Interview Nabil Elderkin

03/01/2012 | Propos recueillis par Anthony Cheylan | English version

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A : Excellente transition vers l'image suivante...

N : Cette photo a été prise pendant la tournée Glow in the Dark. Comme d'habitude, Kanye m'a demandé de venir avec lui sur la tournée et de la documenter. Nous avons fait le tour du monde… C'était dingue. Nous avons ensuite publié un livre de photos sur la tournée. Dernièrement, Kanye m'a demandé de l'accompagner sur la tournée de Watch the Throne. Nous allons sûrement faire un livre après cette tournée, aussi.

A : Pour l'enregistrement de My Beautiful Dark Twisted Fantasy, Kanye West s'est reclus dans un studio à Hawaï. A part les musiciens, tu étais la seule personne autorisée à être sur place, et tu as documenté tout le processus créatif. Peux-tu en dire plus ?

N : C'était beaucoup d'attente, beaucoup de temps passé à traîner. A essayer d'être une petite souris, de faire oublier ma présence, et de tout voir. Tu sais, cela fait maintenant un petit moment que je fais ça, alors je pense que je sais comment… me fondre dans l'atmosphère. C'était très cool, c'était super de pouvoir être impliqué dans ce projet. De pouvoir assister à la création d'une musique qui allait marquer son époque, de l'entendre et la ressentir. J'en suis heureux.

A : Quel est ton album préféré de Kanye West ?

N : Je pense que ça doit être The College Dropout. Mais j'adore aussi My Beautiful… Oh fuck, ils sont tous vraiment bien. Et avec le temps, je les apprécie encore plus. Pour être franc il n'y en n'a pas un que je n'aime pas. Au début, 808 & Heartbreak n'était pas un de mes préférés, mais il m'a vraiment plu avec le temps. La façon dont cet album a changé les choses. Plus je l'écoute, plus je l'apprécie. C'est un grand album. Mais j'adore The College Dropout. Je pense que c'est plus lié à mes souvenirs qu'à la musique : l'époque que cela me rappelle, le début de ma carrière, quand je commençais tout juste à être dans la photo. Et sur cet album, il y a ma chanson préférée de Kanye : “Never let me down”, avec Jay-Z et le poète J Ivy. Ce morceau tue tellement, la façon dont il sonne, la façon dont ça s'enchaîne : Jay-Z, Kanye, Jay-Z, J Ivy, le chœur et puis le retour sur Jay-Z. C'est un classique, je pourrais l'écouter en boucle toute une nuit. Je ne suis même pas sûr qu'il y ait beaucoup de gens qui connaissent ce morceau, ou qui s'en rappellent… Mais les vrais savent.

"Tu sais, cela fait maintenant un petit moment que je fais ça, alors je pense que je sais comment… me fondre dans l'atmosphère."

A : Dans "Last call", qui est l'outro de cet album, Kanye raconte l'histoire de ses débuts à Chicago ; est-ce que ce morceau revêt une signification particulière, pour toi ?

N : Oui. C'était lui, c'est vraiment son histoire. C'est ce qui fait que la première fois que je l'ai entendu à Chicago, je me suis dit : "Qui est ce mec ? Je veux travailler avec lui." Je devrais être directeur artistique [rires]. J'aurais aimé signer Frank Ocean, j'aurais aimé signer John Legend, j'aurais aimé signer Kanye… [rires]

A : tu es devenu l'un des réalisateurs de clips les plus demandés. Comment es-tu passé de photographe à réalisateur ?

N : Je faisais une séance photo avec Will.I.Am en 2005. Il m'a demandé si j'avais déjà songé à faire des clips, je lui ai répondu que oui… Alors il m'a proposé de réaliser "Like that", qui devait être le prochain clip des Black Eyed Peas. C'était très cool; ce morceau marquait un retour à leur période soul, et j'aimais bien les gens qui étaient en featuring dessus : Q-Tip, Talib Kweli, John Legend, Cee-Lo… Suite à ça, j'ai commencé à réaliser de plus en plus de clips pour Kanye, Seal, Common, John Legend, K'Naan…

A : L'une des choses que je trouve les plus intéressantes dans tes clips, c'est que tu n'es pas confiné à un style précis. Je pense en particulier à tes derniers clips : il y a un monde entre ton clip pour "Patience" de Nas & Damian Marley, qui est rempli de symbolisme, de costumes et d'effets spéciaux, et ton clip pour "Holocene" de Bon Iver, qui est très contemplatif et fait la part belle à des plans de paysages magnifiques. Comment procèdes-tu ?

N : Je ne sais pas. J'expérimente beaucoup. Je prends mes écouteurs, j'écoute la chanson et je regarde les images qu'elle m'évoque. Puis je prépare quelques idées brutes, parfois c'est une histoire, parfois c'est juste des éléments visuels, puis je les adapte selon plusieurs éléments. Parfois, il y a tellement de facteurs extérieurs qui entrent en compte pour la réalisation d'un clip… En l'espace d'une journée, tu peux passer d'un film en extérieur à l'étranger, à un film devant un écran vert.
Pour "Welcome to Heartbreak", par exemple, je voulais filmer Kanye avec un autre concept, mais il m'a dit : "Je suis à New York ce jour-là, il faut que tu filmes à telle heure, et avec un écran vert." Il y a tellement de facteurs qui entrent en jeu, c'est justement ça qui rend l'exercice intéressant: chaque projet est différent. Pour le clip de Bon Iver, j'étais libre de faire ce que je voulais.

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