Interview Dixon

23/06/2011 | Propos recueillis par Mehdi

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A : Puisque tu parles de radio, on peut difficilement passer à côté de la seule véritable radio rap à l'échelle nationale, Skyrock. Comment tu as vécu le faux scandale qui a agité la radio et l'intervention de plusieurs rappeurs ?

D : J'ai l'impression que c'est très français comme état d'esprit de se bouger le cul uniquement quand on est concerné par quelque chose. Tous les rappeurs qui se sont déplacés étaient des gens diffusés ou diffusables. Tous les autres ne ne sentaient pas concernés et, pire, se réjouissaient même de la situation. A titre personnel, je pense que si on coupe la tête de ce roi là, un autre viendra prendre sa place.
C'est un peu comme les sombres histoires de meuf qui se font violer dans des wagons sans que personne ne bouge. C'est comme ça que j'ai vécu l'histoire et je n'ai même pas voulu m'exprimer là-dessus. Pour moi, Skyrock n'est vraiment pas une fin en soi. Je ne cracherai pas dessus s'ils décident de me diffuser un jour et je trouve que le discours "Fuck Skyrock" est assez stupide. Mais je n'irai pas faire des pieds et des mains pour passer à Skyrock, je ne modifierai pas mes sons... C'est moche parce que ça nique tout le processus de création quand tu réfléchis comme ça.

A : Tu es très présent sur twitter. Tu vois Internet comme un substitut à la radio qui te permet de t'adresser directement aux gens ?

D : Je vais aller plus loin : je me demande pourquoi Internet n'a toujours pas éclipsé les radios. Tu te mets devant un écran et tu as le choix d'écouter absolument tout ce que tu veux. A la radio, on te balance les mêmes sons dix fois par jour... Je pense que les webradios ont un sérieux rôle à jouer. Le jour où on aura le Wifi absolument partout et notamment dans les voitures, les radios traditionnelles auront du souci à se faire.

A : Sur Internet, un clip peut être vu plus de 50 000 fois en quelques jours alors qu'il n'y aura probablement pas autant de personnes qui se procureront ta mixtape. Comme tu vis ce décalage entre des gens qui vont te voir comme le meilleur rappeur du monde sur le net et qui ne seront peut-être pas au rendez-vous dans les bacs ?

D : Je m'y attends à cette situation. "Je suis ton premier fan..." Mais tu n'es jamais sûr que la personne vienne chercher ton disque. La musique est devenue tellement accessible sur Internet qu'il est plus difficile d'acheter. Quand tu télécharges un album sur Internet, il n'y a pas de vigile qui va se mettre à te courser ! Tu cliques et tu as accès à la musique. Récemment, on a fait plusieurs clips. Il s'agit de divertissements qu'on donne gratuitement sur Internet. Tout ça contribue aussi à créer un système dans lequel il est normal d'avoir de la musique sans payer. Sur ton écran, tu vas avoir une page iTunes sur laquelle la musique va être payante et une autre sur laquelle elle sera gratuite... Le choix est vite fait. Je pense que chacun d'entre nous doit mener une réflexion. Je n'irais pas jusqu'à dire que la musique est un travail mais si on veut que l'artiste continue à créer, il faut lui donner un peu de pain. C'est très cliché mais c'est la réalité. Parce que les "J'aime ça" n'ont jamais nourri personne [Sourire]. En tout cas, j'essaie de ne pas regarder ces trucs là parce que tu finis par péter les plombs. Tu te transformes en maison de disques à regarder tous les chiffres, à te comparer aux autres... Tu sors de l'artistique.

"Plutôt que de faire du slam, tu peux emmener le rap beaucoup plus loin."

A : Tu as un côté un peu rockstar dans le clip de "Majeur". La scène, c'est quelque chose d'important à tes yeux ?

D : On est en train de prévoir des shows et je pense que c'est important parce que c'est le moment où tu crées une interaction avec les gens qui se sont déplacés pour venir te voir. C'est autre chose que de cliquer posé dans ton canapé. Pour moi, c'est un ensemble. Le personnage que tu as créé dans tes morceaux et vidéos doit se retrouver sur scène.

A : Tu fais souvent des refrains chantés. Est-ce que tu t'es mis au rap parce que tu n'étais pas en mesure de chanter et que tu aimerais t'y essayer plus sérieusement ?

D : Il y a des gens qui ont commencé par rapper et qui, pour toucher plus de monde et parce que cette musique n'est sûrement pas assez "noble", ont finit par en sortir. En réalité, tu peux rester dans le rap mais l'emmener beaucoup plus loin. Plutôt que de faire du slam, tu peux emmener le rap dans plein de couleurs musicales différentes. Ce qui m'a plu au départ dans le rap c'est qu'il y avait des tas d'influences dans cette musique. Mon rap évoluera certainement avec le temps mais je ne veux pas en sortir.

A : Tu n'écoutes que du rap ?

D : Non, j'écoute beaucoup de musiques de films en ce moment. Pas mal d'electro également. Je suis fan de tout ce que fait Ed Banger. Il faut que j'écoute le dernier Sebastian d'ailleurs parce qu'on arrête pas de m'en parler. La première fois que je suis allé sur son Myspace, je n'avais même pas compris sa musique ! Il fait de la musique en regroupant des sonorités qui n'ont rien à voir les unes avec les autres. Il a une vraie touche.

A : Pour finir, cinq morceaux qui tournent dans ton iPhone en ce moment ?

D : "How to love" de Lil Wayne. Il nous a fait une ballade qui sera parfaite pour l'été. J'écoute beaucoup de Curren$y en ce moment. C'est typiquement quelqu'un qui fait ce qu'il veut et qui ne pense pas du tout au format de sa musique. Ce qu'il fait est mortel, aussi bien sur le plan musical que dans l'imagerie qu'il a développé. T'as l'impression qu'il n'écrit même pas, débarque en studio et pose son texte nonchalamment. Dernièrement, il y a Yelawolf qui m'a mis une bonne gifle. Et en electro, je dirais Mr. Flash que j'ai bien saigné ces derniers temps.

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