Interview Djimi Finger

27/05/2011 | Propos recueillis par Raphaël

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A : Après l'album d'Ärsenik, tu as participé au premier volet des compilations Première Classe. Comment tu t'es retrouvé à bosser dessus ?

D : C'est une affaire de famille [Sourire]. Des affinités se sont créées pendant l'enregistrement de l'album d'Ärsenik.

A : Sur cet album il y avait le premier single "On Fait Les Choses", qui a eu un gros succès. Tu te souviens de sa naissance ?

D : A l'origine de Première Classe, il y avait cinq gars : Patou, Stéphane, Pit, Jacky et Ben-J. Ils avaient décidé de faire un morceau sur lequel ils réunissaient plusieurs rappeurs. Mais à la base, ce n'était pas moi qui devait le produire. L'enregistrement était pendant une séance nocturne, et ils n'arrivaient pas à joindre le producteur. Ce qu'il faut savoir, c'est que les mecs n'avaient pas énormément d'oseille à l'époque. Le studio était déjà booké, et la pendule tournait. Vers 9h du matin, j'ai reçu un coup de fil. "Djimi, on a besoin de toi. Est-ce que t'as du son ? On vient te chercher." J'avais déjà cet instru, ils l'ont choisi, et ont enregistré le morceau. Et suite à ça, ils ont décidé de créer la compilation.

A : C'est donc logiquement que tu as participé à d'autres titres de l'album.

D : Voilà. "Atmosphère Suspecte", avec Lino, Choa et Le Rat s'est fait un peu dans les mêmes conditions. C'était au studio Blackdoor, une séance de nuit, avec tout ce que ça peut comporter [Sourire]. On était tous un peu fonce-dés, le temps passe, ils trouvent un concept et écrivent. Mais il s'avère que Lino et Le Rat se sont endormis [Rires]. Quoi qu'il en soit, le thème du morceau a bien inspiré Choa, il était d'attaque, il a posé le troisième couplet et c'était dans la boîte.

"Bisso Na Bisso, ça nous a permis de sortir de ce qu'on faisait au quotidien. J'ai toujours aimé les expériences, je n'ai pas de charte de non-agression par rapport à la musique."

A : C'est plutôt surprenant, il y a quand même une grosse alchimie entre leurs couplets.

D : C'est ça le pire ! Mais c'était beaucoup plus spontané que ce qui se fait aujourd'hui. Il fallait qu'ils tuent ça tout de suite : le temps tournait, ils ne pouvaient pas reposer trois ou quatre fois.

A : La même année sort l'album de Pit Baccardi, sur lequel tu avais quatre prods.

D : Avec Pit, c'est pareil, ça a été une question d'affinités. Il y a eu de bonnes vibes entre nous, il a choisi les instrus qui lui parlaient assez simplement. Une très bonne expérience de studios, même si je n'ai pas de souvenirs en particulier. Plus les à-côtés : on était des gamins, et on vivait de notre musique [Sourire]. Ha si quand même, "Trop peu pour qui ça paie" avec IAM ! Akh, selon moi, c'était le king, niveau rap comme niveau prod ! Il avait des putains d'idées en tant que producteurs. C'est ce genre d'expériences, à cette époque, que je savoure avec des yeux d'enfants. Je ne sais pas si les jeunes aujourd'hui savourent ces choses là de la même façon. Mais là je vais passer pour un vieux con avec mes 32 ans [Rires].

A : Tu as aussi participé à l'album Racines de Bisso Na Bisso. C'était une démarche différente pour toi de mélanger musique africaine et rap ?

D : Pour les lecteurs qui ne m'ont jamais vu : je suis noir [Rires]. Comme les mecs du Bisso, je suis d'origine congolaise, mais de l'autre côté de la rive [République démocratique du Congo, le "Congo-Kinshasa", ndlr]. J'ai fait ça en écoutant les musiques du bled, mais c'était la même démarche, seule la source était différente. Le titre éponyme a été super spontané. On arrive au studio, les mecs choisissent cet instru, et là Mystik commence à enchainer avec D.O.C. ou G-Kill, ou peut-être les deux en même temps, vu qu'ils sont doubles [Sourire]. Et ils balancent : "Bisso, Bisso, Bisso na Bisso", et ça jump. Et voilà, le morceau est parti de ce délire. C'est un des rares morceaux que je connais où on a commencé par le refrain.

A : Cet album, c'était une initiative assez originale, plus festive que ce qui se faisait à l'époque.

D : Passi était à l'origine de tout ça. Quelque part, ça nous permettait de ne pas se prendre trop au sérieux. Et puis je me mets à la place des rappeurs : fin des années 90, tu dis aux membres de ta famille que tu fais du rap. Tu fais écouter, "oui, c'est bien", mais les réactions ne sont pas super enthousiastes. Maintenant, tu leur fais écouter un truc qui peut plus leur parler, un support avec lequel ils ont un repère, ils s'y retrouvent plus. C'est même un projet de rap africain plus qu'un album de rap français. C'était kiffant, ça nous a permis de sortir de ce qu'on faisait au quotidien. J'ai toujours aimé les expériences, je n'ai pas de charte de non-agression par rapport à la musique.

A : Justement, tu as aussi fait un peu de R'n'B en bossant avec Assia.

D : Super expérience aussi. Calbo a écrit certains textes pour Assia, donc forcément, il m'a demandé des titres, ça l'a inspiré, et c'était parti. Je ne calculais pas : on essayait, et on voyait ce qu'il en ressortait.

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