Interview Dave Ghetto

19/03/2006 | Propos recueillis par Nicobbl avec JB

Suite de la page 1

A : Sur 'Young World' tu répètes que les radios et la télévision préfèrent exposer des choses négatives au lieu de faire la promotion de groupes et d'artistes plus nuancés et réfléchis. N'éprouves-tu pas une certaine déception face à cette triste réalité ? Est-ce que tu considères que la musique, et plus encore le rap, peut toujours influencer les gens de façon positive ?

D : Je ne dirais pas déçu, plutôt que je veux avant tout me faire entendre. Aujourd'hui on a l'impression que tout est fait à la sauce fast-food, sans aucune moelle. Après, bien entendu, il faut que la musique qui passe actuellement puisse être entendue, mais il faudrait aussi qu'on puisse entendre autre chose.

A : Tu viens de Camden, dans le New Jersey. Selon un certain nombre de sondages nationaux, cette ville a été classée pour la seconde année d'affilée comme la ville la plus dangereuse de tous les Etats-Unis. Comment expliques-tu que Camden soit au sommet de ce classement ? Quelles en sont les raisons ?

D : Franchement je pense que ce classement c'est de la connerie en barre�mais en même temps il comporte ses avantages. La vérité c'est que Camden est une ville pauvre et donner uniquement un classement comme ça sans en donner les raisons et une vraie explication, c'est n'importe quoi. Quand tu as des gens qui sont pauvres, ont peu de ressources et peu d'éducation, et rien pour se débarrasser de toute cette négativité, alors la criminalité est plus importante.

Mais au-delà de ça, la réalité de Camden ne diffère pas de celle d'autres régions aussi pauvres des Etats-Unis. Mais en même temps le fait que je vienne de là-bas m'a apporté un peu plus de notoriété et du coup cela me donne la possibilité d'exposer un autre point de vue. Donc quelque part je pense qu'au final, ça apporte quand même quelque chose.

A : On retrouve sur ton premier album un certain nombre d'invités relativement prestigieux (Phonte, Cee-lo Green, Jack Splash notamment). Comment as-tu fait pour les convaincre de figurer sur Love Life ?

D : Une nouvelle fois je pense que les mecs qui sont sur mon album ont du respect pour ma musique et n'ont aucun problème à associer leur nom avec le mien. Même si c'est mon premier album, j'ai passé pas mal d'années à développer mon style, au visu ou non du public, et les gens ont un certain respect pour ça.

Image A : Des artistes particulièrement respectés et avec une forte renommée (Fat Joe, Jazzy Jeff, Just Blaze) ont eu des mots particulièrement flatteurs pour évoquer ta musique. Tu leur as filé beaucoup de thunes pour qu'ils réagissent comme ça ?

D : Non, ils ont juste du respect pour mon travail. J'apprécie ces compliments, et plus particulièrement quand ils viennent de mecs comme Jazzy Jeff qui est une légende et un vrai pionnier dans son genre.

A : Et Nuthouse ? Le groupe existe toujours ? Vous avez prévu de sortir de nouveaux trucs ?

D : Ouais, le groupe existe toujours. On prévoit de sortir un paquet de disques là. On a un label qui s'appelle Break Bread Projects. On a sorti le EP de Fel "Lost Dreams Wasted Talent" sur Soulspaszm Records en 2004. En fait on a même sorti un maxi de Nuthouse en 2005 mais la boite qui sortait le disque a eu des problèmes. Du coup, la sortie a été repoussée, et entre temps notre album est sorti, du coup tout le monde s'est concentré là-dessus.

A : Ton premier album aborde un certain nombre de problèmes sociaux. Considères-tu que ton parcours a eu une forte influence sur ta façon d'envisager la musique ?

D: Mon regard sur le monde qui m'entoure aujourd'hui diffère de celui que je pouvais avoir lorsque j'étais plus jeune. Les années passant, mes perspectives diffèrent également et mon opinion sur certains sujets précis évolue. La plupart de mes commentaires sur la société actuelle viennent de là.

Mais en même temps, il ne s'agit que d'une seule de mes facettes et quand tu écoutes l'album, même au c�ur de tous ces commentaires sociaux, les autres facettes de ma personnalité transparaissent. Par exemple je viens des quartiers et j'ai fait mon lot de conneries dans la rue, mais j'ai aussi une maîtrise universitaire, même si au départ je n'avais pas mon diplôme de fin de lycée. Je suis à la fois père, frère, fils, disciple, étudiant, professeur... Tout ça à la fois. Je considère que c'est l'état d'esprit de l'auditeur qui détermine laquelle de ces facettes se distingue vraiment. C'est une des raisons pour lesquelles on a décidé d'ajouter un point d'interrogation à la fin du titre de cet album.

A : Un certain nombre de rédacteurs dans notre rédaction sont des fans absolus et assumés de Just Blaze. Comme Blaze, tu viens toi aussi du New Jersey. Comment juges-tu son évolution et le fait qu'il soit aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs producteurs du moment ?

D: Je considère que Just Blaze est tout simplement le meilleur producteur actuel. Je ne fais pas toujours particulièrement attention aux rappeurs qui sont sur ses morceaux, mais ses beats sont toujours incroyables. Et Just est vraiment un mec qui a les pieds sur terre et reste très accessible. C'est bien de voir un mec comme ça, avec cette mentalité, au sommet.

A : As-tu l'intention de venir en Europe pour donner, notamment, quelques concerts ?

D: Clairement ! Je n'envisage même pas la possibilité de ne pas venir. En plus il faut vraiment qu'on sorte d'ici et qu'on puisse voir ce que le reste du monde a à nous offrir. Ce que le public nous donnera nous permettra de faire notre album suivant.

A : Terminons cette interview par un petit classement. Quels sont tes trois producteurs favoris ?

D : Dilla (Repose en Paix), Just Blaze et Pete Rock.

A : Tes trois MC's préférés ?

D: Rakim, Pharoah Monch et Sadat X.

A : Les trois albums qui t'ont le plus traumatisé et que tu ne lâcherais pour rien au monde ?

D: Public Enemy "It Takes A Nation of Millions to hold us back", De La Soul "De La Soul Is Dead" et Organized Konfusion "The Extinction Agenda".

1 | 2 |