Interview Justone Entertainment
10/04/2003 | Propos recueillis par Shadok
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A : Et il y a de la place pour tout le monde
?
Gary : D'un point de vue musical, oui, mais d'un
point de vue financier évidemment que non. Mais ce n'est pas un problème,
notre démarche par exemple n'est pas de faire de l'argent, nous voulons
faire notre musique et qu'elle puisse être entendue. C'est sûr que cela créé
des tensions lorsqu'il y a trop de monde à un seul et même endroit. Nous,
cela nous convient.
A : En fait il y a
très peu de label qui ont cette démarche d'associé le hip hop et la d'autres
styles ?
DJ Centipede : Depuis un moment des labels
comme Ipecac (le label de Mike Patton) essaie de faire avancer les choses.
Ils essaient de repousser les barrières. L'utilisation des machines y est
pour beaucoup. C'est nécessaire pour chercher de nouveaux
sons.
4AM : Il devrait y avoir plus d'interaction entre la
scène trip-hop et le hip-hop, il y a beaucoup de bonnes choses à
faire.
A : Quels labels selon vous
mélangent les styles et osent sortir du simple cadre du hip-hop
?
4AM : Il y a peu de labels qui prennent ce genre de
risques. Anticon le fait très bien... même les Living Legends ont sortis des
sons avec de grosses influences électroniques. Def Jux aussi en a pris la
voix.
DJ Centipede : Mush aussi.
4AM : Oui,
Mush aussi, et c'est du très bon hip hop. Nous sommes très fan d'Anticon,
ils ont une très bonne démarche. Depuis 1997, 1998 peut-être on assiste à
une nouvelle tendance dans le rap, avec l'apport de sons nouveaux, moins
classiques. Aujourd'hui cela devient complètement expérimental, mais ça
reste du bon hip hop, il n'y a pas de différence.
A : Vous pensez que la démarche de Lex peut amener cela en
Europe, leurs sorties sont suivant aux Etats-Unis
?
Gary : Lex Records a sorti de très bons disques, des
disques que j'aurais aimé sortir. Cela arrive à autre niveau
d'expérimentation, et c'est très bien. Il y a beaucoup de travail derrière.
Les gens qu'ils ont signés sont de très bons choix et c'est très cohérent.
Cela représente quelque chose.
4AM : On sent ces gens
passionnés par ce qu'ils font, ils ne font pas du hip hop expérimental parce
que c'est bien d'en faire. C'est une vraie démarche. Il y a un gros
potentiel. Je pense à des gens comme Dyslexic. Cela ressemble à la démarche
initiale de Warp (cf Lex est la division hip hop de Warp), qui a joué la
carte de l'expérimental dès le départ.
A
: Benji, comment définirais-tu ton style et comment perçois-tu ton rôle en
tant que DJ au sein de Just One ?
DJ Centipede : Et
bien, tout d'abord dans mes sets on retrouve beaucoup de hip hop, beaucoup
de breaks. J'essaie tant que possible de rester le plus loin possible de ce
qui se fait de ‘classique'. Et à Just One on me donne la liberté de faire ce
que je veux. Si j'aime le hip hop expérimental, j'aime aussi énormément les
voix féminines... je dirais que lorsque je mix, j'essaie d'associer des sons
et des beats lourds, avec des basses soul, à des mélodies et des voix
douces. C'est ce que j'aime faire. J'accorde beaucoup d'importance aux
mélodies. Par exemple, la chose la plus parlante est le remix du titre
‘Proceed' des Roots sur lequel il y a un gros beat et un saxophone léger.
Mais bien sûr, lorsque je mix, lorsque je compose un morceau ou lorsque je
suis dans mon studio, je mets tout ce que j'aime dans la musique. J'aimerais
plus que tout créer un style nouveau à partir de tout ce que j'aime,
associant les beats hip hop, les mélodies électro et des voix rock,
étranges. C'est cela qui m'inspire.
A :
Avec quel matériel travailles-tu ?
DJ Centipede : Avec
une MPC. C'est une bonne base pour faire des beats et tout organiser. Mais
je travaille aussi beaucoup en studio pour retoucher les sons et pour donner
la touche finale à mon travail.
A : C'est
un avantage pour vous d'être ouvert de la même façon a des tas d'autres
styles, et pas seulement au hip-hop ?
4AM : Oui, c'est
un gros avantage. Pour Octavius, les beats et les basses sont influencés par
la musique électronique, mais c'est du hip-hop. J'aime l'idée d'aller
chercher des éléments comme la basse dans un style autre que le hip-hop.
Cela serait ennuyant sinon.
A : Est-ce
que vous pensez qu'un media tel qu'internet est une chance supplémentaire
pour des petits labels comme le votre pour se faire connaître, être
davantage diffusé et mieux distribué ?
Gary : C'est
une chance énorme. Cela nous permet de faire connaître notre son.
Aujourd'hui nous sommes à Paris, hier à Londres et demain à Barcelone. C'est
un excellent moyen pour les gens de découvrir la musique. Et c'est aussi
important pour les labels indépendants et atypiques. Ce genre de labels et
vital. Depuis des années on nous dit "tu dois être ça et faire ça", ces
labels-là donnent la possibilités aux artistes de faire ce qu'ils veulent.
JustOne c'est pareil, on essaie de faire ce qu'on nous avis, on le produit
et on essaie que les gens puissent écouter ce qu'on fait. 4 AM et Octavius
avait un projet en tête, avec diverses influences, ils ont pu le mener à
terme, et c'est ça le plus important. Ils ont fait ce qu'ils voulaient.
L'industrie du disque est très dure et c'est très difficile pour un petit
label de contrôler entièrement sa musique. Les labels indépendants n'ont
réellement d'intérêt que si c'est pour faire leur propre son, du son qui n'a
jamais été entendu auparavant.
4AM : Depuis 1996-1997, la
donne a un peu changée, ça a évoluée.
A :
Jason, tu viens de Fresno, un endroit assez perdu, ce cadre a-t-il influencé
ta manière de produire?
4AM : Quand j'ai grandi, je
n'avais jamais vu de DJ ou quoique ce soit, il n'y avait que des groupes. Il
y a des groupes partout, tous les gens que je connaissais, tous mes amis qui
faisaient de la musique faisaient partis d'un groupe. Tu vas à un concert,
tout le public fait plus ou moins parti d'un groupe. Mais peu de rap. Moi je
passais huit heures par nuit derrières mes platines et mon sampler, c'était
autre chose et c'est de cette façon que je suis arrivé à faire de la musique
‘expérimentale' d'une certaine manière. J'écoutais du Bomb Squad et du
Shadow et je composais mes morceaux.
A :
Et tu écoutais quoi ?
4AM : Des groupes comme le Boot
Camp, Black Moon, le Bomb Squad, Ice Cube, NWA, Poor Righteous Teachers,
Boogy Down Production. Peu de côte ouest finalement. Beaucoup de jazz
également, surtout Comet records, un label de Chicago des années soixante.
J'écoutais beaucoup de choses différentes, la musique en
général...
A : Benji, on te sent davantage
inspiré par le trip-hop et la musique électronique...
DJ
Centipede : Oui, dans ce que je fais, il y a beaucoup d'influences de
groupes qui appartenaient à des labels tels que Mo' Wax dont la démarche
m'intéressait : Attica Blues, La funk mob, tous ces groupes-là. Mais c'est
vrai aussi que la musique électronique m'influence énormément, au niveau du
travail avec les machines. Mais DJ Vadim, DJ Cam aussi, ce sont des DJs que
j'apprécie énormément et dans lesquels je me reconnais. Mais dès l'instant
qu'il y a des sons très sombres dans du hip-hop, ça m'intéresse, c'est cela
qui m'attire. J'aime également la vieille pop électro, très 'lazy', ça aussi
ça m'inspire, surtout au niveau de la construction.




