Interview Kno (Cunninlynguists)

Subtiles et personnelles, les productions de Kno ont donné toute leur saveur aux premiers albums de Cunninlynguists, et ont fait du "White Albulum" l'une des reprises les plus séduisantes du Black Album de Jay-Z. Alors que le troisième LP de CL se profile, le producteur géorgien lève le voile sur ses influences, son évolution et ses projets.

21/05/2005 | Propos recueillis par JB avec Nicobbl

Interview : Kno (Cunninlynguists)Abcdr : Comment présenterais-tu Cunninlynguists à quelqu'un qui ne connaît pas du tout votre musique ?

 

Kno: Je leur demanderais avant tout de se poser la question suivante, en essayant d'y répondre sincèrement : écoutent-ils la musique parce qu'on leur a dit que c'était cool ? Ont-ils besoin d'avoir l'accord de quelqu'un pour essayer quelque chose ? Si la réponse est oui, alors ils peuvent d'ores et déjà lâcher l'affaire. C'est même pas la peine qu'on se présente car nous n'allons pas être ce qu'ils recherchent (rires). Maintenant, si la réponse est non, alors je peux leur dire que nous faisons du hip-hop. Pas de chichis, pas de faux semblants, pas de mots de 30 syllabes. Juste du rap de qualité fait par deux personnes qui ont grandi en écoutant Pharcyde, E-40, A Tribe Called Quest, OutKast et des trucs du genre.

A : Cunninlynguists est composé désormais de deux membres : Deacon, qui vient du Kentucky, et toi, de Géorgie� Comment vous êtes vous rencontrés et avez-vous réussi à créer un groupe cohérent en vivant dans deux états différents ?

K: En fait, quand j'ai rencontré Deacon pour la première fois, il vivait aussi à Atlanta. Il allait au Morehouse College, je venais d'abandonner mes études à l'Université de Géorgie, et j'étais hébergé dans la maison d'un MC appelé Jugga (NDR : The bully) sur le boulevard Ralph McGill. J'ai rencontré Deacon au Blaze Battle en 1998, Jugga y participait. On a enregistré la moitié de "Will rap for food" avant qu'il ne retourne dans le Kentucky, et on a fait le voyage une ou deux fois pour le terminer.

A : Concrètement, que s'est-il passé avec Mr SOS ? Fait-il une pause avec le groupe ? L'a-t-il quitté ?

K: SOS vit de nouveau à Atlanta, il travaille sur son album solo. Je produis, avec Deacon et Tonedef, la plupart des morceaux. Si tu relis nos anciennes interviews, tu verras que Deacon et moi on a toujours adopté une politique d'"entrée et de sortie" dans le groupe, et tant que lui et moi serions là ça resterait Cunninlynguists. Cunninlynguists, ce sera toujours Deacon the Villain et Kno, mais on a choisi de donner un coup de pouce à SOS et voir ce que ça donnerait. Il a commencé à enregistrer avec nous à la mi-2002, et dans les deux ans qui ont suivi on est arrivé à un point où l'on a réalisé que la dynamique du groupe n'était pas ce qu'elle devait être, alors on a décidé d'essayer autre chose. Mais il n'y a pas de rupture, et rien ne dit qu'il ne sera pas de nouveau impliqué dans le groupe à l'avenir.

A : Tes choix de samples sont spéciaux et te donnent une signature sonore très originale, mélodieuse et pleine d'émotion. Quel est ton parcours musical, et en tant que producteur, qu'est-ce qui t'a amené à creuser des genres musicaux pas vraiment habituels dans le rap ?

K: Et bien, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je suis blanc. C'est dur à croire, je sais, mais c'est la vérité (rires). Beaucoup de producteurs-sampleurs notables ont des histoires géniales sur les disques de soul qu'ils volaient à leurs parents pour mieux les absorber, mais moi j'ai grandi avec du rock n'roll grillé. Les Grateful Dead étaient mes Ohio Players, Bob Dylan était mon Marvin Gaye, Frank Zappa était mon Donny Hathaway. C'est pas que mes parents n'écoutaient pas un peu de soul, mais principalement du rock chargé de drogue. J'imagine que c'est la raison pour laquelle je sample beaucoup de rock psyché et des trucs comme ça. Je suis la manifestation hip-hop du casque enflammé d'Arthur Brown [NDR : père du rock psychédélique] (rires).

A : Y a t-il une explication au nom "Kno" ?

K: Kno est dérivé du nom "Knokash", qui a été mon nom de scène pendant un temps. Je crois que c'était un jeu de mot par rapport à "Locash" dans "CB4" [NDR : groupe parodique crée dans la comédie du même nom, en 1993]. Je ne me rappelle plus. Une chose est sûre, j'étais fauché, alors ça collait (rires).

A : Certaines de tes productions sont construites autour d'un sample vocal utilisé comme un refrain, comme 'Rain', 'Love ain't' ou 'Dyin' nation'. Quand tu apportes un beat comme ça à Deacon, comment préparez-vous le futur morceau avec cet élément vocal à l'esprit ?

K: Parfois, on écrit autour du refrain, et le concept s'écrit par lui-même, ou alors je trouve un sample qui correspond au contenu. 'Love ain't' était en fait un remix de la version originale, qu'on peut trouver dans "Sloppy seconds volume 1". Il s'est trouvé que le sample vocal correspondait au contenu de la chanson. 'Rain' était en fait un beat que j'avais fait pour un morceau que Mr SOS avait déjà écrit.

A : Quelles machines utilises-tu pour créer tes instrus ?

K: J'ai trois pots, une casserole et un vocoder. Pas besoin de MPC, ni de Fruity Loops.

A : As-tu une méthode spécifique pour produire ?

K: Je n'ai pas vraiment de méthode prédéfinie. Parfois je commence par séquencer la batterie, ou je compose une mélodie au clavier et travaille autour de ça. Parfois je trouve un sample mortel et le découpe, une autre fois j'utiliserai une simple boucle. Je me considère plutôt comme un conduit pour la musique, pas comme la personne qui l'a fait vraiment. La musique et l'émotion me traversent, je suis leur trace et les rend palpables pour les fans de Hip-Hop.

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