Interview Count Bass D

Entretien au-delà des frontières musicales avec Count Bass D, rappeur-producteur affranchi de toutes étiquettes, quelques jours avant la sortie de son nouvel album "Begborrowsteel".

06/03/2005 | Propos recueillis par Nicobbl avec Ameldabee

Interview : Count Bass DAbcdr : Comment es-tu venu à la musique et au Hip-Hop ?

Count Bass D : Je suis venu à la musique par l'église. Pour ce qui est du Hip-Hop, je suis tombé dedans, en étant tout simplement un homme noir né dans les années soixante-dix.

A : Pourquoi avoir choisi ce nom Count Bass D ?

C : J'ai pour ambition de diriger un orchestre, comme il l'a fait [ndlr : Count Basie, le jazzman], sauf que ce sera pour le Hip-Hop. Je l'avais expliqué à quelqu'un en 1990, et c'est resté.

A : Peux-tu nous en dire plus sur Hoppoh Records et toute cette histoire avec Bobbito et Pete Nice ? Comment les choses se sont-elles présentées ?

C : J'ai signé un contrat avec eux en décembre 1993. Pete m'avait entendu sur des démos et il souhaitait me signer. Il le fit par la suite.

A : La première fois que j'ai vu ton nom, c'était sur le maxi "Violatin'" avec Egon aux platines et un remix de V.I.C. Comment as-tu rencontré les Beatnuts ? (à un moment, on pensait même que tu avais intégré le crew). Envisages-tu toujours de travailler avec eux dans un futur proche ?

C : Non, j'étais et resterai toujours proche des Ghettos Pros. J'avais rencontré V.I.C. lorsqu'il était à Nashville et qu'il faisait quelques beats là-bas. Nous sommes toujours restés en contact depuis cette époque.

A : Comment as-tu rencontré Egon ? Vous aviez une émission radio à Nashville, 911 Emergency, où vous avez rencontré un certain nombre de légendes de Soul et de Funk, quels souvenirs gardes-tu de cette époque ?

C : J'ai rencontré Egon dans un magasin de disques ici à Nashville. Après avoir discuté quelques minutes, il s'est aperçu que je connaissais Chris Lowe et ça l'a fait halluciner car il était pote avec Dooley-O, et à partir de là nous avons essayé de transposer la symbiose que ces deux avaient lorsqu'ils étaient ensemble ici à Nashville. Cela fonctionnait parfaitement bien. C'est mon émission radio favorite.

A : Travailles-tu toujours avec Egon maintenant qu'il est pleinement impliqué dans ses rééditions et son rôle de directeur artistique chez Stones Throw ?

C : Oui, nous nous appelons assez souvent. Notre relation va au-delà du business. Si nous arrivons à pouvoir faire quelque chose ensemble, ça sera avec plaisir. Jusqu'à présent, nous n'avons jamais eu besoin de forcer quoi que ce soit.

A : Considères-tu qu'être à Nashville constitue un obstacle pour ta carrière musicale (manque d'opportunités) ?

C : Je pensais cela aussi au début. Mais je me suis rendu compte que mon originalité vient justement du fait que je travaille seul. Je peux ainsi définir mes propres règles, mon code vestimentaire, ... Cela me donne également un sentiment de sécurité faussé car je peux me faire peur dans mon miroir.

A : Je sais que tu joues de plusieurs instruments, lesquels ?

C : J'essaie tout simplement d'obtenir une certaine sonorité de mes instruments. Je ne suis pas vraiment capable de jouer quoi que ce soit.

A : J'imagine que ta connaissance des instruments a changé ton approche de la production...

C : J'essaie d'avoir un grain, la plupart du temps le même, que je tire des instruments que je sample. J'adore les samples. Je conçois les instruments comme des outils de propagation à travers l'air, tandis que les samplers permettent de communiquer dans l'espace. J'en ai marre des compagnies aériennes, je veux lancer ma propre version de la N.A.S.A.

A : Avec le développement de logiciels assistés par ordinateur, j'ai l'impression qu'il y a une vraie démocratisation de la production (tout le monde peut faire des beats.) La réussite de quelqu'un comme 9th Wonder qui utilise, entres autres, Fruity Loops, qui pourrait sampler des MP3 mais ne le fait pas, illustre à mon avis assez bien cette idée. Qu'en penses-tu ?

C : J'ai utilisé Vision 1.4, logiciel de séquençage numérique. J'emploie des samplers maintenant, et je continuerai. Je ne dis pas que je changerai pas d'avis un jour, mais je suis un grand défenseur des samplers. Je ne me sens pas à l'aise avec un ordinateur sur scène. Je préfère avoir mon sampler.

A : Tu sembles avoir adopté la position du "fais tout ce que tu peux avec tout ce que tu peux avoir à portée de main", dans le sens où tu veux essayer tirer le maximum de tout ce que tu peux trouver. Qu'as-tu utilisé pour ton premier EP ? Ton approche de la production a-t-elle évolué ?

C: Mon premier album s'appelait "Pre-Life Crisis", et j'ai tout fait avec Sonar pour programmer les batteries, une basse Music Man Stingray, plusieurs claviers et un sampleur Akai S3000.

A : Tu as tout fait sur "Dwight Spitz", de la production au emceeing en passant par le design de la pochette. Est-ce important pour toi de pouvoir tout faire sur un disque ?

C : Lorsque d'autres personnes arrivent avec de meilleures idées, je suis le premier à les mettre en oeuvre. Mais la plupart du temps, les gens avec qui je travaille veulent entendre la même chose que moi, et je finis par faire ce que j'ai demandé de faire.

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