Interview JL

Resté dans l'ombre depuis des années, JL a connu un certain nombre de désillusions avant de finaliser aujourd'hui son premier album solo sur son propre label Mic Processor. Rencontre très simple avec un MC discret qui se défend de chercher célébrité et notoriété, préférant garder justement les pieds sur terre.

31/10/2004 | Propos recueillis par Nicobbl avec | Photos : Tcho

Interview : JL

Abcdr : Comment es-tu venu au Hip-Hop ? Par le rap ?

JL : En fait, je suis venu au Hip-Hop, non pas par le rap, mais par le Deejaying. C'était vraiment ce que je voulais faire au départ. En 1989-90, j'ai commencé par m'acheter des disques et des platines et avant même de rapper, je voulais être DJ.

A : Quels étaient tes modèles ?

J : En fait j'avais pas vraiment de modèles en Deejaying....enfin, si, on va dire Terminator X parce que le groupe que j'ai kiffé au début c'était Public Enemy. Bon, après, rétrospectivement parlant, c'était pas un monstre de technique, mais voilà, c'était le DJ de Public Enemy.

A : Sur l''I.N.T.R.U.S' tu dis "...au M.I.C comme EJM dangereux", c'est uniquement pour la forme où EJM fait partie des gens qui t'ont inspiré, que tu as admiré ?

J : Ah...[admiratif]. EJM c'est un vrai gars, à l'époque, pfff... Bon après c'était pour la forme, ça sonnait bien, mais c'est aussi un gars que j'aime beaucoup. J'ai même fait un morceau avec lui, il y a trois ans de cela. Le morceau sortira à mon avis jamais...Enfin, peut-être sur un "Lost Tapes", un jour ! (rires)

A : Pour continuer sur ce sujet quelles sont tes sources d'inspiration et influences ?

J : Moi, les premiers groupes que j'ai kiffé c'était Public Enemy, beaucoup BDP (Boogie Down Production), l'album "Ghetto Music" m'a notamment beaucoup marqué. Mais, à vrai dire, plus qu'un seul groupe à vrai dire, beaucoup de choses m'ont marqué et influencé. J'écoute vraiment de tout niveau rap et pas spécialement du hardcore ou des trucs posés, j'aime un peu tout...

A : Ton premier label c'est Arsenal Records, comment s'est présenté cette opportunité ?

J : En fait au départ, j'étais à la recherche d'un studio pour faire ma première maquette et je suis tombé par hasard sur Lumumba, DJ de La Cliqua à l'époque. Le courant est bien passé entre nous, j'ai été chez lui pour enregistrer cette première maquette et il a bien aimé ce que je faisais. Il a donc fait passer la maquettte à Brian (J.R. Ewing) et Chimiste, et ils m'ont signé.

A : Mais au final, tu n'as rien sorti sur Arsenal ?

J : En fait les premiers morceaux de mon premier maxi devaient sortir via Arsenal. Ils ont été enregistrés à cette époque là, chez eux.

A : Que retiens-tu de cette expérience ?

J : C'était la première fois que j'allais dans un vrai studio, ou j'entendais les vrais termes propres à un enregistrement dans un studio. J'ai appris à bosser en studio et à me dépenser en studio. Après, niveau business, ça m'a aussi appris pas mal de choses, notamment à ne pas signer vite, à pas me faire arnaquer. Plus globalement, je pense que cette expérience m'a beaucoup appris, et pas uniquement au niveau musical.

A : Le fait qu'Arsenal s'arrête beaucoup plus tôt que prévu, j'imagine que c'était une grosse déception pour toi...

J : Ouais, c'était clairement une déception. J'étais jeune et quand on te propose un truc comme ça à cet age là, tu crois que ta vie elle va changer, tu crois que t'as eu raison d'arreter l'école. Sur le coup, j'étais assez dégoûté, mais ça m'a pas arrêté...

A : Ensuite, il y a eu la mixtape Bâtiment B, sur le label du même nom...

J : Ouais... en fait j'ai eu cette opportunité via mon ancien manager qui m'a parlé de cette mixtape. Ca c'est bien passé et Oxmo avait bien accroché, donc bien...

A : La connexion avec Oxmo t'a permis de figurer sur la compilation Hostile 2000 avec Langue de chat et Keujah ?

J : Tout à fait. Pour l'anecdote, mon manager de l'époque m'a appelé à trois heures du matin en me disant "demain après-midi, rendez-vous en studio pour un morceau". Moi j'étais prêt et j'ai rencontré LDC et Keujah à ce moment là. Ils roulent toujours avec moi aujourd'hui.

A : Qu'est-ce que tu attendais d'une telle opportunité ? Une meilleure exposition ?

J : En fait j'avais aucune attente spécifique par rapport à ce morceau. Je l'ai fait parce que cette opportunité s'est présentée, point. Je savais très bien qu'il n'y aurait pas de retombées exceptionnelles, et d'ailleurs c'est ce qui s'est passé. Ca m'a juste fait un petit nom et voilà. J'ai pas été repéré par un label ou quoi que ce soit. Mais c'était cool.

A : Tu as sorti ton premier maxi "Alors c'est ça le rap ?" en auto production, et dès le départ on a eu l'impression que tu voulais rester en marge du milieu du rap, dans un rôle d'observateur...

J : En fait, le fait d'avoir été échaudé après ma première signature m'a amené à prendre un peu plus de recul. Si jamais j'avais sorti un premier maxi sur un label, je n'aurais peut-être pas dit la même chose, mais là, après avoir vécu pendant trois ans avec un espoir, qui au final n'a pas abouti, ça a été dur. Ca m'a peut-être amené un truc comme ça.

A : On te sent extrêmement réaliste, les pieds sur terre, presque désabusé du milieu du rap et de ses apparences trompeuses. Tu considères que c'est un élément important de tes textes ?

J : A l'époque peut-être oui, disons que j'étais bien plus aigri qu'aujourd'hui. Après, ce sentiment là est toujours présent dans mes textes aujourd'hui, mais il est sûrement moins prononcé. D'ailleurs il y a des gens qui ont jugé que je me la racontais, que je donnais des conseils. Mais non, c'était juste ce que je pensais, rien de plus...

A : Quelles ont été les réactions qui ont suivi la sortie de ce maxi ? Un peu de tout apparemment...

J : Dans l'ensemble j'ai eu des bons retours. Comme je te disais, certains ont pensé que je me prenais pour un redresseur de tort alors que ce n'était vraiment pas mon objectif.

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