Article Wax Poetics - Issue #4

En dépit du fait que Wax Poetics demeure encore méconnu du public européen de part sa très faible diffusion, la sortie du quatrième numéro constitue un excellent prétexte pour revenir plus en détail sur ce trimestriel (un numéro par saison) qui fête tout juste sa première année d'existence.

30/12/2002 | Par Shadok

Article : Wax Poetics - Issue #4En dépit du fait que Wax Poetics demeure encore méconnu du public européen de part sa très faible diffusion, la sortie du quatrième numéro constitue un excellent prétexte pour revenir plus en détail sur ce trimestriel (un numéro par saison) qui fête tout juste sa première année d'existence. Si il semble encore un peu prématuré de tirer un quelconque bilan sur la place exacte que ce magazine, basé à Brooklyn, tient au sein des nombreux autres s'étant placé sur le créneau hip hop, on peut toutefois s'attarder sur son contenu atypique et sur la constance de sa ligne éditoriale : parler de ce dont on parle pas ailleurs. Pour faire simple.

Mais il serait en effet trop simple, pour ne pas dire simpliste, de résumer la démarche de Wax Poetics par ce vulgaire raccourci. Outre la part notable accordée au rap US indépendant, bien souvent délaissé par les magazines à grands tirages (à l'exception du magazine Elemental), Wax Poetics propose en effet des sujets aux angles pour le moins originaux. Et, qui bien plus que de combler les attentes des lecteurs les plus exigeants, auront le mérite d'éveiller la curiosité des néophytes : jazz, funk, funk jazz, soul, rock et bien sûr l'amour du vinyle. Bref, tout ce qui attrait, de près ou de loin, à la création et à la richesse du mouvement hip-hop.

Preuve en est ce quatrième numéro qui regroupe pêle-mêle des focus sur Donny Hathaway, Manzel et sur le pianiste polonais des seventies Wojciech Karolak, mais aussi une playlist ultra détaillée de 12'' de la part du DJ/producteur vétéran Louie Vega, un entretien avec RZA, un autre avec Tracy 168, graffeur et taggeur inventeur du Wildstyle, un dossier sur les formations jazz texannes' le tout traité avec nuance, style, originalité et surtout sans verser dans un ton qui se voudrait professoral. Car le risque se situe bien souvent ici dès lors qu'un média s'intéresse à des sujets vraiment délicat. Il est en effet difficile d'éviter de paraître donneur de leçons lorsque que l'on écarte (involontairement bien évidemment) une large part de son lectorat. C'est aussi un excellent moyen de faire s'intéresser le public aux racines qui ont données naissance à sa musique et qui influent encore aujourd'hui de façon considérable sur tout ce qui se fait. Et les rédacteurs (une quinzaine) ont ceci de particuliers qu'ils semblent être d'authentiques fans de ce qu'ils écrivent et décrivent, s'offrant par la même l'immense privilège de rédiger ce qu'ils ont envie de lire... et de tenter de le faire partager à d'autres.

D'un point de vue purement formel, l'artwork est lui aussi d'une très grande qualité, et le format (25.5x18) semble parfaitement adapté à son contenu, classieux. Et bien que relativement sobre, la mise en page garde néanmoins une touche très élégante, le noir et blanc utilisé pour la majorité des photographies y étant sans doute pour beaucoup. Le reste des illustrations accompagnant les articles est judicieusement sélectionné, entre dessins, pochettes d'albums, de 45 tours, et apporte cette note supplémentaire qui fait que Wax Poetics est bien plus qu'un simple magazine. La couverture de ce quatrième numéro est par ailleurs l''uvre d'un des interviewés : le graffiti artist Tracy 168.

Si Wax Poetics donne l'impression qu'il prend le temps de prendre le temps, d'expliquer les choses, qu'elles soient anciennes ou plus récentes, c'est sans doute pour pouvoir aller au fond de celles-ci afin qu'elles soient comprises dans leur globalité. Mais cela semble également être par respect du lecteur. C'est un parti pris risqué lorsque l'on on connaît la course à l'information ou réaction ne rime que rarement avec information. La meilleure définition revient cependant au rédacteur en chef de Wax Poetics, Andre Torres, qui conclue son édito de printemps avec ces mots : "We don't need to go 'magazine platinum' to be kings in our game. We already are, beacause we're not playing by any one else's rules but our own." Avec un tel état d'esprit et les numéros comme celui-ci aidant, Wax Poetics peut en toute modestie devenir la bible du hip hop, pour qui veut encore y croire...

Le site : http://waxpoetics.com