Interview James Delleck

Auteur de multiples collaborations, que ce soit en tant que rappeur avec la clique des Section Fu, TTC ou La Caution, James Delleck a également su s'imposer à la production en apportant un son qui lui est propre, tout en ambiance avec de nombreuses références électroniques...

06/06/2004 | Propos recueillis par Shadok

Interview : James Delleck


LES DEBUTS


Abcdr Du Son: Première instru marquante entendue ?

James Delleck: Quand j'étais jeune j'étais un inconditionnel de Jean-Michel Jarre, mais au même moment je me suis pris Public Enemy dans la gueule ! Alors j'ai choisi mon camp, puisque, à l'époque, je n'avais pas le tempérament assez affirmé pour assumer ces deux styles de musique plutôt différents.

A : La première de tes instrus entendue ?

J: Il y a presque 10 ans, je passais souvent sur une radio qui s'appelait Génération pour lâcher des textes qu'on écrivait, et une fois j'avais demandé a l'animateur (Marc) de passer une maquette que j'avais faite a l'arrache. Et c'est avec la plus grande surprise qu'il l'avait passée régulièrement sur l'antenne. C'est, je pense, la première production de moi qui a été diffusée. Et d'ailleurs, certains vieux de la vieille me parlent encore de ce morceau qui s'appelait 'Boost'.

A : Comment es-tu arrivé à la prod ?

J: Parce que j'étais insatisfait par les gars qui faisaient des sons. Et d'ailleurs, je n'ai pas fait mieux qu'eux au début, mais cela ma donné l'envie de créer ma musique et je n'ai plus jamais lâché depuis. Rétrospectivement, quel regard portes-tu sur tes premières instrus ? Des boucles de 8 mesures sur lesquels je tapais un beat, et voilà, c'était fini ; marrant mais vite lassant ! Mais quand j'ai apprivoisé le sampler, j'ai commencé à piger ce que je voulais vraiment donner au public.

A : Ta manière de travailler a-t-elle évolué ?

J: Evidement elle a évoluée puisqu'elle est passée du pillage de boucles au découpage de boucles, pour arriver a créer mes propres boucles, et d'ailleurs cela s'appelle composer de la musique je crois. Je pense ne jamais avoir fini d'évoluer puisque le mélange, le test et l'expérimentation sont maintenant devenus ma manière de travailler.
Mais, prétentieusement, je pense avoir toujours été en décalage avec ce qui se faisait parce que, même si ce n'était que des boucles, il y a de ça longtemps j'entendais tout le monde du hip hop dire qu'il fallait sampler dans la musique noire américaine, que c'était là l'essence du hip hop !?! A leur manière, les français ont été dés le début conservateurs et de dociles toutous reproduisant les sons "cain-ri". Alors que moi, je ne voulais pas faire ça, je me souviens, et mes potes aussi, qu'au moins deux ans avant Mobb Deep je samplais des passages de musique classique ou de films pour ajouter de l'émotion à mes textes.
Et ça ne m'amusait plus de faire ça au moment où tout le rap français c'est mis aux boucles de violons/ piano + beat /basse, j'étais passé a autre chose !


LA TECHNIQUE


A : Premières machines ?

J: Un S950 et un Atari ST.

A : Machines utilisées actuellement ?

J: Un S950 et un S 5000, un G4 avec un carte son Motu et Logic audio platinium, un JV 1080, des effets, une console de mix analogique et quelques vieilles machines, etc.

A : Penses-tu que le vinyle, en tant qu'objet et matière à sampler, est indissociable de la production "rap" ?

J: Le vinyle a une importance historique pour le hip hop et le DJing mais ce n'est qu'une matière brute parmi toute les autres maintenant.
Cela serait stupide au 21eme siècle de ne sampler que sur du vinyle ?! Il faut tout sampler : la TV, la K7, le CD, les MDs, les vidéos, sans oublier de créer tes sons avec ton micro et autre bidouille d'ordinateur.

A : Boucle ou composition ?

J: Composition puisque je construis mes boucles !

A : Accordes-tu de l'importance au fait d'avoir un grain spécial (au niveau du mix), qui fait que chacune de tes productions comporte une trace de ta touche personnelle ?

J: Je ne fais pas attention à ça (au grain), je tâche que les choses sonnent comme je veux les entendre, j'aime un beat dynamique mais sale (12beat du S950), et pour le reste j'essaie d'avoir un mix large et riche en fréquences.
Mais je rebondirais sur la question en disant que, pendant longtemps, je me suis refusé a mixer. En aucun cas je ne voulais porter une autre casquette que celle de MC-producteur, parce que le mix et la réalisation sont quelque chose de très compliqué quand tu veux le faire bien.
Mais c'est toujours pareil, partant de l'insatisfaction que j'avais d'entendre les mixs des ingé-son, je me suis lancé à corps perdu dans les fréquences, les compresseurs, limiteurs et autre équalisation paramétrique…

A : Tu t'imposes des limites dans le choix des samples ? Genres proscrits ?

J: RIEN ! J'ai même samplé un petit son de cloche dans du Rika Zaraï, alors tout est possible quand on sait écouter.

A : Méthode de travail : par quoi commences-tu : beat, basse, sample ?

J: Souvent c'est par le beat, mais encore une fois il n'y a pas de règle.

A : Où trouves-tu tes kits de batterie ? Pour ou contre l'utilisation de kits issus du rap ?

J: Je suis maintenant assez vieux pour avoir emmagasiné une grosse collection de (500) disquettes de sons de batteries depuis le temps. Et quand on me prête un CD-Rom de son je les ai tous et même plus.
Mais j'accorde une grande importance au côté "unique" des sons de batterie ; en règle générale je mélange tout le temps deux à trois sons de caisse claire pour en recréer une nouvelle : une pour l'attaque + une pour le grain + une plus longue pour le release, et ça marche aussi pour les grosses caisses, mais l'art consiste a allier les bons sons entre eux.

A : Arrives-tu à écouter des disques en entier sans y chercher, même inconsciemment, de la matière à sampler ?

J: Oui j'écoute sans penser à sampler, mais par contre je décortique toujours dans ma tête tout ce qui a été fait sur la musique, tous les instruments, les séquences, les paternes de beats, le mixage…

A : Dans l'approche du travail des sons, quels liens fais-tu entre les musiques dites électroniques dont tu sembles t'inspirer, et la production rap ?

J: Mais un mec qui fait de l'électro et du hip hop travaillent de la même façon. Les machines sont les mêmes, ce sont les goûts et les BPM qui changent.
L'électro pour moi n'est que l'influence de notre époque moderne. Et je fais du hip hop moderne, c'est tout ; alors, dans 15 ans, je ferai du hip hop post-moderne et il ne sera peut-être plus du tout électro mais plus organique et c'est d'ailleurs vers ça que je tend en se moment. Il ne faut tomber dans aucun excès, trop c'est "cheap" et il y a beaucoup de branlage dans la musique électronique.

A : Quelle importance et part de temps accordes-tu au fait de chercher des disques (crate digging), et qu'elle serait ta définition du crate digger si il doit y en avoir une ?

J: Avec la technologie de maintenant, pour moi, le crate digger est un mec avec un DAT portable et un micro qui prend tout ce dont il a envie dans la rue et chez les gens.


LE PRODUCTEUR, LE DJ ET LE MC


A : Dans quelle mesure es-tu impliqué par rapport aux textes des MCs avec lesquels tu travailles ?

J: Jamais je ne m'implique dans le textes des Mc's, puisque je travaille avec de bons rappeurs, mais par contre je suis casse-couilles sur l'articulation !

A : Est-il important pour toi d'appartenir à un groupe ?

J: Ce qui est important, c'est, même si tu es solo, de garder une émulation avec d'autres artistes.

A : Au moment de l'enregistrement de l'album de L'atelier, Tekilatex avait expliqué que, d'habitude, tu avais tendance à peaufiner à l'extrême tes sons, alors que sur ce projet, ils t'avaient poussé à t'arrêter à des sonorités plus brutes. Tu confirmes ?

J: Oui je suis un peu maniaque, mais depuis l'Atelier c'est vrai que ça va mieux.

A : Il arrive que des producteurs-rappeurs considèrent que l'un des deux aspects (production ou rap) est leur point fort. Tu accordes la même importance aux deux ?

J: La musique c'est la forme, le rap c'est le fond. Les deux sont indissociables !

A : Est-ce que c'est blessant ou plaisant d'entendre que tu es largement meilleur producteur que rappeur ?

J: Oui, ce qui est blessant c'est "largement", mais j'ai plutôt le retour inverse à savoir meilleur lyriciste que producteur.
De toute façon, en aucun cas je ne déclare détenir la vérité, que cela soit en matière de prod ou de rap ; je fais de mon mieux sans me préoccuper du bon goût, de la "hype" et de la mode !

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