Interview The Alchemist

13/02/2011 | Propos recueillis par Nicobbl avec Ameldabee et MarOne (photographie) | English version

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Ab : Pour en revenir à Gangrene, où tu partages l'affiche avec Oh No, on ne peut s'empêcher de lancer une comparaison avec le Champion Sound de Jay Dilla et Madlib. Deux gros producteurs qui sortent un album ensemble sur Stones Throw.

Al : Cette comparaison, elle est assez logique. On ne pourra rien y faire, sortir un album avec le frère de Madlib... Bien sûr ils nous ont inspiré quelque part, même si on n'a pas cherché à les copier. Bon, et en plus, les deux étaient de gros potes. On peut aussi penser, en guise de comparaison, aux Beatnuts, deux putains de producteurs qui sortent un album et rappent dessus. Champion Sound avait un concept, le fait que l'un rappe sur les beats de l'autre, et inversement. Nous, on n'avait pas de plan comme ça.

Ab : Tu vas toujours régulièrement au Japon ?

Al : Ah, j'aimerais bien...

Ab : Tu es encore proche de DJ Muro ?

Al : Muro, c'est un frère pour moi. Un frère d'une autre mère ! Il y a peu de gens aussi bons que DJ Muro sur cette terre. Le mec parle à peine anglais mais il fait partie de ma famille aujourd'hui. Je partage avec lui les crédits de production à chaque fois qu'il me laisse utiliser un de ses disques. On discute beaucoup de musique ensemble, c'est un mec mortel. Sa collection de disques est vraiment unique. Muro c'est avant tout un grand collectionneur, plus qu'un beatmaker. Je fais partie des rares privilégiés qu'il invite chez lui et à qui il dit "Va mater mes 45 tours et cherche quelque chose qui te botte." Il me laisse fouiller parmi ses pépites. Je ne suis pas du genre à chercher éternellement des disques, je préfère jouer avec les sons. Passer du temps avec lui c'était mortel. Les âmes créatives s'inspirent.

"Je vais probablement traîner un peu, prendre des triple gin avec du jus de pomme, faire des putains de beats funky et scratcher encore et encore."

Ab : Tu as des trucs prévus après ?

Al : [Pensif] Je vais probablement traîner un peu, me laisser pousser la barbe un peu plus... me prendre des triple gin avec du jus de pomme, faire des putains de beats funky et scratcher encore et encore. Et je vais aussi sampler des trucs que personne ne connaît. [NDLR : Il s'arrête] Tu te souviens de Shawn J Period ? Il produisait beaucoup de trucs pour Rawkus. Un putain de producteur. Maintenant il est à fond dans la religion et il a décrété qu'il ne faut pas sampler. Je suis un peu dans le même était d'esprit, à vrai dire je l'ai toujours été. Tu sais, je n'ai jamais samplé de ma vie ! [NDLR : Alchemist, un rien ironique, se marre tout seul] Je dis ça, si quelqu'un se ramène et me dit que tel ou tel truc a déjà utilisé ici et là, je vais lui dire qu'il déconne complètement ! Et s'il veut continuer, je vais lui ramener Premier, il va l'appeler et lui gueuler dans les oreilles "Woooord is bond, you keep violating that shit !" [NDLR : Alchemist crie vraiment comme Premier] Primo est le plus grand !

Ab : Dis à Premier de venir avec toi à Paris !

Al : Je vais lui en parler mais il est probablement enfermé à double tour dans HeadQcourterz avec la même MPC60, celle qu'il a depuis trente-sept ans ! Elle est pas encore pétée. Soit dit en passant, il a deux productions sur le nouvel album d'Evidence. J'en ai six moi, j'ai aussi rappé sur quelques morceaux. Son album est vraiment mortel. Vous voulez écouter un extrait ? Un petit apéritif, comme des rouleaux de printemps à tremper dans une bonne sauce ? Un apéritif comme du fromage [NDLR : En français dans le texte] Et voilà ! [NDLR : Alchemist joue un beat pendant une dizaine de secondes, il gueule dessus "Exclusive!"]

Ab : Comment tu fais pour trouver le temps de bosser sur autant de trucs ?

Al : Je suis comme ça, je fais toujours pas mal de projets en même temps. Je ne fais que ça, je bosse dur, et dès que je termine quelque chose, je débute quelque chose d'autre. Je suis sur d'autres projets et morceaux, ici et là. Bon, tu sais que Prodigy sort dans trente-neuf jours maintenant... [NDLR : l'interview a été faite le dix-huit janvier] et clairement je vais faire des trucs pour lui.

Ab : Est-ce que parfois, quand tu fermes les yeux, tu vois le beat se composer dans ton morceau, avec chacun des éléments ?

Al : Je vois plutôt des couleurs en fait [NDLR : exactement comme Pharrell, il en parle sur l'interlude de Seeing sounds]. Et j'essaie de transformer ces couleurs en musique. Je ne vois pas le beat dans mon cerveau comme lorsque tu peux tout voir sur un écran Pro Tools. Le cerveau ne s'éteint jamais. Malheureusement. Parfois, j'aimerais que ce soit le cas. Quand je marche dans la rue, chaque son, chaque bruit, je l'enregistre. J'essaie beaucoup de choses quand je fais des sons. Je peux changer un truc quinze fois. Et quand j'ai terminé, ce que j'ai fait n'a plus rien à voir avec ce que c'était au départ.

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