Interview Street Fabulous

30/11/2011 | Propos recueillis par Raphaël

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Lino – "Délinquante Musique" (Paradis Assassiné, 2005)

Oz : Lino ! On a fait ça ensemble avec Amir.

One : Gros classique ! [Il fredonne la mélodie des violons]

Am : J'avais fait le beat initial, et on l'avait placé pour Sté, pour son dernier album en date. On l'avait filé à Lino aussi, et il avait grave kiffé. Donc on s'est dit qu'on allait la rebosser un peu. Mais il voulait la même rythmique. Oz avait une idée, il m'a dit : "On garde la rythmique", et est venu avec un sample de violons de malade. C'est comme ça que ce track est apparu sur la B.O. de Banlieue 13. Ça a fait un gros bruit à l'époque, alors qu'on ne s'attendait pas à grand chose, on ne trouvait pas la prod si énorme que ça. Je pense que c'est Lino, la façon dont il est rentré sur le track, qui l'a magnifié.

Oz : Ce morceau avec Lino a été une vraie chance pour nous. Ce morceau et la collaboration avec Dontcha nous ont donné un gros crédit dans la rue. C'est avec ces titres-là que des rappeurs hardcore ont commencé à s'intéresser à notre son. On est arrivé dans ce business avec des singles r'n'b, avec Kayliah, donc personne n'avait vraiment idée qu'on était dans cette catégorie de sons là. Et puis c'était une chouette collaboration, parce que si mes souvenirs sont bons, on était venu en France, on avait réalisé le titre avec lui en studio. On s'était déjà croisé quelques fois en studio, il nous connaissait un peu. Et comme Kayliah était chez Hostile à cette époque, ça a facilité la chose avec Lino. C'est juste un monstre de rappeur, il a marqué au fer la grande époque du rap français.

A : Visiblement ça a bien pris, puisque vous vous êtes aussi retrouvés sur son album avec le morceau "Langage du Coeur".

Am : Exact, mais ça c'était pas terrible...

Oz : On a déjà été un peu surpris qu'il prenne ce titre là.

Am : Le problème, c'est que le titre est sorti inabouti. Il est sorti avec des pistes en moins, il manquait des samples. Les gens n'ont pas vu ça, mais nous ça nous a un peu cassé.

Oz : Ça aurait pu être mieux, mais ce genre d'accidents fait aussi partie du jeu.

Disiz La Peste – "Inspecteur Disiz (Remix)" (Les Histoires Extraordinaires d'Un Jeune De Banlieue, 2005)

Am : Cette version est un remix. L'originale, c'est MadIzm et Sec.Undo je crois.

Oz : On avait rencontré Disiz plusieurs fois avant, on s'était checké en studio. Il est venu, il a écouté des sons, et nous a dit : "J'ai une idée, je vais faire un remix d'Inspecteur Disiz". Puisqu'on avait déjà écouté la version originale, on s'est dit qu'il fallait que le remix soit plus fort que l'originale. Donc on a mis les bouchées triples !

Am : On voulait que ce soit un vrai remix. Disiz est revenu, et il a reposé son texte. C'était un vrai nouveau morceau.

Oz : Le remix a eu tellement d'impact que la maison de disque a décidé de le mettre dans l'album, mais en plus comme version principale à la place de la version originale, qui s'est retrouvée en bonus. Donc nous ça nous a vachement surpris. Le track a eu une grosse diffusion à la radio. Encore aujourd'hui beaucoup de DJs le jouent. Un mec comme Disiz, c'était un pur bonheur de bosser avec lui, parce que c'est vraiment quelqu'un de cool, qui ne se prend pas la tête. On a vraiment bien déliré. Et c'est un des artistes avec qui on a de très bons souvenirs.

Am : D'ailleurs il revient en force là.

Dontcha – "Rap Criminel" (État Brut, 2006)

Am : Dontcha c'est la famille !

A : J'ai hésité entre celui-là et "La Rue C'est Bang Bang".

One : Quel son, "La Rue C'est Bang Bang" ! Encore maintenant je l'écoute ! [Prinzly acquiesce]

Am : Si Dontcha revient et nous demande de bosser avec lui sur un nouvel album, ce sera oui direct !

Oz : Dontcha, c'est un ami d'enfance. On s'est connu assez jeunes, mais on n'était pas très potes au début. On ne peut pas dire qu'il y avait une concurrence entre nous, mais on se vannait énormément. Il me charriait beaucoup, et moi j'étais trop susceptible à cette époque [rires]. Avec le temps, on grandit, et on s'est revu avant que les choses ne prennent formes avec Street Fab', et en écoutant mes sons il m'a dit : "Je suis chaud pour qu'on bosse ensemble". De là, on a fait notre premier enregistrement, qui était "La Rue C'est Bang Bang", puis tous ses autres tracks qui ont marqué la grosse cote de Dontcha.
On avait prévu de faire tout un album avec lui, mais malheureusement de son côté il y a eu les aléas de la vie, des complications qui ont fait que ça n'a pas pu se faire. Mais comme Amir disait, c'est vraiment un pote, s'il revient et nous demandait de bosser avec lui, ce serait oui d'office.

Am : Et il a choqué beaucoup de gens, avec les morceaux dont on a parlé, mais aussi "Reste Trankil". Parce qu'encore aujourd'hui, il y a encore des gens qui me demandent quand Dontcha revient. Et il est arrivé avec des gros clips, en tant qu'indépendant, il y en avait pas beaucoup qui faisaient ça.

A : Justement, puisque vous étiez proches de Dontcha, et que vous aviez produit la grosse majorité de son street album État Brut, ça ne vous a jamais intéressé de faire de Street Fabulous un label et de développer, produire un artiste entièrement ?

[petite hésitation]

Am : Honnêtement, ça ne nous a pas trop intéressé, déjà parce qu'on n'a jamais trouvé le mec avec qui on s'est dit : "On va mettre des billes sur lui".

Oz : C'est vrai et faux, parce que des artistes qu'on kiffait avec qui on bossait, comme Dontcha, avaient aussi déjà une structure derrière eux.

Am : Non mais je parle en règle générale, des petits jeunes qui venaient vers nous... On s'est surtout rendu compte au fur et à mesure que produire un artiste c'est…

One : C'est les travaux d'Hercule.

Am : C'est vraiment quitte ou double.

Oz : En plus les artistes sont souvent ingrats [rires]. Pas tous évidemment. Mais c'est très difficile de prendre un artiste, de le gérer psychologiquement, de construire sa carrière.

Am : C'est un vrai métier. Ce qu'a fait Dawala avec la Sexion, respect. Ça demande du temps et une vraie implication. Et ça ne nous a pas plus intéressé que ça.

Oz : Nous ce qui nous intéresse, c'est vraiment la musique. En tant que businessman, ce qui m'intéresse, c'est plus de signer des nouveaux compositeurs. Et au final, c'est ce qu'on a fait : nous cinq, on est signé sur Street Fab'.

Joeystarr – "Métèque" (Gare au Jaguarr, 2006)

Am : Comment ça s'est fait ça déjà ?

Oz : C'était au moment où on a eu l'opportunité de signer sur un label d'éditions. On a deux personnes, dont je peux citer les noms, Benjamin Ifrah et Franck Boga, qui à l'époque étaient deux jeunes éditeurs, et qui ont construit ouvertement la discographie de Street Fabulous.

Am : Tous deux formaient le label Deadline, sous lequel on avait signé en co-édition avec Because à l'époque.

Oz : En fait, je me suis investi moi personnellement dans le côté artistique, parce qu'on s'est dit qu'il fallait limiter les intermédiaires entre nous et les artistes. Donc je gère tout ce qui est business artistique, et avec eux, ensemble, on a monté Street Fab'. Ils connaissaient déjà du monde, et nous ont aidé pour les placements de nos prods.

One : Ils ont été notre rampe de lancement quoi.

Oz : Exactement. On s'est rencontré dans une maison de disque, lors d'une discussion. Je leur ai simplement dit : "Vous êtes jeunes et travaillez en maison de disques, vous connaissez les gens et les artistes directement. Montez une boîte d'édition, on a la matière, bossons ensemble !"

Am : Benny travaillait à l'époque pour Lickshot, qui était aussi la boîte de management de Joeystarr. Ce qui fait que le jour où Joey a commencé à bosser sur son album, il nous a proposé d'envoyer des sons. Du coup on en a eu pas mal sur son album, dont ce morceau, qu'il a également clippé.

A : C'était de vous l'idée du clin d'oeil à Moustaki ?

Am : Pas du tout, c'était l'idée d'un DJ qui trainait avec NTM dont j'ai oublié le nom, c'est lui a scratché la voix de Moustaki. Le sample que j'ai utilisé, c'était un truc dans Matrix [Rob D, "Clubbed To Death"], mais en fait je ne l'ai su que bien après, parce que cette boucle, je l'avais en fait entendu dans une pub sur MTV. Il y avait un mec qui jouait au basket, et on entendait cette musique derrière, c'est ce que j'ai samplé. Et d'ailleurs t'entends les crissements des baskets dans le sample.

One : T'avais pas fait exprès de garder ces bruits ?

Am : Non même pas, c'est surtout que je ne savais pas où trouver l'original, donc j'ai enregistré direct de la télé. Et c'est après seulement qu'on m'a dit que ça venait de Matrix.

Oz : Par contre, ne dis pas que ça va vient de Matrix, on va avoir des problèmes ! [rires]

Am : On s'en fout ! [sourire]

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