Interview Abstrackt Keal Agram

23 mai 2003. Abstrackt Keal Agram, duo composé de Tanguy Destable et Lionel Pierres, se produit à La boule noire en première partie de M83, groupe signé sur Goom, le label sur lequel est sorti leur album "Cluster Ville". Entre hip-hop, abstrakt, ambiant et electronica, AKA revient sur sa musique, difficile à étiquetter.

23/05/2003 | Propos recueillis par Shadok

Interview : Abstrackt Keal AgramA : Pour commencer, une petite présentation d'Abstrackt Keal Agram ?

Lionel : Ouais. En fait Abstrakt Keal Agram ça a commencé il y a trois ans maintenant. La formation d'Abstrakt remonte à notre premier concert, c'était pour le festival Panorama dans notre ville, à Morlaix. Il se trouve que je suis programmateur du festival et il manquait un groupe pour la première partie et on s'est dit 'pourquoi pas !' avec Tanguy. Il n'y avait rien de précis, aucune prétention, on jouait comme ça. J'avais juste un petit sampler et un clavier Bontempi qu'on branchait sur un pédalier d'effets. Et c'était un concert un peu pour le délire, hyper freestyle. Maintenant notre set est super réglé et il n'y a pas vraiment de place pour l'impro alors que là ça partait dans tous les sens : il y avait du hip-hop, de la jungle, de la tech', de la house, on n'avait pas du tout défini notre style. C'est vraiment une époque où l'on sortait du noise -on faisait chacun parti d'un groupe de noise- et on voulait se renouveler musicalement, et du coup ça partait un peu dans toutes les directions. Et pour ce festival, c'était autant musical que visuel car il y avait des vidéos que l'on avait faites nous-mêmes. On avait pris pas mal de films d'horreurs genre "Massacre à la tronçonneuse". Mais depuis on n'a pas retenté cela. Voilà, ça c'était vraiment les débuts. Après cela, pendant un an on a cherché notre son en enlevant assez rapidement le côté tech' et house, et on s'est dirigé vers la jungle, surtout en concert.

Tanguy : C'est vrai que dans notre bled, à Morlaix, on avait vraiment envie de faire un truc qui allumait. Peut-être qu'inconsciemment on avait envie de se faire connaître et de faire bouger un peu les gens. Mais on a vite tourné en rond et on a arrêté les live pendant un petit moment pour repartir sur de bonnes bases. On a eu des contacts avec un petit label et du coup ça a un peu accéléré notre façon de travailler. On s'est dit qu'on allait un peu arrêter de faire n'importe quoi et qu'on allait s'arrêter à un style en particulier, à savoir le hip-hop et l'électronica. A cette époque la plupart des prods que l'on faisait étaient du hip-hop instrumental et on s'était aperçu qu'en live ça gonflait un peu les gens, c'est pour cela qu'on jouait de la jungle. Mais on s'est vite retrouvé piégé car c'est difficile de faire évoluer ce style.

A : Et comment avez-vous débarquez sur le label Monopsone ?

Tanguy : En fait, je ne suis même pas sûr que l'on cherchait un label. On a rencontré un mec du label Diesel Combustible et on a bien sympathisé avec eux. A la suite de cela on a fait un concert à Morlaix avec un groupe de ce label. Ils ont bien kiffé et on leur a filé une maquette que l'on avait faite comme ça, avec trois morceaux complètements différents. Et Yannick de Tank a envoyé cette démo à Denis de Monopsone qui nous a rappelé assez rapidement. Il nous a contacté car il se préparait à sortir un maxi avec Schengen car un groupe s'était désisté au dernier moment. On a du faire ça assez rapidement, on n'est pas réellement satisfait du morceau d'ailleurs, je sais pas si tu l'as écouté ?

A : Si, je crois, c'est un 10'', les deux titres sont assez sombres avec du synthé ?

Lionel : Ouais, on a fait ça à l'arrach, on débutait vraiment. En revanche la pochette était super belle. Après on a sorti notre premier album sur Monopsone (cf. Abstrackt Keal Agram), vers septembre 2001. Et à ce moment là on a vraiment fait un bon énorme, on a évolué à mort.

Tanguy : Ce qui est marrant c'est que Denis (fondateur du label Monopsone) n'a pas vraiment une culture hip-hop, c'est quelqu'un qui écoutait plus de rock et d'electronica, et c'est marrant de voir que c'est de là que tout est parti. On a quitté Monopsone car on se sentait un peu à part sur le label, mais je suis très content qu'on ait ce premier album à notre actif.

A : Question un peu bateau mais qui m'intéresse vraiment, comment travaillez-vous ? Il y en a un qui bosse la mélodie et l'autre la rythmique ?

Lionel : Ha, on nous la pose souvent en effet (rires) ! C'est vrai qu'au début je m'occupais beaucoup des mélodies et Tanguy surtout des rythmes, mais avec le temps ça a complètement changé. C'est vraiment 50/50. Déjà sur le premier album, je pense que Tanguy était beaucoup plus doué que moi pour les beats -il l'est toujours d'ailleurs- et moi au début j'étais plus doué pour les mélodies.

A : En fait je viens de vous voir sur scène et c'est vraiment la question que je me posais : qui allait jouer quoi, et surtout est-ce qu'il y a des morceaux composés par une seule personne ?

Tanguy : Pour le premier album, on avait plein de morceaux et il a fallu faire le tri. Pour Cluster Ville on a bossé à deux excepté deux ou trois titres que l'on a fait séparément. Mais évidemment ça reste avec l'approbation de l'autre et on peut tout changer, c'est un travail de groupe. Depuis "Cluster Ville", c'est vrai qu'on a un peu pris nos distances et à part pour un remix de Gel qui est sur "Gooom Tracks vol. 2", on n'a pas rebosser ensemble.

A : On remarque qu'il y a pas mal de sonorités assez mélancoliques sur vos productions, qui amène cela ?

Lionel : Je crois que l'on exorcise tous les deux. On a toujours écouté ce genre de musique. Notre base c'était Nirvana. C'est sûr que c'est pas Fat Boy Slim (rires), c'est des choses assez tristes, assez mélancoliques.

Tanguy : J'accorde extrêmement d'importance à la mélodie, quitte à ne faire que de l'ambiant, à n'avoir qu'une guitare. La mélodie l'emporte sur tout le reste. Je me rappelle d'une phrase de Kurt Cobain qui dit que la musique est primordiale et les paroles secondaires. A la base ce qui compte c'est la mélodie.

A : Vous qualifieriez-vous de groupe 'expérimental', terme utilisé à toutes les sauces pour qualifier des choses qui n'ont plus grand chose à voir ?

Tanguy : J'aime bien l'expérimentation, mais je ne pourrais pas utiliser que des machines. Par exemple je suis beaucoup plus toucher par un album de Fog que par celui d'un producteur qui n'utilise que des machines.

Lionel : Si on est sur Gooom, c'est aussi parce qu'on a cette idée de chercher, comme M83 (groupe du label), ils ont un son qui est très accessible dans un sens, et très extrême dans l'autre. C'est facile de faire de l'expérimentation et de prendre la tête à tout le monde. Par exemple Gel, c'est un peu l'exception : c'est expérimental, pas vraiment accessible mais vraiment unique et intéressant. C'est pas de l'expérimentation pour l'expérimentation, il apporte quelque chose.

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