Interview Zack O'Malley Greenburg

Dans le livre Empire State Of Mind, le journaliste Zack O'Malley Greenburg décortique le business Jay-Z pour faire le portrait de Shawn Carter. Un récit passionnant et non-autorisé, qui décode le mythe autant qu'il le renforce. Entretien avec l'auteur.

22/09/2011 | Propos recueillis par JB | English version

Interview : Zack O'Malley Greenburg

Abcdr Du Son : quel a été le point de départ de ce livre ?

Zack O'Malley Greenburg : Le livre est vraiment né en 2007, quand j'ai fait la série des Hip-Hop Cash Kings pour le magazine Forbes. Ça a mis en avant mon travail sur le hip-hop, et des responsables des éditions Penguin sont tombés dessus. Grâce à ça, j'ai pu décrocher un contrat pour faire ce livre.

A : En tant que New-Yorkais, vous êtes un fan de Jay-Z à la base ?

Z : Oui, j'ai grandi avec pas mal de ses morceaux. C'était la bande originale de ma vie quand j'étais au lycée et à la fac. En fait, j'ai découvert une bonne partie de sa musique dans le sens inverse. Je l'ai découvert vers 1997/98, à l'époque où il avait un succès phénoménal avec "Hard Knock Life". C'est seulement quelques années après que j'ai pu réaliser la grandeur de son premier album. Quand j'ai commencé à écouter Jay-Z, ce qui me frappait, c'est qu'il disait tout le temps qu'il était le meilleur, comme le font beaucoup de rappeurs. C'est en écoutant Reasonable Doubt que j'ai vraiment compris ce qu'il disait. [Rires]

A : Vous avez un morceau préféré ?

Z : Pour moi, Reasonable Doubt est son meilleur album. The Blueprint vient juste après, avec le Black Album. Si je devais choisir un seul morceau… [il cherche] Je pense que "Can I Live" est un vrai classique qu'on n'évoque pas assez. J'aime particulièrement la façon dont les morceaux de Reasonable Doubt ont été repris dans l'album Unplugged. Sa collaboration avec The Roots est l'une des plus réussies de l'histoire du hip-hop.

A : Vous êtes journaliste pour le magazine Forbes. Vous avez pu suivre la réalisation de la couverture Jay-Z / Warren Buffett l'année dernière ?

Z : À cette époque, j'avais déjà essayé de l'interviewer et j'avais déjà essuyé un refus. Jay-Z ne voulait parler qu'avec Steve Forbes. C'était la condition.

A : Cette couverture était assez impressionnante. Selon vous, que dit-elle sur Jay-Z ?

Z : Je pense qu'elle en dit beaucoup sur l'ambition de Jay-Z et le fait qu'il a réalisé à peu près tous les projets qu'il avait imaginé – et je pense qu'il en a encore quelques uns à accomplir. Le plus impressionnant, quand même, c'est le fait que Warren Buffett ait accepté de faire cette couverture. Ça en dit long sur le chemin parcouru par le hip-hop au fil des années. Warren Buffett n'est pas quelqu'un qui a besoin de publicité. Pour lui, se retrouver à la une de Forbes, c'est pas grand-chose. Mais s'il a accepté cette couv' là, c'est qu'elle avait quelque chose d'excitant pour lui, et qu'il respecte vraiment Jay-Z. Peut-être même qu'il s'est dit qu'il pourrait apprendre quelque chose de Jay-Z, tout comme Jay-Z a quelque chose à apprendre de lui. Ce sont des grands esprits qui se sont rencontrés : Jay-Z, Warren Buffett et Steve Forbes. Trois personnes avec beaucoup de curiosité et un grand sens des affaires qui se retrouvent. C'était un grand moment pour le hip-hop, mais aussi pour le journalisme financier.

"Jay-Z ne voulait parler qu'avec Steve Forbes. C'était la condition."

A : Qu'est-ce qui distingue Jay-Z des autres entrepreneurs du rap, comme Diddy et 50 Cent ?

Z : Le truc à part chez Jay-Z, tout d'abord, c'est la musique. Plus que n'importe qui dans l'histoire du hip-hop, il a eu cette capacité à faire pendant quinze ans une musique qui est toujours dans l'air du temps. Il a toujours su maintenir la passion de ses fans et en séduire de nouveaux. Cette capacité-là, c'est la rampe de lancement de toutes ses entreprises. Côté business, il est très astucieux, il a cette curiosité intellectuelle, il n'a pas peur de poser des questions, ni de demander des avis. C'est pour ça qu'on le voit se rapprocher de gens comme Warren Buffett ou Oprah Winfrey. Tout au long de sa carrière, Jay-Z a eu beaucoup de mentors différents, et il en a repoussé certains au fil des années. Forcément, quand tu arrives au point où ton mentor s'appelle Warren Buffett…

A : Vous n'avez pas réussi à interviewer Jay-Z pour ce livre. Du coup, l'une des principales citations que vous utilisez, ce sont les paroles de "December 4th". En tant que journaliste, vous considérez ce morceau comme une source fiable ?

Z : Oui. Je pense que Jay-Z, contrairement à beaucoup d'artistes, est très crédible dans ses chansons. Il n'exagère jamais beaucoup. En faisant mes recherches pour le bouquin, je suis tombé sur des éléments d'information qui résonnaient avec les paroles des morceaux. J'écoutais un disque méconnu comme The Blueprint², j'entendais une rime, et c'était une référence directe à un contrat qu'il avait véritablement réalisé. Je pense que chez Jay-Z, c'est l'expérience qui parle. Bien sûr, n'importe quelle parole de morceau doit être vérifiée avant d'être considérée comme véridique – c'est ce que j'ai fait, et la vaste majorité de ce que j'ai trouvé était vrai.

A : Alors vous avez vraiment retrouvé le fameux sycomore en dessous duquel ses parents ont fait l'amour pour lui donner la vie ?

Z : [Rires] Ça, c'est une référence à un morceau de Biggie. Attends, que je me souvienne… C'est quel morceau déjà ? Il faudra que je retrouve ça. [NDLR : il s'agit d'une rime issue de "You're Nobody (Til Somebody Kills You)" : "With my sycamore style, more sicker than yours"]

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