Interview Frer200

Maillon essentiel de la scène alternative qui s'était révélée au début des années 2000, le trio Frer200 s'est fait relativement discret depuis quatre ans et la sortie de son précédent album. De retour avec Action ou vérité, album ensoleillé qui marque un véritable virage musical, le groupe est décidé à diffuser sa musique au plus grand nombre.

10/05/2011 | Propos recueillis par Mehdi avec Draft Dodgers (Photographie)

Interview : Frer200

Abcdr Du Son : Aujourd’hui, Action ou vérité est dans les bacs mais vous êtes encore relativement peu connus dans le paysage rapologique français. A quand remonte la formation de Frer200 ?

Gystère : Frer200 a été formé dans les années 90 et on a commencé à peu près en même temps que Triptik, après la période de la Cliqua. On s’est tous rencontrés à Issy-les-Moulineaux et on a réellement monté le groupe vers 96-97. En 2001, on a été les vainqueurs d’un gros festival qui nous a permis de financer et de sortir notre premier album, Fils de faucon.

Fibo : Avant ce premier disque, on a commencé en faisant énormément de scènes et c’était la première fois qu’on touchait de l’argent grâce à la musique. Une fois le disque sorti, on a continué à beaucoup tourner, d’autant que les programmateurs étaient beaucoup moins frileux. Ensuite, on a rencontré D’ de Kabal qui s’est proposé pour nous produire un album et ça a donné Andromède. C’est un disque qui est probablement sorti un an trop tard d’ailleurs puisqu’on avait des prises dans deux-trois majors.
Comme on avait prévu de sortir un nouvel album, on a vite réalisé que sortir un disque une fois tous les 4 ans n’était pas suffisant. C’est la raison pour laquelle on a lâché la mixtape Le groupe du moment. Dessus, on a appelé plein de gens avec qui on avait envie de bosser, de China à Clara Morgane [Rires]. L’album était quasiment prêt et la mixtape était réellement une volonté de redonner une actualité au groupe. D’ailleurs, il y a quelques titres de la mixtape qu’on aimait vraiment et qu’on a remis sur l’album.

A : Quand on ouvre le livret de l’album, on comprend que le titre Action ou vérité est d’inspiration Michael Jacksonienne... [NDLR : dans "Beat it", Michael Jackson chantait "you have to show them that you're really not scared, you're playin' with your life, this ain't no truth or dare" ]

Kombo : On aimait bien ce titre et, en effet, on retrouve ça dans "Beat it". D’ailleurs, la pochette fait directement référence à celle de Bad. Michael Jackson est une grosse référence pour nous.

A : Justement, on sent que vos influences sont diverses. Quels ont été vos gros chocs musicaux ?

K : Michael Jackson est vraiment notre première influence, à tous les trois. Quand on était petit, c’était la folie à chaque fois qu’un clip sortait.

F : Quand un clip de Michael Jackson allait être diffusé, on se rassemblait en famille pour le découvrir. Le clip de "Thriller" avait été une claque monumentale. Michael Jackson a été un premier choc mais ensuite tu te construis aussi au fil de tes rencontres. Par exemple, on a collaboré avec le groupe Fancy sur le morceau "Téléphone". A l’époque de Myspace où il commençait à y avoir beaucoup de musique qui tournait, on avait décidé d’aller les voir en concert au Glaz’art. On s’est pris une énorme claque ! Scéniquement, Fancy fait partie de ces groupes qui m’ont influencé. Ensuite, on a tous des influences différentes étant donné qu’on compose tous les trois.

"Notre album est vraiment une version romancée de nos vies et de celles de nos potes."

A : Il y a un côté immature assumé dans votre rap et, en même temps, vous parlez beaucoup de filles... Action ou vérité, ça résume finalement assez bien votre musique non ?

K : Ca résume plutôt bien notre état d’esprit. On est vraiment une bande de potes, on traîne tout le temps ensemble, on rigole beaucoup, on fait pas mal de soirées... On est cool, on ne se prend pas la tête et on est vraiment décomplexé.

F : Notre album est vraiment une version romancée de nos vies et de celles de nos potes. On a également un rapport ludique vis-à-vis de la musique. C’est pour ça que le titre Action ou vérité correspondait bien au contenu de l’album.

A : Il y a également un côté très "divertissement" dans votre musique qui demeure encore assez rare dans le rap français...

F : En ce moment, je réécoute pas mal de rap à l’ancienne et le côté divertissement dont tu parles était omniprésent. A la base, le rap c’est se rassembler autour d’un barbecue avec tes potes et ta famille et balancer des choses positives pendant 10-15 minutes sans qu’il y ait forcément un refrain ou une structure... Quand on écoute de la musique, on n’a pas envie qu’on nous fasse la morale. On veut pouvoir écouter ça tranquillement sur notre scooter, le vent dans les cheveux avec ta meuf à côté... En général, c’est vraiment ce qu’on aime : les chansons d’amour, les chansons d’été et tout ce qui met de bonne humeur. Il y a assez de merdes dans la vie alors on ne va pas enfoncer le clou en écoutant de la musique qui ressasse ça.

K : Le but reste quand même de rêver et de faire rêver. On veut que tu passes un bon moment quand tu écoutes notre musique et que tu puisses voyager avec nous. On n’est pas les seuls à être dans cet état d’esprit en France mais il faut regarder aussi ce que les médias mettent en avant. En France, tu as plusieurs styles de rap mais c’est toujours le même qui est mis en avant. Je pense à des gens auxquels on nous a souvent associés à l’époque d’ailleurs comme TTC ou la Caution. On a souvent mis Frer200 et ces groupes là dans la case "rap spé" alors qu’on fait simplement notre rap. C’était plus facile de dire que ces groupes faisaient du "rap alternatif". C’est très français comme esprit mais je pense que ça évolue tout doucement.

F : On pense aussi que, contrairement à nos deux albums précédents, on explore quelque chose de nouveau avec celui-ci.

A : En même temps, à l’écoute de Action vérité, je n’ai vu aucun semblant de lien avec ce que peuvent faire des groupes comme TTC ou La Caution...

F : Disons que c’était quelque chose qu’on nous ressortait souvent à l’époque d’Andromède donc, comme on reprend les interviews, on appréhende un peu. Cet album n’a rien à voir avec ce qu’on a fait dans le passé. Ensuite, pour revenir sur le paysage rapologique français, on kiffe énormément d’artistes. C’est vrai que nous sommes décomplexés et que ça ne nous intéresse pas de ressembler à untel mais plein de mecs nous font kiffer. J’adore Seth Gueko parce qu’il me fait mourir de rire et qu’il écrit vraiment bien. Après, il est possible que certaines personnes l’écoutent plus sérieusement.

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