprends pas du tout... Et il m'a fait bien fait péter un câble ! D'un coté je préfère pas comprendre, car le sample garde son coté mystérieux ! Après, ce qui me fait flipper aussi, c'est les samples qu'a pris DJ Premier dans sa vie comme par exemple le sample de Group Home, 'Livin' Proof'... Genre, aller chercher le sample de Ramsey Lewis au milieu du morceau... Le truc, il ressemble à rien et BOOM ! Lui il nous pond 'Livin' Proof'.

A : Est-ce que tu t'imposes une discipline de travail particulière, genre "je produis 15 sons par jour" ?

C: Alors ça, ça dépend complètement. Je suis capable de faire plusieurs prods en un jour tout comme ne rien faire pendant 3 mois, et c'est souvent là que je me fais engueuler par mon pote Mouss' (rires), mais je suis rarement satisfait de mes prods quand j'en fais plusieurs en un jour. Et puis, il y a d'autres paramètres vu que, principalement, je sample. Il faut que je trouve les samples et je suis super chiant à ce sujet, il m'arrive d'ecouter 50 disques en une journée sans rien trouver. Je ne me force absolument plus. Par le passé, j'ai remarqué que c'était plus une perte de temps qu'autre chose, car les sons que je fais en me forçant sont souvent pourris... Aujourd'hui j'y vais au feeling.

A : Pour ne plus être "esclave du sample", est-ce que tu as déjà fait des productions sans samples ? Qu'as-tu retiré de ces expériences ?

C: Oui, alors c'est compliqué (rires)... Je suis pas trop doué encore, j'ai aucune notion de musique, juste l'oreille au feeling, et c'est pas encore ça... J'essaye, je fais mumuse. J'utilise un synthé pratiquement que pour rejouer des éléments par-dessus mes samples. C'est ma part de "modernité" dans le son (rires). Je n'arrive pas encore à me mettre devant mon synthé et pianoter jusqu'à ce que je trouve une mélodie, je préfère m'inspirer d'un sample. Même si j'essaye parfois de cacher les samples sous les sons du synthé, je garde un sample de base qui m'aide à trouver le reste. Il y aura normalement une prod' complètement composée sur la compil' Bombattak.

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