Interview Madj

07/12/2003 | Propos recueillis par Shadok

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A : Par rapport à ces décalages, au niveau du discours il y a quand même pas mal de contradictions. J'aurais préféré lui poser la question directement, mais je pense notamment à celui très changeant de Squat, qui fait qu'on peut douter de la crédibilité de son propos.

Madj : Je ne sais pas, il faudrait lui demander. Je ne suis pas psychologue mais je pense que c'est lié certainement à des contradictions profondes dans sa personnalité et qui font que comme beaucoup de gens il arrive à être dans les contradictions les plus évidentes. Tout le monde peut tomber là-dedans, mais le plus important c'est qu'il faut que ça ne dur pas trop longtemps. Faudrait juste être conscient de ces contradictions pour les combattre et pour agir sur soi. Après les quelques écarts de Squat, on va dire, au bout du compte si ça n'engage et ne rejailli pas que sur lui, au bout de l'histoire ça n'engagera que lui. Donc moi je pense que le fait d'avoir réussi à dissocier les choses : qu'à un moment donné Assassin ce soit Assassin, qu'il y a eu l'Assassin d'avant et le Rockin' Squat d'aujourd'hui, et Assassin productions c'est aussi autre chose. Le fait d'avoir réussi à dissocier tout ça, ça fait que pour les gens ce sera peut-être plus clair.

A : Oui mais pour beaucoup Assassin et Assassin productions c'est pareil, de même que Assassin ça reste Squat.

Madj : De toutes façon, aujourd'hui c'est Rockin' Squat. Je vais te dire un truc, pour moi Assassin c'était l'énergie de plusieurs personnes au service d'une même entité. Du moment où ce n'est que Rockin' Squat, pour moi ce n'est plus Assassin. Là on n'est plus dans une dynamique de groupe, on est dans une dynamique d'artiste, tout seul, qui fait des choses qui n'engagent que lui. Le Assassin auquel tu fais référence ce n'était pas que Squat. C'est pour cela que si aujourd'hui quand on me parle de choses qui ne concerne que Rockin' Squat, pour moi ce n'est pas Assassin. C'est autre chose. Et pour moi cette dynamique, comme je te l'ai dit, elle commence en 1997, 1998, à partir de ce moment là il y a une prise en main unilatérale de Squat de cette histoire et que la teneur des albums d'avant on ne la trouve plus.

A : Tu comprends que des choses comme ça, ça puisse davantage prêter à rire, même chez les auditeurs d'Assassin ?

Madj : Comme je te le dis, il faut assumer ces contradictions. J'ai déjà beaucoup de travail pour assumer les miennes, je ne peux pas endosser celles des autres.

A : Oui mais en tant que responsable de label, ça doit bien te faire réagir ?

Madj : Oui, et c'est pour ça que je te dis qu'il était bien de dissocier les choses. Quand n'importe quel rappeur dit une connerie ou n'importe quoi, on ne va pas demander au mec qui a sorti son disque d'endosser tout ça, tu vois ? Aujourd'hui Assassin, ou ce qui semble être Assassin, c'est une chose, et Assassin productions c'en est une autre. Et Squat c'est une chose et Madj c'est autre chose. Et les gens qui ont eu l'occasion de nous pratiquer savent très bien qui est qui�

A : Tu parles de bien dissocier, mais il y a volontairement un flou qui règne autour des groupes, de leur composition�

Madj : Oui, ça peut être tout à fait déroutant. Si quelqu'un se réfère à l'Assassin de "L'homicide volontaire" ou du "Futur que nous réserve-t-il ?", je comprends que ce qui se passe depuis deux, trois ans ça puisse être déroutant. Enfin moi je ne m'y retrouve pas. Mais je me suis retrouvé dans le Assassin que je t'ai évoqué.

A : Et personnellement, il y a des contradictions auxquelles tu as du faire face ?

Madj : Oui, je peux te répondre que les seules contradictions que je peux entrevoir c'est qu'à un moment donné en tant que label on a été aussi pris par des chimères de croire qu'il y avait peut-être quelque chose à faire pour nous sur Skyrock. Ou de s'être peut-être fait guider par des impératifs mercantiles. De travailler dans cette logique du 'jouer en radio'.

A : C'était à la période de "Touche d'espoir" ?

Madj : Ouais, notamment, et puis pour d'autres trucs. Je pense qu'effectivement on a peut-être eu tord en tant que label à un moment donné de se mettre dans ce genre de position. Dans l'absolu rien n'est dramatique non plus. On n'a pas baissé notre culotte. Mais c'est vrai qu'on s'est peut-être fait guider par des illusions, et que ça c'est un tort que j'assume en tant que co-responsable de label. C'est pour ça que je te parlais tout à l'heure de disque de repositionnement. Parce que justement "Hors de contrôle" c'est la rupture avec tout ça, il n'y a pas du tout de recherche de quoique ce soit, de passage en radio etc� De toutes façons c'est impassable en radio. Et vu l'état de la scène, de la production en général du rap français et du marché, il ne faut vraiment pas perdre de temps avec ce genre de conneries. Je pense que dans la musique tu ne seras jamais plus fort que quand les choses sont faites avec convictions et sans calcul. Il y a toujours un minimum de calcul, à quelque degré que ce soit, mais il en faut le moins possible pour donner place au maximum à la spontanéité. Et les radios, on s'en fout. C'est dommage parce que c'est ce qui te fait vendre du disque, mais à nous de travailler et d'être suffisamment performent pour savoir imposer notre histoire et notre format. Et c'est comme ça que ça se passe, je pense. C'est ça le vrai combat et la vraie issue. Se soumettre à des exigences imposées par d'autres, à un moment donné je pense que c'est une erreur et c'est en partie ce qui fait qu'on est dans la situation dans laquelle on en est à aujourd'hui. Pas nous, mais l'ensemble de la scène.

A : Au jour d'aujourd'hui, Assassin productions c'est qui exactement ?

Madj : Au jour d'aujourd'hui il y a La bande des 4, qui est le projet qu'on défend en ce moment. Jusqu'à preuve du contraire il y a aussi Assassin / Rockin' Squat, mais c'est quelque chose de plus tangent. Peut-être que le prochain projet de Rockin' Squat ne sortira pas chez nous.

A : Ha bon ?

Madj : Je ne peux pas te dire, mais moi je pense qu'au jour d'aujourd'hui, vu l'orientation, je pense qu'il aurait du mal à sortir un projet d'Assassin qui soit à la hauteur de ce que ça devrait être�

A : Pourquoi ? Parce que ça ne rentre plus dans le cadre de ce qu'il faisait avant ?

Madj : C'est plus une histoire d'envie et de motivation... Aujourd'hui on est dans la configuration d'un artiste solo.

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