Interview JL

31/10/2004 | Propos recueillis par Nicobbl avec | Photos : Tcho

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A : Le label Mic Processor a été monté pour sortir ce premier maxi ? Quel est l'objectif à terme de ce label ?

J : Oui, à l'époque, Mic Processor, c'était moi, Jacob [ndlr: manager actuel de JL], DJ Sek et Brice, qui est parti depuis. Le label avait été monté essentiellement pour sortir mes maxis. On s'est dit que si personne ne voulait sortir nos maxis, on le ferait nous-même. Après, notre objectif, c'est de monter un vrai label, aux bases solides, pour pouvoir sortir ce qu'on veut et injecter dans la musique ce que, nous, on a envie d'écouter. Pour l'instant, on n'a pas cette prétention là et on n'a clairement pas les épaules pour, mais dans le futur, sait-on jamais...

A : Aujourd'hui, l'indépendance c'est un choix assumé, ou une obligation pour exister, faute d'opportunité ?

J : C'est vraiment une obligation aujourd'hui. Franchement, si aujourd'hui je pouvais avoir un label plus important avec moins de contraintes financières, je serais très content. Après aujourd'hui, il s'avère qu'on n'a pas de structures derrière nous, donc l'indépendance c'est le seul moyen pour faire ce qu'on à faire, véhiculer ce qu'on a envie de véhiculer. Après si demain un label vient me voir, veut mettre de l'argent sur moi et les gens qui m'entourent, et si ce contrat est honnête, me proposant pas de choses que je n'ai pas envie de faire, moi je serais tout à fait partant.

A : Que penses-tu de la crise traversée par les majors ? Quelles en sont tes raisons à ton avis ?

J : Oulah...(étonné, il s'arrête un moment)...J'ai du mal à trouver une solution. Je pense que le téléchargement est une raison...mais bon après je me pose pas mal de questions : Est-ce que si tu baissais le prix des disques les gens téléchargeraient moins ? Ou est-ce que le téléchargement est rentré dans les mœurs et du coup les gens veulent plus acheter ? Les maisons de disque prennent de toute façon trop d'argent. Quand tu vois des maisons de disque niquer des budgets sur des clips au Brésil alors qu'il n'y a pas de vrai intérêt et que ça n'a aucun rapport avec la chanson à proprement parler, tu te dis qu'il y a une merde quelque part...

A : Quelle approche as-tu des mixtapes ? C'est une opportunité à saisir, l'occasion de se faire connaître du public ?

J : Je suis pas un mec qui fait beaucoup de mixtapes, principalement parce que j'écris pas vite. Si j'étais plus prolifique, j'en ferais sûrement plus... (il s'arrête) Enfin, ici on n'est pas aux Etats-Unis, où le mec il fait des centaines de mixtapes et il sait qu'il va avoir un contrat après. Ici, c'est différent, tu peux faire cent vingt mille mixtapes et toujours rapper dans ta cave. Après les mixtapes te permettent aussi de te lâcher et de sortir des trucs plus légers.

A : Après "Alors c'est ça le rap ? / Mon coin de paradis", tu sors un second maxi "L'I.N.T.R.U.S / Faut de tout". Tu crois en la logique du maxi, forme de progression logique avant l'album qui est une forme d'aboutissement ? C'est une logique qui est de plus en plus remise en cause...

J : Moi j'y crois, mais je sais aussi qu'aujourd'hui, quand tu es indépendant, c'est pas une solution parce que les maxis vinyles de rap ne se vendent pas. Nous on le fait parce qu'on aime ça et qu'on a été éduqué comme ça, mais à mon avis, plus ça va aller, plus ça va se perdre. Tu sais que ça coûte cher de presser des vinyles et l'argent revient pas toujours.

A : Tu es le seul invité "officiel" sur "Top départ" l'album de Rocé (Manu Key apparaît aussi sur le morceau caché terminant l'album), comment c'est faite cette connexion ? Via Chronowax ? (distributeur du premier maxi de JL et de "Top Départ")

J : Non, rien à voir avec Chronowax. Je connaissais Rocé bien avant. En fait j'avais enregistré ma première mixtape, avec mon tout premier groupe, chez Rocé. C'était il y a des années de ça. On s'est bien entendu alors on a continué à faire quelques trucs ensemble.

A : Reprendre "J'arrive mais personne m'attend", c'est un constat lucide et assumé ou plutôt une forme de déception amère ?

J : Non, c'était pas du tout une forme de déception. Quand je l'ai écrit et dit, les choses se présentaient comme ça. J'étais juste réaliste, point.

A : Tu dis aussi "pour être heureux, je vis caché, c'est ça ma solution", être en retrait, cela ne te semble pas contradictoire avec cette volonté de se mettre en avant, qui est inhérente au rap ?

J : Oui, quelque part c'est contradictoire, mais ce n'est pas ça qui va t'empêcher de le faire. Ca dépend ce que tu veux véhiculer et comment tu comptes t'y prendre. A mon avis les gens n'ont pas besoin de me voir, connaître ma gueule, c'est pas ce qui doit compter, au moins au départ. Au pire ça viendra par la suite.

A : Qu'est-ce que tu attends du rap aujourd'hui ?

J : Le rap, pour moi c'est vraiment du kif. Voilà, après, j'essaie de faire de la bonne musique, j'ai pas de plan de carrière ou quoi que ce soit. J'essaie de faire les choses au feeling, au coup par coup, avec les gens c'est pareil.

A : Tu as sorti il y a peu un nouveau maxi vinyle, le troisième avant l'album, "Ma place au soleil / Saoulé". 'Saoulé' est musicalement assez différent de ce que tu avais pu faire auparavant, c'est une autre facette que tu souhaites exposer avant l'album ?

J : Non, en fait ça c'est fait très simplement. Sek avait fait la production, il me l'a fait écouté et j'ai kiffé, alors j'ai posé dessus. Il n'y avait pas de stratégie derrière, les choses se sont présentées comme ça.

A : Qui sont Vulkain et Ruddy Lapoz qui apparaissent sur 'Saoulé' ?

J : En fait Vulkain fait partie d'un groupe, 808 Mob, et Ruddy Lapoz d'un autre groupe qui s'appelle Les classés. Tous les deux sont partis de leurs groupes respectifs pour monter un projet avec moi et un autre à deux. Ils ont prévu d'ici janvier de sortir un EP sur Mic Processor et par la suite un album. Ils bossent en ce moment dessus.

A : La date de sortie de ton album est-elle fixée ?

J : On n'a pas encore fixé de date précise. Mais aujourd'hui on a déjà bien avancé, j'ai aujourd'hui quasiment tous les morceaux, il faut désormais juste terminer le tout.

A : Quelle a été ta démarche pour ce premier album ?

J : Il n'y avait pas de vraie démarche au départ. J'ai simplement fait des morceaux petit à petit, et je me suis rendu compte quand j'avais quasiment terminé toutes les maquettes qu'il y avait un fil conducteur entre tous ces titres. Un fil conducteur qui au départ n'était pas prévu. Tu comprendras ce que je veux dire en écoutant l'album.

A : Qui assurera la production de ton album ?

J : DJ Sek assure 90% des productions de l'album, Ruddy Lapoz, Le Gang du Lyonnais et DJ Karz, le DJ de Rocé, font le reste.

A : Des invités ?

J : Pour l'instant il n'y pas d'invités de prévu, mais il se peut que d'ici là ça change.

A : Des concerts de prévu ?

J : Je ne sais pas trop ce qui va se passer à ce niveau. On essaie de se créer des opportunités et d'organiser nos concerts.

A : Qu'est-ce qui tourne actuellement sur ta platine ou dans ton walkman ?

J : J'ai acheté le dernier album de Masta Ace, "A long hot summer" et le dernier De La Soul "Grind Date" qu'on m'a prêté. Voilà, en ce moment c'est principalement ça...

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