Interview Hifi

08/02/2012 | Propos recueillis par Diamantaire

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A : Entre Time Bomb et ton album chez 45 Scientific, tu as rappé quelque temps avec Lesly. Ce n'est pas forcément la période la plus exposée de ta carrière, tu peux nous en dire un peu plus dessus ?

H : Plus qu'une période, on va dire que c'est une rencontre. Je l'ai rencontré dans un concert à l'époque de 45. On a sympathisé parce qu'il arrivait sur Paris depuis mon bled, la Martinique. Il officiait déjà là-bas dans un crew qui s'appelait Negkipakafèlafet. Traduction littérale : "Les négros qui blaguent pas". Dont fait partie aussi Neg Lyrical, un bon collègue à moi que je dédicace et qui mériterait d'être reconnu à Paris, autant qu'il l'est au pays. Lesly m'a présenté à toute son équipe de rappeurs de Martinique. Et, voilà, j'ai vraiment eu un coup de coeur pour le hip-hop créole. J'aime beaucoup leur énergie, leur manière de voir la musique. Autant je pense que le rap français peut les influencer, ainsi que le rap américain – comme nous tous - autant je pense qu'il serait bon pour le rap français de se laisser influencer par le rap créole parce qu'il a une vraie énergie positive. Donc voilà, vu qu'on bougeait pas mal ensemble, ça a donné lieu à un maxi où il était invité et un maxi qu'on a fait plus ou moins ensemble, dans un esprit un peu plus musical. C'est ça que j'aime chez eux : la musicalité. Lesly a malheureusement arrêté la musique depuis.

A : Rien à Perdre, Rien à Prouver a bien marché en terme de ventes ?

H : Je n'ai pas le chiffre exact. C'est sorti à une époque où le déclin de la vente de CD a frappé de plein fouet l'industrie. On ne s'est pas mal débrouillé par rapport à la période, la conjoncture, pour un premier album d'un artiste solo...

A : Certains ont déploré la qualité du mix. L'effet un peu étouffé était-il voulu ?

H : On va dire que ce qui est fait est fait. Ce sont des expériences, tu apprends aussi par tes erreurs. Mais je suis un peu d'accord avec toi, le mix n'était pas terrible. Peut-être que quand le nouvel album sortira, j'essaierai de faire une version remastérisée. J'ai eu une petite déception là-dessus, je t'avoue. Mais c'est pas grave, je ne suis pas quelqu'un qui éprouve du regret ou du remords, on vit dans le présent ; ce qui m'intéresse, c'est la musique d'aujourd'hui. Sans bien sûr cracher sur tout ce que j'ai fait. Chaque morceau, pour moi, c'est comme un enfant. Ce sont mes enfants, ils sont là, ils grandissent comme ils grandissent et, à la fin, ça te rapporte ce que tu mérites.

A : Un autre morceau marquant de ta carrière et qui était justement sur cet album : "Drame Quotidien".

H : "Drame Quotidien", j'apprécie beaucoup ce morceau et je sais qu'il plaît aussi à pas mal de gens. On va dire que ce sont des périodes de vie et, quand tu es au fond du gouffre, je pense que – je reprends leurs mots – ça a donné de la force à certaines personnes. Le rap, c'est la continuité de toutes les musiques noires qu'on a connues. Et le propre de ces musiques-là, c'est ce qu'on appelle communément le blues. Et le blues, c'est un peu ça, tu fais du bien avec du malheur. Moi, c'est ça que j'aime dans le rap, le côté blues. Avec mes galères, les gens se sentent peut-être moins seuls, vu que tu partages quelque chose avec eux. Aujourd'hui, mon intention est surtout de donner de la force aux gens plutôt que juste partager du malheur ou de la frustration. Maintenant, malheureusement, souvent, la vie est triste. Sans leur jeter la pierre, bien au contraire, je pense que certains savent mieux faire que moi des choses joyeuses. Chacun son job.

A : L'album est sorti en 2003. On était dans une période où le rap français était très marqué "street". Est-ce que ça t'a influencé dans sa conception ?

H : Tout ce que je vis, tout ce j'écoute m'influence. Je t'épargne les conditions dans lesquelles j'ai enregistré l'album mais c'était une période assez difficile, avec le recul. Ce n'est que de la musique, ça sort de ta tête... Donc si ta tête est dans un bain, forcément, ta musique ressemble au bain où se trouve ta tête. J'aime beaucoup cet album, je l'écoute volontiers de temps en temps. Si le côté hardcore m'a influencé ? Écoute, souvent, on nous dit que c'est nous qui avons influencé pas mal de monde. Il faut savoir dans quel sens on prend ça. Si un thème est dur, j'ai envie de dire qu'il faut en parler durement... Et encore pas forcément parce qu'on peut aborder des thèmes qui ont l'air cool durement... Et inversement. Moi, j'apprécie beaucoup des groupes comme M.O.P qui sont les plus gros gun talk de l'industrie et, pourtant, ils ne sont pas sombres. Ils te donnent que de la ce-for. Ils ambiancent les gangsters même.

"Aujourd'hui, on parle beaucoup du rap en termes de "cité", "social", "revendications politiques" alors que, moi, j'ai vraiment vécu le rap comme un échange musical."

A : Parle-nous de tes influences, justement.

H : Beaucoup d'influences communes à tout le monde. Je ne te dis pas que je vais chercher des références que personne ne connaît... Les gens très influents, forcément, touchent le plus de monde possible, et j'en fais partie. Moi, je suis vraiment un hip-hop fan. Donc j'écoute toute sorte de rap. Du rap le plus conscious au rap le plus dur. Pour peu que le mec ait des choses à dire et que l'orientation de son âme soit positive, ça m'intéresse. Je ne suis pas dans le concept "le rap, c'était mieux avant, c'était mieux après, c'était mieux aujourd'hui..." J'aime le rap, voilà. Aujourd'hui, même si la mouvance Dirty South, que beaucoup fustigent, est très orientée sur l'argent, le matériel... J'ai envie de dire : à l'image de la société où l'on vit. Il y a plein de choses positives là-dedans aussi. Quand le gars donne la force, j'aime bien.

A : Je sais que les X.Men étaient très influencés par le Boot Camp Click. C'était ton cas aussi ?

H : On a saigné le Boot Camp Click. Récemment, Smif-n-Wessun sont passés en concert à La Bellevilloise, j'étais là-bas avec Ill, on a kiffé. Donc bien sûr, j'ai été influencé par le Boot Camp Click, le Wu-Tang, Nas... Par un tas de groupes de Los Angeles aussi : MC Eight, Snoop dans les débuts, Dogg Pound pour leur énergie... En rap français, à l'époque, on a tous été très impressionné par La Cliqua, les 2 Bal, Fonky Family et autres... Ce sont des gens avec qui on a échangé des vibrations, des visions de musique, vraiment. Je trouve qu'aujourd'hui, on parle beaucoup du rap en termes de "cité", "social", "revendications politiques" alors que, moi, j'ai vraiment vécu le rap comme un échange musical. Ça me faisait plaisir de voir ce qu'il y avait dans la tête d'un négro en face de moi. Comment, lui, il exprimait sa vie, son truc, la poésie qu'il mettait dedans... On s'est tous échangé ça, j'imagine. Et chacun en a tiré sa personnalité.

A : C'est peut-être aussi le problème de certains rappeurs qui croient que le rap ne doit servir qu'à exprimer des revendications sociales ou autres...

H : Moi, en tout cas, ma vision des choses, c'est que c'est avant tout de la musique. La revendication seule ne peut pas traverser le temps. Il n'y a que la musique qui traverse le temps. Il n'y a que la musique qui est éternelle.

A : On a pu t'entendre à l'occasion du Planète Rap d'Ali faire un freestyle avec Lino et donc Ali. Tu leur as mis une petite gifle...

H : [rires] Non, encore une fois, on a eu un échange de rappeurs. Après, si toi, tu as apprécié le freestyle, moi, j'ai apprécié le leur aussi. Chacun vient représenter dans son style, c'est ça qui est bon avec le rap. Moi, pour faire du Hif', je suis le meilleur, voilà [rires]. Maintenant, Lino, si je l'ai oublié tout à l'heure dans les groupes qui ont eu une vraie résonance dans notre cheminement, je vais rajouter Ärsenik. Leur côté aiguisé, ghetto style, avec de vraies métaphores... Lino, Calbo, au top.

A : C'est quelqu'un avec qui tu aimerais travailler, Lino ?

H : Ouais, c'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup. Je ne sais pas ce qu'il projette, ce n'est pas quelqu'un que je vois mais quand on se croise, ça fait toujours plaisir.

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