Interview Anticon

06/07/2003 | Propos recueillis par Shadok

« Page précédente | Page suivante »

A : Tu as réalisé énormément de projets jusqu'à il y a peu, cela semble plus calme en ce moment, c'est en gestation ?

Dose : J'ai toujours des tas de projets en cours. Le prochain sera l'album de remix du dernier Themselves, avec Matth, Controler7, Why?, Hood, Alias, Fog, Odd Nosdam... pas mal de monde. Et après cela il y aura le nouveau cLOUDDEAD, qui est fini et qui devrait sortir en janvier. Il devrait y avoir des remixs pour les maxis. J'ai également des projets avec des musiciens qui devraient voir le jour au printemps. Et puis on commence doucement à travailler sur le prochain Themselves.

A : Sur "Hemispheres" (son premier album) on t'entend rapper sur des sons disons plus conventionnels pour du hip-hop, pourquoi et à partir de quand as-tu choisis de rapper sur des sons que l'on pourrait qualifier d'expérimentaux ?

Dose : A vrai dire, j'ai toujours essayé de m'ouvrir et d'ouvrir le plus possible le champ de vision avec les personnes avec qui j'ai pu travailler. On a vu ce qu'on était susceptible de faire, alors on a progressé au fur et à mesure. On n'a jamais réellement décidé de faire de l'abstrait ou quoique ce soit. On est juste allé là où la musique nous disait d'aller. On peut faire aussi bien des morceaux purement hip-hop que des choses complètement extravagantes. Cela dépend de notre tempérament. Je veux simplement faire le plus de choses possibles, et le plus différemment possible.

Sole : Et à vrai dire en 1998 quand "Hemispheres" est sorti personne ne pensait réellement que c'était du hip-hop dit ‘traditionnel'. Ce n'était pas un classique à l'époque de sa sortie. Peut-être que maintenant on le perçoit différemment.

Dose : Il y a une ligne très mince entre être en avance sur son temps et être à la limite de soi-même. Ce n'est pas une question d'éprouver de la fierté par rapport à ce disque, c'est juste que j'ai fait de la musique en essayant de l'accepter.

A : Sage, quelle actualité y'a-t-il part rapport aux Non-Prophets ?

Sage : Et bien, je ne sais pas si nous allons refaire des projets mais il y a l'album, "Hope", qui va sortir sur Lex à l'automne. C'est du hip-hop classique, très classique avec des sons qui essaient de rappeler les ambiances des beats qui pouvaient sortir en 1995. On était d'énorme fan des sons qui tournaient en 1994. Et 1995 semble véritablement être l'année charnière parce qu'en 1996, 1997 et 1998, les choses se sont beaucoup détériorées. Ce que je voulais par-dessus tout c'était sortir un album dans lequel on retrouve le son juste avant que tout cela ne s'écroule. Je voulais capturer cette atmosphère, cet espace dans le temps. On a passé d'excellents moments à préparer cet album.

A : Pour ton dernier album, "Personal journals", tu as choisis de d'entourer de beaucoup de producteurs différents, c'est important pour toi de travailler dans cette ambiance là ?

Sage : Pour mon avant dernier projet, je n'avais fait appel qu'à un seul producteur. Pour "Personal Journals" ce n'était pas la même chose, je voulais avant tout avoir le plus de producteurs possible afin de trouver différentes atmosphères pour pouvoir exprimer différents sentiments, différentes émotions. Je ne voulais pas aller dans une seule et même direction. Je voulais impliquer des gens dans ce projet, qu'ils se sentent concernés par mes rimes. Mais tu sais, je ne cherche pas à tout prix à travailler avec beaucoup de producteurs. Les choses se font comme elles doivent se faire. Si je respecte et aime le travail d'un producteur, alors on voit ce que l'on peut faire ensemble. Si la formule fonctionne parfaitement, si il y a une alchimie, alors on peut tout à fait faire un album entier ensemble. Je me fous du reste. Tu sais il faut faire attention à cela maintenant quand un disque sort. Il y a beaucoup de featurings qui sont fait dans des buts purement commerciaux. Ce sont juste des noms, des supports publicitaires...

Dose (le coupant) : Ouais, par exemple il y a une chanson de Mobb Deep où Q-Tip est en featuring et sur laquelle il rappe en s'en foutant, de façon très nonchalante... on dirait qu'il a bu de l'alcool... (par la suite, Dose semble s'égaré un peu et additionnant des termes incompréhensibles les uns aux bouts des autres...)

A : Jel, tu sembles attacher énormément d'importance à l'élaboration de disques instrumentaux, à l'image de "10 seconds" ou "Greenball", c'est important pour toi de travailler hors du contexte de Themselves ? Tu penses que le producteur n'est pas reconnu au même niveau que celui des MCs ?

Jel : Quelque fois c'est vrai que les producteurs sont mis en retrait. Cela dépend des producteurs en fait. Certains pensent en effet qu'il est bon de toujours travailler avec un MC... mais c'est vrai que le plupart du temps, les producteurs aiment produire et s'oriente donc vers des projets instrumentaux pour faire leur son... juste...

Sole : Make beats !

Jel : Make beats ! Et devenir une star par soi-même, comme Terminator X... non, tu vois juste pouvoir faire des beats et faire son chemin soi-même.

A : Et au niveau de tes futurs projets, qu'en est-il ?

Jel : J'ai un nouveau projet, toujours basé sur un album solo, instrumental, qui s'appellera "Soft money". Je voudrais tout de même que certaines personnes posent des voix dessus, ce serait bien. Mais ça dépendra de l'orientation de l'album, mais ce qui est sûr c'est qu'il y aura une majorité de titres instrumentaux.

A : Et quand tu travailles avec Dose dans le cadre de Themselves, comment ça se passe ? Il t'apporte ses textes et tu composes dessus ?

Jel : Il est constamment en train d'écrire, et je suis constamment en train de faire des sons. Alors il arrive un moment où on pose tout sur la table : les mots et les sons. Et là les idées arrivent : "Je voudrais un son comme ça", "moi je ferais bien un son comme cela". Ca ressemble beaucoup à un brain-storming, on essaie d'associer les deux ensembles et donc de faire les sons ensemble.

Dose : On essaie de toujours fonctionner de cette manière. Depuis le premier album de Them. Et ça se passe très bien, il n'y a pas de contrainte. C'est 50/50 pour la réalisation.

1 | 2 | 3 |