Interview Djimi Finger

27/05/2011 | Propos recueillis par Raphaël

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A : Vers 2002, on entendait aussi parlé d'un album solo de ta part, Ghetto Superstars. Un maxi deux titres avec Kazkami, K.Ommando Toxik et Armagueddon était même sorti.

D : Pour faire court, je l'ai commencé, j'avais sept ou huit titres, avec entre autres Rohff, Baccardi, Futuristiq, et les deux morceaux que t'as cité. Puis j'ai eu des problèmes personnels qui ont fait que j'ai laissé tomber.

A : Ça a été une déception de pas pouvoir le sortir ?

D : Non pas plus que ça finalement, dans le sens où je suis passé à autre chose.

A : L'année suivante tu produis "Madame Qui ?", sur Brut de Femmes de Diam's. C'était plutôt original comme démarche ce morceau.

D : Elle nous avait sollicité pour que je produise et que Lino écrive. Il a posé sa voix, comme une sorte de brouillon. Elle ensuite y a apporté son énergie, son interprétation, son style.

A : Ca s'entend quand même dans sa manière de poser que Lino n'y est pas étranger.

D : C'est le but. Obispo qui écrit pour Natasha St Pier, ça s'entend bien que c'est Obispo qui l'a fait ! Moi j'avais kiffé la démarche de Diam's, c'était novateur. Je sais pas si ça s'est refait depuis dans le rap, parce que l'égo des rappeurs... [Sourire] Dans le rap, faut écrire son propre texte, même s'il est pourri ! [Rires] Je suis carrément pour ce genre d'initiatives. Il y a des artistes, quelle que soit la musique, qui sont des voix, qui sont faits pour interpréter, et à l'inverse d'autres qui écrivent bien mais qui n'ont pas la voix pour interpréter. Les ricains le font sans problème. "Still D.R.E.", c'est Jay-Z qui l'a écrit si je ne m'abuse. Et le truc découpe !

A : En 2004, "Mic Machette" d'Ärsenik commençait à tourner. C'était toi qui le produisait ? C'était supposé être pour l'hypothétique troisième album, Quelques doutes subsistent ?

D : Non non, c'était pas pour Quelques doutes subsistent. Je l'ai cet album, il est dans le four. Il est plus ou moins en préparation, disons qu'il y a des titres. Par contre oui c'est bien moi qui le produit. Mais je ne sais plus pour quelles raisons il est sorti ce son.

"C'est triste à dire, mais le rap français d'aujourd'hui ne me parle pas."

A : A partir de là tu passes à la composition pure. Sur l'album solo de Lino et sur l'album du Noyau Dur par exemple, c'est flagrant.

D : Oui j'étais complètement dans un autre délire. Sur ces projets je suis moins investi. A titre personnel en fait, je passais à autre chose.

A : A quoi ?

D : Je suis passé doucement à l'électro. A cette époque, je commençais à expérimenter, à prendre de nouvelles directions. Le rap commençait à m'ennuyer un peu. Alors certains vont se dire que c'est pour des raisons d'oseille, mais non. J'ai toujours écouté plein de trucs. Surtout que j'ai commencé dans le son avec deux mecs qui faisaient de la house, qui venaient aussi du hip-hop. J'ai eu la même évolution qu'eux mais quelques années plus tard. A un moment, les choses ne te parlent plus. C'est triste à dire, mais le rap français d'aujourd'hui ne me parle pas. Il n'y a qu'une minorité de choses que j'aime bien : Booba, Kery, ... Je trouve qu'il y a moins de talents dans le rap français aujourd'hui. C'est mon opinion personnelle, mais avant les mecs étaient plus originaux, ils écrivaient mieux. Tu pouvais pas prétendre poser ne serait-ce que six mesures si tu découpais pas du début à la fin. Je pense que c'est du fait que tout est devenu beaucoup plus accessible. C'est devenu banal : on connaît tous un mec qui fait du son, qui rappe à peu près correctement ou qui a déjà mis les pieds dans un studio pour X raison. Je ne dis pas que c'est pas bien, attention. Je constate simplement. Et je ne suis pas un nostalgique de nature, il y a quand même plein de trucs actuels que je kiffe : Rick Ross, Ryan Leslie, Gucci Mane, Kanye West... Mais si j'apprécie en tant qu'auditeur, en tant qu'artiste je suis passé à autre chose.

A : Et sur ton projet électro, tu penses pouvoir être justement original ?

D : C'est difficile à dire de mon point de vue, mais en tout cas, j'essaie. Je mélange le clubbing et l'afro, j'essaie de créer du son avec de l'énergie, de la patate. Ce n'est pas un coup en tout cas, c'est quelque chose qui a pris le temps de mûrir. Tu sens dans certains sons que c'est un peu hip-hop, je sample toujours, il y a de l'instrumental, des parties chantées... Je fais ça sérieusement, comme tout ce que j'ai toujours fait dans le passé. J'ai peut-être tout faux, je me trompe peut-être, mais je pense que c'est différent de ce qui se fait.

A : C'est risqué pour toi de prendre ce nouveau départ artistique ?

D : Oui et non, parce que j'ai toujours la planque de produire du rap. Je continue de bosser avec la famille, Passi, les Neg'Marrons, Ärsenik, Pit que j'ai eu au téléphone il y a quelques jours... J'ai même un peu bossé avec Keny Arkana. Mais en tout cas si j'arrive à sortir ce projet électro, les gens seront surpris.

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