Interview Djimi Finger

27/05/2011 | Propos recueillis par Raphaël

« Page précédente | Page suivante »

A : Sur la période entre 1999 et 2001, tu es apparu sur pas mal d'albums : Du Rire Aux Larmes de Sniper, La Vie Avant la Mort de Rohff, Tout Saigne de La Clinique... Comment ça se passait : c'est toi qui leur proposait de bosser avec eux ? Ils te sollicitaient ?>

D : En général, ce sont eux qui sont venus me chercher. A cette époque, c'était rare que les producteurs aillent vers l'artiste, comme ça peut se faire aujourd'hui. On évoluait avec son clan, mais je ne me levais pas le matin en me disant : "Je ne vais bosser qu'avec untel." Dès qu'on me proposait, je voyais ça comme une expérience à prendre. Si Richard Anconina (sic) m'avait demandé un titre, je lui aurais donné [Rires]. C'était mon boulot. Un mec qui construit des maisons, il le fait. Là en plus je fais de la musique, c'est mon kif, et j'en vis. Je me souviens particulièrement du morceau "Le Même Quartier" de Rohff, parce qu'il a rappé assis, sur un tabouret, pour avoir une voix plus posée. J'ai trouvé ça fort et original, c'était la première fois qu'un mec me faisait ce coup là.

A : Il y avait aussi eu la compilation Secteur Ä All Stars avec le morceau d'Ärsenik et RZA.

D : C'était un bon kif ça aussi ! Si je me souviens bien, Kenzy avait profité du passage de certains mecs du Wu à Paris, dont ODB et RZA. A l'époque le Wu était au top, limousine et tout [Sourire]. Bref, la connexion se fait, on me demande une prod. Et là, ça tombe bien, j'avais un instru un peu dans un délire Shaolin. Mais franchement de savoir que RZA allait poser, c'était la grosse pression ! Alors j'ai pris soigneusement la DAT, je l'ai mise dans la machine, et j'ai soufflé un gros coup [Rires]. Ils n'avaient plus qu'à faire leur taf !

A : En 2001 sort Première Classe 2, tu avais quatre prods dessus. Quels souvenirs tu en gardes ?

D : De bons moments aussi. "L'Oeil du Tigre", ça a été la confirmation du talent de deux plumes. Rohff a eu une belle carrière, Lino est super respecté. Et "Tueurs Nés" [avec L'Skadrille et K.Ommado Toxik, ndlr], les types avaient faim, ils étaient... bruyants [Rires], agités, mais bon esprit, toujours bon esprit.

[Passi, qui bosse sur un morceau de zouk, sort du studio d'enregistrement à côté]

Passi : Hé les gars, vous voulez zouker ou quoi ? [rire général]

Djimi : Non, non, attends, je suis en discussion là... Il me fait sortir les dossiers ! Un peu trop même [Rires].

Passi : Si ça t'emmerde c'est qu'il fait son taf. Faut l'emmerder ! [Rires]

"Franchement de savoir que RZA allait poser, c'était la grosse pression ! Alors j'ai pris soigneusement la DAT, je l'ai mise dans la machine, et j'ai soufflé un gros coup [Rires]."

A : Sur cette compilation on sent que ton son commence à changer, il y a un mélange de samples et de composition.

D : Oui, j'évolue. C'est comme toi : avant les mecs arrivaient avec un calpin et un stylo. Là t'as posé un dictaphone numérique ! C'est un changement naturel, je suis mon envie d'essayer les nouvelles méthodes.

A : Parmi tes collaborateurs récurrents, on n'a pas encore parlé de Kazkami, qu'on retrouve aussi sur cette compilation. Tu l'avais rencontré comment ?

D : Par Harry, un mec avec qui je bossais. On a vite sympathisé. Quelques temps plus tard je l'ai mis en connexion avec Swan, un rappeur que je connaissais. Ce qui est marrant c'est qu'ils se sont rencontrés le jour où on a fait le morceau "Premières Traces" pour Première Classe 1.

A : J'ai toujours pensé que c'était un duo à la base, vu qu'ils ont fait d'autres morceaux à cette époque.

D : Non même pas ! Ils ont fait quelques maquettes et tout à l'époque, mais Swan finalement a arrêté assez rapidement et est passé à autre chose.

A : L'année d'après est sorti le deuxième album d'Ärsenik, Quelque chose a survécu. Le Blueprint de Jay-Z a dû pas mal vous inspirer pour cet album.

D : Complètement. Cette tendance me faisait kiffer, j'ai suivi le truc. C'était partagé, eux aussi aimaient, donc on a fait ce choix. On a repris la même façon de bosser que pour le premier album. Peut-être plus en immersion, plus concentrés. J'ai aussi plus participé sur la finalisation du projet... Mais bon, l'album n'a pas eu le même succès commercial que le premier.

A : C'est dû à quoi tu penses ? L'écart d'années entre leur premier album et celui-là ?

D : Non je ne pense pas. Le groupe a été pas mal investi sur plein de projets, entre les compilations Première Classe, Bisso... Et je ne te parle même pas des featurings ici et là ! C'est difficile de dire que l'album est arrivé trop tard. Soit au bout d'un moment tu arrêtes de collaborer, soit tu continues à bosser, même si c'est pas sur ton propre travail. Si tu n'as pas forcément les idées pour un album, ça ne sert à rien. Il n'y a pas de plan de carrière. A un moment, spontanément, on s'est mis à bosser pour cet album, ils ont appuyé sur le bouton et j'ai suivi.

1 | 2 | 3 | 4 |