Interview Less Du Neuf (II)

15/01/2006 | Propos recueillis par Nicobbl avec Greg et Aspeum

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A : Pour 'Le chant du coq', est-ce que le texte a été écrit d'emblée pour un a capella, ou est-ce que c'est la force du texte qui a fait que, Kimto, tu as préféré le lâcher brut?

K : En fait quand on s'est retrouvé tous les deux avec JP, je lui ai proposé de faire ce texte en Slam et il a trouvé l'idée intéressante. Après, on l'a couplé à Fils d'immigrés. Le coté Slam et un peu poétique adressé à tes concitoyens c'était sympa à faire.

A : Dans le livret de l'album, vous dites remercier les artistes qui refusent la culture de l'échec et de la haine, ceux qui ne prônent pas à nos petits frères et sœurs l'auto victimisation, c'était une nouvelle façon de vous démarquer de ce rap de rue ?

K : Oui, maintenant, même si on a un esprit de contradiction très développé, on ne fait pas ça uniquement par contradiction. On considère plutôt que cette description de la France ne correspond pas à notre réalité. On a plus envie de dire à notre public de se faire son propre avis et de pas croire forcement son entourage. Crois pas obligatoirement ton grand frère, qui a peut-être la poisse, qui a tout essayé mais s'en sort pas dans la vie mais tu as aussi peut-être un grand frère qui est un gros fainéant et veut pas se bouger le cul. Tu sais le salaire minimum au Portugal c'est 300 euros. Le RMI en France c'est 400 euros.

A : Et tu as aussi plein de pays ou régions il n'y a même pas de RMI, notamment dans les territoires d'outre-mer...

K : Oui, je sais, moi je te parle de la réalité de chez moi. Tu gagnes plus ta vie ici à rien foutre qu'en allant bosser huit à dix heures par jour dans mon bled d'origine. Y'a des trucs comme ça qui peuvent te pousser à la fainéantise.

J : Moi aussi j'ai galéré en bas des halls, j'avais dix-sept, dix-huit ans. T'imagines à cet âge là tu penses déjà que tu vas aller nulle part ? Quand tu vois qu'il y a des mecs qui ont trente, trente-cinq ans et qui galèrent en bas. Eux ils savent qu'ils vont aller nulle part, ils peuvent qu'utiliser les gamins. Pour moi c'est à ceux qui ont pu se sortir de là de montrer l'exemple. Le rap aurait pu jouer ce rôle, donner une perspective d'avenir à ces gamins.

A : On avait fait une interview à la sortie de votre premier album, où Jeap tu disais que le rap était un discours presque politique devant être assumé ; le rap pour l'égotrip et pour la musicalité, c'est une approche qui ne vous intéresse pas ?

K : On ne s'est jamais pris pour des politiciens, on a pas la compétence et la formation pour. Mais profiter de l'espace que la musique te donne pour émettre des avis citoyens et communautaires, c'est très intéressant. Maintenant, entre un discours politique extrême et un autre extrême qui serait de rapper pour rapper, je pense qu'il y a un juste milieu. Image

A : Vous dites: "Je ne suis pas dans la course à qui expose le mieux sa souffrance, caché par la haine et qui chie le plus fort sur la France." Est-ce que parfois vous sentez un décalage avec votre public qui ne comprend pas toujours ou simplement n'adhère pas avec ces propos ?

K : J'ai l'impression que ceux qui viennent nous voir sont demandeurs de ce qu'on peut raconter. Ils sont plus intéressés par ce qu'on peut exposer que par les lieux communs. Ecoute, Diam's elle a entendu 2004 pour faire un morceau sur le front national. Ridicule. C'est ridicule. Le front national est là depuis 1974. Non, mais t'as pas autre chose à foutre ?

A : Sur 'Toi et moi', Kimto, tu dis "les idées de plus en plus claires, l'objectif plus net", quel est cet objectif dont tu parles ?

K : A un moment donné je me demandais ce que je foutais de ma vie. Je suis sorti de "Taxi 2" et je me suis posé des questions. JP est le seul qui a eu les couilles de venir me voir et de m'exposer ses doutes sur ce que j'étais en train de faire, tous les autres n'ont fait que me dénigrer. Quand j'ai écrit cette lettre à mon pote, j'avais la vue plus claire, ça m'a permis de mieux analyser quelle période j'avais vécu, comment j'ai pu me retrouver avec des sous. J'ai rassuré mes parents par rapport à mes choix de vie tout en étant malheureux par rapport à mon entourage. J'ai mis du temps à comprendre et reconnaître que des mecs étaient juste jaloux de moi, tout simplement. Ils auraient voulu être à ma place.

A : D' de Kabal, dans une interview disait : "Less du Neuf par exemple, techniquement c'est pas mon délire mais on sent que les mecs se donnent à fond, c'est sincère, bien amené et ça me touche." Comment prenez-vous une telle déclaration ?

K : Tu vois, ça me fait penser...je suis pas fan de Kamaro, j'ai pas son disque mais quand je l'écoute, je le trouve beaucoup plus crédible dans son créneau que la plupart des trous du cul qui me racontent la rue. Et je suis sincère quand je dis ça. Le mec il est sincère, il a une logique commerciale assumée, il assume sa vérité. "Je fais mon entertainment" comme il dit. Ils assument pas le fait qu'ils veulent vivre de l'oseille et veulent être des salariés du rap.

A : Le mot de la fin ? Conclusion ?

K : Merci à toi, à l'Abcdr Du Son et à notre public.

 

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