Article 361 Live

L'événement avait été annoncé en catimini deux mois auparavant. Le "premier et dernier" concert solo d'Akhenaton, à Marseille, accompagné par Chiens de Paille et Psy 4 de la Rime. L'occasion pour AKH de laisser une véritable trace sur scène, lui qui semble beaucoup plus à l'aise en studio qu'en live.

02/06/2002 | Par JB

Article : 361 LiveEn ce 19 avril, le temps est déjà estival à Marseille. Loin du vieux port, à 19 h 30, la foule grossit à vue d''il à l'entrée de la salle de concert des docks des suds. Ici et là, on cherche à acheter ou vendre des places, des vendeurs de sandwichs installent leurs étals et des équipes de street team accrochent des affiches pour la tournée du 3e 'il, le solo de Sat ou le live d'Assassin.

Dans l'enceinte des docks, du son New-Yorkais résonne et attire doucement les spectateurs vers la scène. La tension monte d'un cran vers 20h15 car Éric Cantona himself fait son entrée, traversant la salle comme s'il n'était pas une légende vivante dans la cité phocéenne. On charge les appareils photos, on demande un autographe, et du coup Canto regrette un peu son manque de discrétion, faisant mine de donner des cacahuètes à ceux qui s'approchent trop prêt de la zone "VIP".

La foule s'impatiente, DJ Ralph et DJ Sya Styles s'installent aux platines, mais il faudra encore une demi-heure d'attente, rythmée par Noreaga, Nas et Busta Rhymes pour que les lumières s'éteignent enfin. Il est 21h20, et des silhouettes entrent silencieusement sur scène dans l'obscurité. On reconnaît les allures juvéniles des Psy 4, la sobriété de Sako, et, sur la gauche, une silhouette filiforme aux cheveux ras'Dans une ambiance survoltée, les projecteurs fixent tour à tour les Mc's qui entament le show par un posse cut inédit'On entend Sako, Alonzo, puis la silhouette sur la gauche se met en mouvement, préparant son entrée. Le paroxysme est atteint quand la lumière se braque sur cette silhouette : Akhenaton.

Il était question d'un concert solo, mais dès ce premier titre, il devient clair que l'on assistera ce soir plus à un All-Star Game qu'à un un-contre-un intimiste. Et c'est tant mieux. Chill enchaîne sur 'AKH', titre calibré pour la scène, amplifié avec l'arrivée de Shurik'n et Freeman pour le refrain. "Vous voulez du hip hop ? Et ben vous allez être servi !", avertit Sako, qui prend le relais avec Mic Forcing pour 'Consortium', tandis la foule semble déjà attendre une autre performance'

Surprise : la tête d'affiche de la soirée n'est pas forcément celle que l'on croit. Il faut se rendre à l'évidence : les "stars" du concert sont les Psy 4 de la Rime. A la fin du morceau de Chiens de Paille, alors que le public chauffé à blanc scande "Psy 4 Psy 4", une vidéo est projetée sur la toile au fond de la scène : un extrait du "Droit de savoir", où l'on voit une voiture de police patrouiller dans la cité du plan d'Aou avant qu'une pierre ne vienne briser le pare brise arrière. La foule exulte, et entre presque en transe quand Vincenzo, Alonzo et Soprano débarquent sur scène avec 'Block party', puis '2 sortie'. Franchement époustouflant, et bénéficiant d'une aura incroyable auprès du public local, le groupe met le feu, tout simplement, comme pendant ce freestyle où ils reprendront successivement 'Ante Up' (MOP), 'X' (Xizibit) et ''I'm a slave for U' (Britney Spears) : "C'est la Psyyyyyykatra". Plus tard pendant le show, Alonzo et Soprano vont réaliser sans doute la plus belle performance du concert : La vengeance aux deux visages, avec un Alonzo rappant en face à face avec'lui-même en changeant de flow, et un Soprano habité par son personnage de loser alcoolisé. Un seul regret : l'énergie dépensée pour la Psykatra a rendu le public plus amorphe devant les apparitions de Sako et MF certes moins extraverties, mais brillantes.

Le principal point fort de ce concert est d'avoir évité un schéma en trois parties AKH/Psy 4/Chiens de Paille. Là, les artistes sont passés chacun à leur tour, comblant les attentes de chacun, et relançant tour à tour l'intérêt du concert, avec des inédits et des titres spécialement retouchés pour le live. En plus de 'Fonctions vitales', 'Un de ces jours' et 'L'encre de ma plume', Sako a aussi interprété deux morceaux qui devraient figurer dans une réédition de 'Mille et un fantômes', dont un titre accompagné d'une choriste chantant en Français, Sandrine. Réputé pour la complexité de ses rimes, le comparse de Hal n'a pas négligé la profondeur de ses textes au profit de la performance, conciliant avec brio présence scénique et intelligibilité des paroles.

Autre "cadeau" : trois inédits d'IAM, permettant de jauger le contenu d'un nouvel album attendu à la fois avec espoir et circonspection. Les titres interprétés par Chill, Shurik'n et Freeman dévoilent un retour certain à des valeurs hip hop, et une position de vétéran assumée, à l'image d'un premier inédit au titre évocateur, 'Esprit Beat Street', avec un refrain old schoolesque. Dans le second, 'Live de la base', les trois Mc's rappent par clins d''il en reprenant leurs phases passées. Plus proche des thèmes de "Ombre est Lumière", le troisième titre, 'Musique de la jungle' réunit en duo Chill et Joe (pour le "Black Album" d'AKH ?). Les couplets sont construits en anaphores commençant par "j'aurais pû / j'aurais dû" avec un Akhenaton toujours prompt à la métaphore opaque. Le refrain scratché reprend cette phrase de Demain c'est loin : "Bafles qui blastent ma musique de la jungle". Espérons par contre que l'instru proposée n'était qu'une maquette destinée à la scène, car elle reprend presque trait pour trait celle des Neptunes pour 'What is it' (Busta Rhymes feat. Kelis). Bilan : trois titres énergiques plutôt décomplexés et efficaces. Dans le contexte du spectacle, leur performance laisse forcément une impression positive, mais ne permet toujours pas de savoir si IAM pourra maintenir la barre aussi haute que "L'Ecole du micro d'argent" dans son prochain opus.

En dépit d'une certains rigidité dans les gestes, Akhenaton s'est montré prolixe et carré sur scène, interprétant beaucoup de titres de "Sol Invictus" ('NYC Transit', 'Horizon vertical', 'Une impression', 'Le fiston') ainsi qu'un single peut-être dispensable, 'J'ai vraiment pas de face'. Les grands moments resteront sans doute un 'Mon texte, le savon' magistralement interprété, et surtout une version symphonique de 'Mes soleils et mes lunes', avec un simple hi hat en guise de repère rythmique. Rappant le morceau immobile à côté de Sako, Chill l'avait décrit comme "le calme avant la tempête". Tempête arrivée juste après avec, devinez qui, les Psy 4 qui ont sorti leur tube : 'Le son des bandits'. Sans épiloguer sur la qualité du morceau, on peut dire facilement dire que ce fut le plus gros carton de la soirée, avec une foule littéralement déchaînée pendant le refrain.

Au moment du rappel, un freestyle géant offrit entre autres à K.Rhyme le Roi et L'Algerino (45 Niggaz) l'occasion de montrer leurs talents de performer, et laissa Bouga rapper pour la 846e fois 'Belsunce Breakdown', concluant le concert sur une note plutôt affligeante. Pendant ce temps, Akhenaton s'était placé en retrait après avoir reçu son disque d'or des mains de Hal, et vers minuit, les artistes ont quitté la scène, après près de 2h30 de spectacle. Avec un son parfait et un show mûrement réfléchi, les artistes de 361 records ont donc réalisé une performance de haut vol. Le DVD témoignera de la qualité d'un concert à forte valeur symbolique, marquant le passage de flambeau entre la génération IAM et celle 'd'ores et déjà acclamée- des Psy 4 de la Rime.