Interview The Soul Children

Rencontre avec Xcell et Nicko, membres du groupe parisien The Soul Children, récemment dépositaire d'un maxi composé de trois remixes. De la naissance du groupe, à la place de la Soul dans le rap jusqu'aux techniques de production.

10/09/2005 | Propos recueillis par Nicobbl

Interview : The Soul Children

Abcdr : Comment s'est formé le groupe The Soul Children ? D'où venez-vous ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Xcell : Depuis le départ, The Soul Children est composé de trois personnes : Nicko, Xpert et moi. En fait, je connais le frère de Nicko depuis la sixième donc c'est un peu comme une histoire de famille entre nous. J'allais chez lui, il m'a fait découvrir et écouter sa collection de vinyles et les premiers Preemo. On s'est progressivement rapprochés et récemment on a décidé d'essayer de sortir ensemble de vrais projets.

A : Comment ça s'est passé au départ ? Chacun faisait de la musique de son coté ?

X : Oui, chacun faisait du son séparément.

Nicko : Je faisais moi aussi du son de mon coté. En parallèle, je travaillais avec 3 Griffes, j'étais le DJ de scène de Princess Aniès et je mixais aussi sur Générations 88.2. Je faisais mes trucs de mon coté tout en sachant qu'ils s'intéressaient eux aussi à la musique. Et puis un jour on s'est dit qu'on allait monter ça. Voilà pour la rencontre.

A : Tu parlais tout à l'heure de l'époque où tu as découvert les premiers Preemo. En fait comment êtes-vous venus chacun au rap ?

X : Moi, je ne suis pas du tout tombé dedans quand j'étais petit. Au départ, j'écoutais un peu tout et n'importe quoi. C'est le troisième membre du groupe, Xpert, qui m'a filé des premiers disques de rap français, à l'époque Time Bomb. J'ai aussi commencé à écouter Nova, le Cut Killer Show et c'était parti.

A : Et toi Nicko, pareil ?

N : Non, moi c'est complètement différent. Déjà parce que je suis plus vieux, j'ai 27 ans. J'ai commencé en écoutant de la Funk et à partir de 1992-93, j'ai découvert pas mal de groupes comme les Lords of the Underground, Marley Marl, le DITC. Au départ, ce sont ces groupes là qui m'ont marqué, j'ai accroché sur le son bien fat. Je me suis intéressé, progressivement, de plus en plus au rap jusqu'à l'époque de Craig Mack. Le 'Flava in your ear', c'est le morceau qui m'a tout simplement choqué. C'était une forme de révélation pour moi, et une espèce de transition, entre guillemets, entre la old school et la new school.

A : Rétrospectivement, quels sont les premières productions et les premiers albums qui vous ont marqué, ceux qui vous ont donné envie de passer du stade d'auditeur à celui de producteur ?

N : A la base ce sont avant tout des grands classiques comme "Ready to die", "Moment of truth", un peu plus tard toute la clique DITC, les Lords, Eric B and Rakim, EPMD aussi. Après, il y en avait tellement… Bref, toute la clique (rires).

A : Avec quel matériel travaillez-vous ?

N : Moi, je travaille sur MPC 2000XL et eux sur ordinateur avec Sound Forge et Cubase. Sound Forge pour le sample et Cubase pour la séquence. Après on travaille ensemble, donc on échange beaucoup…

A : Justement, comment se passe le travail de production à plusieurs ? Composer à plusieurs j'imagine que c'est loin d'être si facile et cela implique de faire beaucoup de compromis...

X : Oui, compromis mais avant, on travaillait seul et on en était extrêmement renfermés sur nous-même. Du coup, on avait très peu de recul sur ce qu'on faisait. Aujourd'hui, je peux commencer un son, être extrêmement content de moi, et derrière me prendre une claque par Nicko qui me fait:"Mais c'est vraiment de la merde !"(rires)

N : Et vice-versa ! (rires). Parfois, j'arrive avec un nouveau son en disant wouahh c'est magnifique, c'est le son du siècle ! Il arrive et il me dit il a pas commencé le son là ? Ah si ça fait cinq minutes qu'elle tourne la piste là !
Non, cet échange nous permet d'avoir du recul, d'être critique, tout en évitant de rester trop dans une couleur de son. En discutant et partageant, on m'a fait des critiques sur des tics de producteurs, des découpages que j'avais remarqué avant qu'on me le dise. Tout ça c'est extrêmement important, ça fait partie d'une grande remise en question.
Enfin, on ne décide jamais seul, il y a toujours le regard de l'un pour juger le travail.

A : Où est-ce que vous trouvez vos kits de batterie ? Avez-vous des scrupules à en reprendre dans le rap ?

N : Ca me rappelle des discussions que j'avais eu avec des producteurs qui ne samplaient que de la Soul pour leurs kits de batteries. Je sais que Mysta D fait cela, Madizm aussi si ma mémoire est bonne. Nous on a déjà repris des kits de breakbeats et de rap. Ca ne nous pose pas de vrai problème. Peu importe d'où provient le son, l'essentiel est que le résultat soit satisfaisant. On est pas franchement des extrémistes de la production !

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