Interview mr teddybear

28/01/2011 | Propos recueillis par Anthokadi avec Cyril Zannettacci (Photos) - www.cyrilzannettacci.com

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A : Peux-tu revenir sur ton parcours ?

T : J'ai commencé ado à faire du son, sur un Mac pourri – ‘fin, un Mac qui était très bien à l'époque, hein…

A : Le Mac avec l'écran tout petit, là ?

T : Non, non. C'était un Mac familial. J'avais un shareware avec un son par piste, une touche Play et hop ! De fil en aiguille, j'ai commencé à élaborer des morceaux. J'en ai même passé un sur Radio Alpha, une radio du coin. Là-dessus je suis arrivé à Rennes… J'aimais créer des ambiances, une trame fictive, avec des influences du style DJ Shadow, The Cure, des groupes français de dark wave bizarre genre The Grief, Trisomie 21…

A : Programme ?

T : Non. Alors Programme je les ai découvert bien après, à force de voir Psykick comparé à eux. Je ne connaissais pas !

A : C'est à ce moment que tu as attaqué la radio ?

T : Voilà. Avec un pote nous avons monté une émission de musique sur Radio Campus Rennes. Mon pote était branché musiques extrêmes, moi je lançais l'émission avec des morceaux plus cool genre post-rock, abstract hip-hop. C'est sur cette émission que nous nous sommes rencontrés avec Arm.

A : Raconte…

T : Je venais de passer un morceau à moi, sans le dire. Il a aimé et a appelé hors antenne pour savoir ce que c'était. Quand je lui ai dit que c'était moi, il a débarqué direct.

A : Il était à l'affût !

T : Oui, il était au taquet. En fait, il cherchait un beatmaker. C'était en 2001, j'avais 19 ans. Du coup avec Arm nous avons rapidement décidé de nous atteler à un projet. Nous trouvions vain de faire du son pour faire du son. Il nous fallait un but.

"Je ne crois pas en la musique savante, à part le sériel que nous faisons à l’IRCAM. Les gens m’intéressent davantage que leur culture musicale."

A : Vous êtes donc partis sur Lyrikal teknik

T : Oui, une K7 qui a étonnamment bien marché. DJ Remo avait apporté plein de contacts de Bordeaux, et puis il y a eu une émulation certaine entre Arm et moi… Nous avons même enchaîné avec des concerts au MiniDisc, etc. C'est à cette occasion que nous avons rencontré les gens d'Idwet…

A : Qui est encore le label de Psykick aujourd'hui…

T : Voilà. Eux voulaient faire quelque chose autour de la cassette, nous nous voulions repartir sur autre chose. C'est ainsi qu'est né Des lumières sous la pluie.

A : Vous attendiez-vous à un tel succès d'estime ?

T : Pas du tout. Il faut reconnaître qu'Idwet a bien bossé. Ils ont bien pensé en amont la promo. Ils ont fait un travail carré. Il faut dire que nous étions nombreux à l'époque.

A : Que sont devenus les uns et les autres ?

T : Abstrackt Keal Agram a splitté. Il y en a un qui est clavier dans Yelle, l'autre qui fait Fortune – il fait fortune, quoi [Sourire]. Eux étaient bien plus avancés que nous en tant que groupe, nous avions beaucoup d'accointances. C'était des mecs de Morlaix, une ville où il y a une vraie scène musicale.

A : Tiens d'ailleurs, un mr teddybear, ça va beaucoup en concert ?

T : Pas trop [Rires]. Je suis plutôt pépère, et j'ai souvent peur d'être déçu. Je me suis fait Les Vieilles Charrues une fois où il y avait Ninja Tune, Panorama… Do Make Say Think, c'est différent ; c'est vraiment le genre de son que j'ai envie de voir sur scène. En plus c'était à la Maroquinerie qui est une très bonne salle.

A : Estimes-tu parvenir à partager autant que tu le voudrais toute la musique que tu ingurgites ?

T : Paradoxalement, je me sentais davantage seul à l'époque de Psykick. J'avais vraiment faim de croiser des gens sur la même longueur d'onde que moi, avec les mêmes références… Aujourd'hui c'est différent. La musique c'est pour tout le monde. Je ne crois pas en la musique savante, à part le sériel que nous faisons à l'IRCAM. Les gens m'intéressent davantage que leur culture musicale. Les musiques qui font écho en moi le font pour deux raisons : par esthétisme ou pour ce que j'ai dans le cœur. Partant de là, ce serait con de jouer à l'élitiste en quête de son semblable.

A : Quels sont tes projets ?

T : Avec les deux zigotos qui m'accompagnent – Benjamin Helou "Mantys" à la guitare et Alexandre Argouarc'h à la basse -, nous avons commencé à travailler sur un projet de B.O de film, et puis le tournage s'est interrompu… Nous avons d'autres trucs en tête, mais l'expérience m'a appris qu'il va nous falloir nous décider vite, car une trop longue attente peut tuer notre envie. Nous avons déjà un vécu de deux ans…

A : Tu disais au début de cet entretien que c'est en partant à Paris pour le boulot que s'est produit le premier tournant des années Psykick. Dans quoi bosses-tu exactement ?

T : Je bossais dans le cinéma. J'aimais mon métier mais pas les gens avec qui je bossais. Du coup je me suis tiré, je suis passé par la case chômage et là aujourd'hui je bosse dans un domaine qui a du sens. Ça me va [Sourire].

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