Interview Madj

Co-responsable d'Assassin productions depuis plus de dix ans, Madj se retrouve pour la première fois derrière les machines sur l'album "Hors de contrôle" de La bande des 4. Il revient sur la production de l'album, sa singularité et la situation du label après quelques errements et une direction artistique confuse.

07/12/2003 | Propos recueillis par Shadok

Interview : MadjLa bande des 4

Abcdr du son : Quels sont les producteurs qui constituent le collectif de la Bande des 4 ?

Madj : Je pense que tu auras remarqué qu'on maintient volontairement un mystère autour de cette fameuse Bande des 4. C'est une démarche volontaire donc je ne peux pas répondre à cette question comme cela... De toutes façons il y a des crédits qui sont indiqués dans le disque, donc on sait qui fait quoi. Maintenant ça ne se pose pas comme ça, c'est plus une entité qu'on a voulu rendre impalpable. C'est pour cela que je ne peux pas te dire "il y a untel, untel, untel..." Par contre si tu me demandes si je prends part au projet, je te répondrai par l'affirmative...

A : Ok. Pour revenir un peu en arrière, il y a eu trois volets de "L'avant-garde". Quelques années auparavant il y avait eu 3 volets de "L'underground s'exprime" qui jouaient un peu sur le même concept, c'était une volonté de 'retour aux sources' ?

Madj : 'L'underground s'exprime' c'était Assassin, donc c'était fait dans un certain esprit. A chaque fois il y avait la présence de Squat, donc c'était un projet qui était dans un certain cadre si tu veux. "L'avant-garde" était quelque chose qui se proposait d'être dans cette démarche sans trop y ressembler : rassembler des gens... bon c'est vrai que ça peut faire penser à 'L'underground s'exprime', mais en réalité ça n'avait pas la volonté de s'apparenter ou de s'affilier à ça particulièrement. C'est un truc qui est arrivé après, plus à l'initiative d'Assassin productions que d'Assassin, donc c'est deux choses complètements différentes.

A : Les street tapes, qui avaient une réelle volonté d'ouverture vers d'autres styles (soul, reggae) mais aussi de revenir à certaines bases et de mettre un patrimoine en avant, c'est le même principe que vous avez voulu que l'ont retrouve sur "Hors de contrôle" ? Faire entendre et découvrir d'autres styles.

Madj : Là par contre ce sont des démarches qui se rejoignent dans le sens où les mixtapes "Universal Soul Brother" avaient une volonté de transmettre quelque chose. Effectivement dans "Hors de contrôle" tu as aussi cette volonté de transmission. Il y a un lien entre les deux projets, même si ce sont deux projets différents. Il y a une logique, une constance. Et je crois que c'est ce qui est le plus important : maintenir une constance dans une démarche.

A : Comment imagine-t-on cela en musique, au départ, et surtout comment passe-t-on du stade de l'idée à la réalisation pour un disque comme "Hors de contrôle" ?

Madj : Disons qu'en fait "Hors de contrôle" ne s'est pas fait de manière consciente, ou du moins pas aussi consciente que l'on pourrait le croire. Ca a été plus porté par une dynamique qui nous dépassait. Au début, l'intention était de faire un projet hip-hop normal, faire rapper des gens sur des instrus.

A : Ce n'était pas un disque instrumental à la base ?

Madj : Non non, pas du tout. Au départ quand on a eu cette idée de se mettre sur un nouveau projet de production hors Assassin, l'envie c'était de faire rapper des gens. Mais il s'est avéré que la tonalité du projet était tellement en désaccord ou en opposition avec l'air ambiant qu'on c'est dit qu'il ne valait mieux pas se prendre la tête à faire rapper des gens et essayer de développer un projet instrumental dans le sens où il y avait un intérêt puisque c'est quelque chose que l'on n'avait jamais fait. En tant que label on n'avait jamais travaillé sur ce type de format, et en termes de productions c'est quelque chose de vachement intéressant parce que ça te force à travailler autrement que de faire des instrus pour un rappeur : tu les fait vivre autrement et la démarche artistique est complètement différente. Et l'aboutissement n'est pas non plus le même. Mais pour revenir à ta question, on ne s'est pas dit de manière consciente qu'on allait travailler sur un projet d'instrus.

A : Et vous bossiez comment, vous composiez chacun de votre côté ?

Madj : Non on travaillait ensemble.

A : Comment vient l'idée de retracer l'histoire aussi bien politique, avec les interludes �Quelques éléments de notre histoire', que musicale depuis les années 1930s avec �La musique est mon occupation' ?

Madj : En ce qui concerne �Quelques éléments de notre histoire', ça existait depuis un bon moment déjà, depuis 1998. Les deux cycles de �La musique est mon occupation' ça, par contre, s'est venu là, quand on était à la production du projet. A un moment on s'est dit que ça pouvait être pas mal de marquer notre position (silence). C'est ça, de laisser des marques, jalonner un peu le parcours.

A : Ca ressemble un peu à l'objectif que vous semblez vous fixer avec le site ?

Madj : Ouais c'est pareil, il y a toujours une volonté de transmission de savoir. Le hip-hop ne doit pas servir qu'à ça, mais il doit aussi servir à ça.

A : Justement, vous avez souvent tenu à associer musique et évènements politiques. C'est le rôle que vous donnez avant tout à la musique, qu'elle soit à textes ou non ?

Madj : Non pas forcément. Ce qui est indispensable pour nous c'est la solidité artistique, en tous cas tendre vers une solidité artistique, faire avancer le schmilblick. Après de lier la contestation à l'art, à la musique, c'est vrai que chez Assassin productions on a l'impression que c'est une constance mais bon on n'a pas fait que ça non plus. Si tu regardes certaines productions qu'on a faites aussi bien comme Pyroman qui était plus léger, même les derniers trucs de Squat, le moins qu'on puisse dire c'est que ce n'est pas la révolution, donc il n'y a pas que ça, même si c'est vrai que de mon point de vue et du point de vue de l'histoire du label, c'est quelque chose qui est assez présent. Tu sais on a créé Assassin productions en 1992 pour pouvoir sortir le premier album d'Assassin : "Le futur que nous réserve-t-il ?" donc l'identité et la naissance d'Assassin productions est largement marqué par l'identité d'Assassin de l'époque. Moi je dis qu'on essaie de parler la même langue que celle de nos débuts. C'est une démarche qui semble pour moi assez logique. D'un point de vue personnel j'aime beaucoup quand la musique véhicule des idées, mais comme je te dis je ne pense pas qu'elle doit être que cela.

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