Interview Meaty Ogre

11/07/2004 | Propos recueillis par Shadok

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LE PRODUCTEUR, LE DJ ET LE MC

A : Lien entre production et deejaying ? et emceing ?

M : J'ai vraiment commencé par le deejaying… Je voulais être un turntablist quand j'ai débuté, c'est tout ce que je voulais faire. Quand je me suis mis à acheter des disques plus anciens, j'ai abandonné le turntablism et je me suis concentré sur les disques eux-mêmes. Je pense qu'il s'agit de la meilleure manière d'arriver à la production, car quand tu apprends à manipuler tes disques, tu découvres aussi le genre de disques que tu aimes entendre, et ainsi tu sais déjà le genre de titres que tu veux faire. Concernant le Mcing… Je suis un MC dans ma tête, alors quand je fais un beat, je peux toujours entendre la voix derrière le beat, et il est plus facile de visualiser une chanson quand tu peux faire ça. J'aime bosser directement avec un MC quand je suis là à faire un beat, parce qu'il peut ajouter une créativité qui transformera le beat en chanson, plutôt que d'en faire un simple instrumental.

A : Tu fais attention aux textes des mc's avec lesquels tu travailles ?

M : Bien sûr… C'est très important pour moi. Je ne veux pas que mes morceaux reflètent quelque chose de négatif, ou quelque chose qui aura des répercussions sur ma façon d'être. J'ai toujours essayé de m'entourer de MC intelligents, positifs et ouverts d'esprit, et aussi de gens comme ça en général, peu importe ce que je fais. Je pense que l'on doit être responsable de ses mots, parce qu'une fois qu'on les publie, ils ne sont plus sous notre contrôle. Je vois la musique comme quelque chose de “karmique”, où le message que tu dépeins finis par revenir sur toi. “Si tu vis par l'épée, tu mourras par l'épée”, ce genre de trucs. Il faut aussi avoir du style, de l'animation, de la classe, sinon je m'ennuie.

A : Penses-tu que le fait le funk ou la soul music fassent partie intégrante de la culture américaine, les autres pays auront toujours un 'handicap' en matière de production ?

M : Non, le funk est vivant et en pleine forme dans presque tous les pays. Tellement de disques américains se jettent sur les années 60/70 que les autres pays ont leur propre emprise sur la soul et le funk, ce qui rend la musique encore plus intéressante. Concernant la recherche de vynils obscures de soul/funk à sampler, tu peux avoir de temps en temps de la chance à l'étranger, mais pour être vraiment immergé, c'est ici qu'il faut venir pour en trouver.


CRATE DIGGIN'

A : Quelle est ta definition du crate-digging ? Penses-tu que c'est là l'essence de la production Hiphop ?

M : Oui, et si tu ne digges pas, tu n'es pas un producteur de hip hop. Même si tu fais tous tes beats avec une boîte à rythme et un synthétiseur, tu dois chercher et écouter d'autres disques, te plonger là-dedans, construire ton savoir. Quand tu ne diggais pas à l'époque où le rap commençait dans les années 80, tu valais rien… Parce que c'était ça l'enjeu : avoir les disques, et être capable d'apporter quelque chose de nouveau sur la table. Je suis peut-être un producteur aigri, mais je trouve ça naze quand des gens me disent qu'ils produisent alors qu'ils n'y connaissent rien en breaks ou en disques. Si tu sais pas d'où viennent tes kits de batterie et qui sont les artistes que tu samples, t'es pas un producteur, t'es un pompeur !

A : Quelle importance, et part de temps, accordes-tu au fait de chercher des disques ?

M : Je passe littéralement chaque jour à digger. Vendre des vieux disques est ma principale source de revenu pour le moment, et c'est une obsession. Par chance, ma copine veut bien digger avec moi, et elle m'accompagne partout où je vais. Si je ne suis pas dehors à chercher des disques, je suis sur le net pour en trouver, où je lis des livres sur les disques. Je suis hardcore avec ça, mais j'ai des amis qui sont encore plus acharnés que moi.

A : Dans le dernier album de Robust, "Potholes in our molecules", tu produis 'Pretty hideous' qui contient un sample du film "Diva" de Jean-Jacques Beineix. C'est assez improbable d'entendre ça dans un album américain. Tu penses que le Hiphop et le diggin' est une chance pour rendre la musique éternelle et intemporelle ?

M : D'une certaine manière, oui. C'est simplement une résurrection quand tu sors un sample d'un disque que peu de gens avaient entendu la première fois. Le sample a permis à des gens d'avoir un regain d'intérêt pour l'héritage perdu laissé par nos prédécesseurs. Je suis sûr que la prochaine génération de gamins creuseront dans notre musique, pour finalement continuer la boucle.


PROJETS

A : Es-tu tenté par des collaborations avec des artistes hors hip hop ? Si tu l'as déjà fait, pourquoi ?

M : Pas spécialement, je suis content de rester dans le cercle Galapagos4 pour le moment.

A : Travail pour BO, publicité, télévision ?

M : Oui, c'est quelque chose qui m'intéresse beaucoup. J'ai fait 2/3 trucs ici et là, mais au final, j'aimerais faire des sons pour des films et des jeux vidéos, si je réussis à trouver un chemin dans l'industrie !

A : Ton premier album solo, “Leo Vs Pisces” est à moitié instrumental, quelle est ton opinion par rapport à un disque entièrement instrumental ? Qu'exprimerais-tu en plus en comparaison des sons que tu fais pour des rappeurs ?

M : Faire un album instrumental est très difficile ! C'est dur d'en conserver l'intérêt, et de rester soi même assez concentré et conscient de ses idées avant d'en être lassé. En faisant quelque chose par moi même, je dois donner tout ce que j'ai, pour ne pas sonner trop 'overboard'. Mon style est assez laid back, et il peut être dur d'offrir à l'auditeur quelque chose qui lui fera ressentir ma musique, tout en lui permettant de se laisser aller en même temps. La création de cet album a été un long processus, et maintenant qu'il est fini, j'ai une perspective neuve dans la matière d'approcher ce genre de projet. A partir des instrumentaux, je dois créer ma propre voix, et faire en sorte que la musique parle d'elle même. Beaucoup de producteurs vous le diront, c'est trop dur !

A : Ta collaboration rêvée ?

M : J'adorerais faire des beats pour JVC Force, un de mes groupes préférés de tous les temps. J'aimerais aussi faire un titre avec Pure and Natural, un groupe obscur de Chicago des années 90. Si j'arrive à les trouver, je leur apporterais le feu !

A : Ca t'intéressait de collaborer avec des artistes hors du cadre Hiphop ? L'as-tu déjà fait ?

Oui, j'ai travaillé avec des gens de toutes sortes. Mon frère est dans un groupe de death metal, et on va bosser ensemble prochainement, ça va être un truc de fou. J'aime travailler avec des gens excentriques et créatifs. Je ne considère même pas mes potes de Galapagos4 comme des artistes "hip hop". On est simplement des individus ouverts qui font la musique qu'ils aiment, peu importe qu'on appelle ça du hip hop ou pas.

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