Interview Hype & Sazamyzy

28/04/2011 | Propos recueillis par Mehdi

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A : Malgré tout, est-ce qu'il y a des projets récents qui vous ont plu dans le rap français ?

S : Bien sûr. Mctyer, la compil' de DJ Bellek, Despo Rutti à fond, le dernier album d'Alpha 5.20… De toute façon, on respecte tout ce qu'a fait Alpha. Il est comme nous, très éloigné du microcosme rap dont on parlait parce qu'il préfère traiter la réalité. Alpha est parti de rien du tout et son parcours est honorable.

H : Les derniers projets de Shone également.

S : Shone, c'est quelqu'un qui se diversifie tout le temps. Il n'a pas arrêté de progresser. L'année dernière n'a pas été mauvaise. Il y a eu l'album de Nessbeal qui était très bon… Et puis, évidemment, celui de Booba.

H : Il  a également eu Driver qui a fait un super album.

S : Il faut reconnaître aussi qu'on écoute beaucoup de mecs du 9.3 parce qu'ils utilisent un langage qu'on comprend immédiatement. Même si le mec n'est pas spécialement fort, il va plus nous parler qu'un mec qui vient d'une autre cité qui, elle-même, aura son propre langage. Ici, les mecs ne sont pas rap. Ils vont en studio, écrivent leurs textes sur le canapé et les posent dans le foulée.

A : Même si votre rap est basé sur votre vécu, votre musique a un côté "divertissement" non négligeable et on sent que vos influences sont majoritairement américaines…

H : Honnêtement, je ne me suis jamais inspiré d'un rappeur français. En revanche, j'ai toujours écouté beaucoup de rap cainri et, forcément, ils m'ont influencé.

S : Si tu fabriquais des voitures, qui est-ce que tu irais copier ?

A : Probablement les Allemands.

S : Ou les Italiens. Alors pourquoi est-ce que tu veux écouter du rap français ?

A : Tu peux l'écouter sans forcément t'en inspirer.

S : On rappe en français et on est obligé de regarder vers le top. Ça se saurait si le rap français était le top. Forcément, on regarde les États-Unis. Par exemple, j'ai toujours bloqué sur les Dipset.

A : Alors que Cam'ron a longtemps été considéré comme un guignol ici…

H : Oui mais on achetait du Cash Money quand on était plus jeune [Rires]. On a toujours essayé de chercher ce qui était différent. Comme je t'ai dit, on est ouvert.

"On rappe en français et on est obligé de regarder vers le top. Ça se saurait si le rap français était le top. Forcément, on regarde les États-Unis. "

A : Si vous deviez présenter simplement le projet qui arrive, qu'est-ce que vous diriez ?

S : Sans forcer, ce projet va mettre des claques à tous les rappeurs.

A : Vous pensez que les gens vont comprendre ce projet qui est musicalement différent de ce qui se fait généralement ?

S : Les prods sont américaines et tout le monde écoute du rap américain. Tous les petits de cité écoutent Biggie, Tupac, Waka Flocka Flame ou Gucci Mane. Ils connaissent le rap américain.

H : Ce projet est aussi un exercice pour nous. Si on me propose un projet comme ça et que je refuse, à quoi ça sert d'être dans le rap ? Et puis si les gens ne comprennent pas le projet ici, peut-être que les Américains le comprendront [Rires] . En tout cas, l'opportunité était trop belle.

A : Ce projet va être distribué gratuitement sur le net et Braquage en YZ pouvait uniquement être commandé sur votre site. C'est important de maîtriser le net aujourd'hui ?

H : En fait, on a fait le choix de ne pas passer par des FNAC pour Braquage en YZ alors qu'on avait des contacts. On a stoppé le business alors que c'était sur le point de se goupiller. Tout simplement parce qu'on aurait mis notre disque dans les bacs à 10 euros et que le distributeur aurait récupéré la majorité dessus. On aurait été perdant. C'est pour ça qu'on a décidé de mettre en place un site de VPC. On a fait en partie notre chiffre là-dessus et en partie sur le tour de France qu'on a fait en juin dernier. On a pris la voiture qu'on a blindé de CD's et t-shirts et on est allé amener le CD aux gens. Certains n'ont même pas de carte bleue. Au final, on a quasiment tout épuisé.

S : Dans certains quartiers, des mecs n'avaient pas de sous et ça nous arrivait d'en donner aussi.

A : Hype, je sais que tu es également chef d'entreprise. Tu peux nous en dire plus ?

S : Honnêtement, ce n'est même pas explicable tellement il y a de choses différentes. Il y a des bâtiments, des boxs, des entreprises de plomberie… Son bureau est au pied de son domicile, comme Batman et sa Batcave [Rires].

H : Il y a beaucoup de choses et ça rejoint ce qu'on disait tout à l'heure : on fait des choses à côté du rap.

A : Pour toi, c'est important de marquer la séparation entre la vie professionnelle, la vie privée et le rap ?

S : On n'est même pas des rappeurs.

H : Il n'y a même pas de séparation. Je peux télécharger un album pendant que je suis au boulot et parler de boulot quand je suis au studio, c'est pas un problème. Je ne deviens pas un rappeur après 18H [Rires].

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