Interview Elliott Wilson

Rédacteur en chef du magazine XXL - numéro 1 de la presse musicale aux Etats-Unis - Elliott Wilson est aujourd'hui un journaliste respecté, un entrepreneur rusé, et un vrai schizophrène. Questions-réponses avec un homme très occupé : Monsieur Yellow Nigga himself.

18/12/2005 | Propos recueillis par JB | English version

Interview : Elliott WilsonAbcdr du Son : Même si XXL est le plus gros vendeur de la presse rap aux Etats-Unis, beaucoup de nos lecteurs ne vous connaissent pas - ou imaginent que vous gérez un magazine rempli uniquement de publicités. Comment vous présenteriez-vous, ainsi que XXL, à ces gens-là ?

Je leur dirais : je suis Elliott Wilson. Je suis le rédacteur en chef du magazine XXL depuis six ans. Fini les "si" et les "mais", c'est désormais officiel : nous sommes le magazine hip-hop numéro 1 en Amérique et, plus important, le magazine musical numéro 1 dans les kiosques de l'Oncle Sam. Nous devançons The Source, Vibe, RollingStone, Spin et Blender. Les chiffres ne mentent pas, bande d'incrédules. Jetez-y un oeil !

Comment vous êtes vous lancés dans le journalisme ?

En 1992, j'ai travaillé pour un petit magazine rap indépendant qui s'appelait Beat Down. Mon collègue Sacha Jenkins et moi, nous sommes partis au bout de deux ans et nous avons lancé ego trip. La reconnaissance obtenue par ego trip m'a donné l'opportunité de travailler pour The Source. Là-bas, j'ai été le responsable de la section Musique de 1996 à 1998. En 1999, je suis devenu le YNIC de XXL, The Yellow Nigga In Charge.

Vous avez connu de nombreux aspects du journalisme, de Beat Down à The Source jusqu'à XXL. Comment avez-vous évolué pour franchir le pas de journaliste à rédacteur en chef ?

Je me suis rendu compte très tôt que mes amis proches étaient de meilleurs écrivains que moi. Alors qu'est-ce qu'il restait à faire pour un refré à la peau claire de mon espèce ? Devenir le meilleur éditeur dans le biz - un point c'est tout. Aujourd'hui, je suis un vieux grincheux et je n'ai plus la patience, ni l'humilité de courir après des rappeurs pour leur poser des questions auxquelles ils ne veulent pas répondre. Je laisse ça à la prochaine génération.

Quelles sont les leçons les plus importantes que vous avez retenues des expériences journalistiques qui ont précédées votre arrivée à XXL ?

L'importance sans fin de la liberté de création, et savoir préserver son intégrité personnelle dans ce nid de serpents qu'est l'industrie du disque.

Quand je lis vos éditoriaux, j'ai toujours l'impression qu'il y a un rappeur en vous, ou un patron de label sûr de lui, qui vante ses ventes ("J'suis venu pour la place de numéro 1 ; ça veut dire vendre des magazines, connard"). Dans quelle mesure y a-t-il un rappeur, un entrepreneur, et un journaliste dans la personnalité d'Elliott Wilson ?

Je ne suis pas un rappeur, mais c'est vrai je me débrouille pas mal avec les mots. Et je suis complètement entrepreneur en plus d'être capricorne. Mais - désolé les filles - je suis déjà pris !

On dirait que vous assumez complètement le fait que votre boulot est de vendre des magazines, pas de sauver le hip-hop. Avez-vous toujours eu cet état d'esprit ?

Mon boulot n'est pas de sauver la culture, il est de la documenter. En bien comme en mal. The good, the bad, and the Biz Markie.

Quelle est une journée typique pour Elliott Wilson le rédacteur en chef ?

Wow. Ma femme me prépare le petit déjeuner et je pars au boulot. Là, je donne des ordres, mon staff fait tout le travail, et j'en récolte les lauriers. Puis je rentre à la maison, je donne à manger au chien, ma femme prépare le dîner et on se raconte notre journée. Elle est aussi journaliste, alors tu ne peux qu'imaginer combien nos échanges peuvent être lumineux. Mais je ne dors jamais - le sommeil, c'est le cousin de la mort.

Hormis les éditoriaux, vous signez assez peu d'articles dans XXL. Pour quelle personnalité - rappeur ou autre - ou quel sujet seriez-vous prêt à délaisser vos responsabilités éditoriales et vous replonger dans l'écriture ?

Même si j'écrivais, je ne pourrais pas abandonner mes responsabilités de rédacteur en chef. Le patron qui fait ami-ami avec les riches et célèbres, c'est un concept démodé et vraiment wick-wick wack.

Dans le dernier numéro de Scratch, il y a un édito marrant sur tous les gens qui appellent le rédacteur en chef pour se plaindre de tout et n'importe quoi. Quels sont les pires maux de tête que vous avez eu pendant la préparation d'un numéro ?

Personne de l'extérieur n'est autorisé à me parler. Sauf Don P de Trillville. Je maudis encore Kevin Liles de lui avoir donné le numéro de ma bat-ligne directe.

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