Interview Saigon

Enfin ! The Greatest Story Never Told devait à l’origine sortir en 2005. Un paquet d’embrouilles avec son ancienne maison de disques Atlantic Records ont freiné Saigon, celui qui était censé ramener New-York au tout premier plan. Régulièrement considéré comme le meilleur album de hip-hop jamais enregistré depuis des années, The Greatest Story Never Told est désormais une réalité.

20/04/2011 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec Nicobbl | English version

Interview : Saigon

Abcdr Du Son : Tu vas sortir sous peu ton premier album, le très attendu The Greatest Story Never Told . Tu te sens comment en ce moment ?

Saigon : Je me sens vraiment bien. C'est vraiment le moment idéal pour que mon album sorte. C'est un nouveau départ et j'ai retrouvé un vrai nouveau souffle. J'essaie d'amener le hip-hop dans une nouvelle direction.

A : Dans quelle direction ?

S : Je pense qu'il faut de nouveau qu'on se mette à parler de la réalité. Franchement, ça manque aujourd'hui. On ne voit plus que des fantasmes. Le hip-hop est devenu un dessin animé : des images artificielles, tout le monde est un parrain de la drogue ou un maquereau fini. Tout ça, ce n'est pas bon pour la communauté. Cette musique, elle est faite par des Noirs à travers la lutte des Noirs. Aujourd'hui, on utilise le hip-hop pour promouvoir des conneries et des choses négatives.

A : Quand tu as débarqué début 2000, les rappeurs glorifiaient la violence, aujourd'hui, la tendance est à la glorification de l'ignorance. Qu'en penses-tu ?

S: Tout ça, c'est la même chose, la même mascarade ! Je ne dis pas que les mecs ne doivent pas rapper sur ce qui est leur quotidien. Je pense qu'il n'y a pas lieu de glorifier ce que tu peux vivre. Si je suis accro à la dope, je ne vais pas essayer de signer en maison de disque pour glorifier la drogue. Si tu es un gangster, tu sais que les gangsters n'encouragent pas les autres à être eux-mêmes des gangsters. Ils disent plutôt "ne mène pas cette vie" parce que c'est trop dangereux. Aujourd'hui, tout le monde est un maquereau, un parrain de la drogue, fait partie des Bloods, franchement ça fait de la peine. Si t'étais vraiment ça, tu ne rapperais pas là-dessus, tu la jouerais comme Big Meech : tu fermerais ta gueule. [NDLR : Big Meech est le co-fondateur de la Black Mafia Family, organisation criminelle qu'il a monté avec son frère Southwest T. Rick Ross le cite dans son morceau "B.M.F." : "I think I'm Big Meech..."]

"Le hip-hop est devenu un dessin animé : des images artificielles, tout le monde est un parrain de la drogue ou un maquereau fini."

A : Dans le lot, il y a probablement des mecs qui ne veulent pas tomber dans ce jeu de la glorification… mais qui le font quand même, simplement parce qu'ils veulent être signés…

S : Exactement ! Le truc dingue, c'est que les maisons de disques vont te dire que le hip-hop c'est un truc de jeunots. Mais si tu sais que tu t'adresses à des jeunes, alors pourquoi tu ne leur donnes pas un contenu de qualité ? Autre chose que du sexe et de la violence. C'est pour cette raison que mon album vise autre chose.

A : Tu penses qu'en 2011, le public est prêt à écouter et vraiment comprendre ton album ?

S : Je pense que le public en a marre d'écouter de la merde. Les ventes catastrophiques, elles sont liées au niveau pathétique des sorties, pas au fait que les mecs n'ont plus quinze dollars à mettre dans un disque. Tout le monde dit "C'est la crise ça !" Pour moi, c'est complètement faux. Et ça n'est pas non plus la faute d'Internet. La vraie raison c'est que les maisons de disques ne sortent pas d'albums qui méritent vraiment d'être achetés.

A : Apparemment Just Blaze a dû mixer l'ensemble de l'album en quelques jours pour que ça sorte à la date décidée. La version qui va sortir est-elle différente de celle que tu avais enregistrée à l'origine ?

S : Ouais, les beats sont vraiment différents. Les paroles sont les mêmes par contre. On a aussi du jouer pas mal de samples vu que Suburban Noize n'avait pas les thunes d'Atlantic pour déclarer les samples. On a modifié 60% de la production musicale. Il y a eu beaucoup de changements mais ça me va bien. Une fois l'album sorti, je mettrai en ligne le premier enregistrement. 

A : Je me doute que tu dois aimer l'album dans son ensemble mais est-ce qu'il y a quand même un morceau que tu as envie d'extraire du lot ?

S : J'adore "Oh Yeah" [NDLR : Buckwild à la production]. A chaque fois que je l'écoute, j'ai la chair de poule. A mes yeux, c'est un de ces morceaux qui fait que tu as envie de suivre de près un artiste. C'est un morceau comme Nas ou Biggie ont su le faire. C'est pas un single mais un morceau qui fait que tu peux te dire "je suis fan de ce mec." C'est vraiment ce que je ressens. Et au final, c'est pas un truc tordu. Le beat est simple, les paroles aussi, mais le morceau dégage un truc.

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