Interview mr teddybear

Metteur en son remarqué de Psykick Lyrikah première version, mr teddybear - en minuscule comme le "m" de modeste - avait quasiment disparu des écrans radar depuis. La sortie discrète, le 26 avril 2010, de son album solo Huis clos était l'occasion de prendre de ses nouvelles. Interview haïku.

28/01/2011 | Propos recueillis par Anthokadi avec Cyril Zannettacci (Photos) - www.cyrilzannettacci.com

Interview : mr teddybear

Abcdr Du Son : Commençons par les questions qui fâchent. Tu t'es fait connaître à l'époque de Psykick Lyrikah. Puis ton nom est apparu sur le projet Kamasoundtracks, et après plus rien ou presque. Que s'est-il passé ?

mr teddybear : Il s'est passé une chose très simple. J'ai failli laisser tomber la zic.

A : Pourquoi ?

T : L'expérience Psykick a laissé des traces. En positif comme en négatif. En positif parce que sans ça je n'aurais jamais bougé mon cul. Je faisais déjà du son avant, mais là ça m'a poussé à me structurer, à avancer…

A : Et les traces négatives ?

T : Tu parlais de sujets qui fâchent, eh bien dans les instrus de l'époque Pyskick il y a pas mal de sujets qui fâchent. Des trucs refoulés, intérieurs, qui sortent mais pas de gaieté de cœur… C'est une expérience qui m'a un peu violenté [Sourire].

A : Mais tu les a sorties quand même, ces instrus ?

T : Oui, mais c'était à force de discussions, ça n'a jamais été simple. J'étais moins mature aussi.

A : C'est l'une des explications de votre séparation ? Arm me parlait aussi du rapport à la scène, tout ça…

T : Oui, oui… Au fond nous n'en avons jamais vraiment parlé. Il y avait aussi le fait que nous ne partagions pas le même rapport à la musique. Lui voulait vraiment se lancer à balle dedans, alors que pour ma part je préférais garder une distance, avoir un boulot à côté pour ne pas être totalement immergé. Il faut une certaine force pour se lancer à fond dans la musique. Moi j'aurais vécu ça comme une baston. Je pense que ça m'aurait fait du mal.

A : Ce que tu dis là, tu l'analysais aussi clairement à l'époque ?

T : Non, j'ai mis du temps à mettre tout ça en mots. Je ne le formulais pas, tout simplement.

A : Tu fuyais le sujet ?

T : Un peu, sans doute. C'est clair que ce n'était pas une fin très assumée.

A : Il y a eu une décision de se séparer ou l'éloignement a été progressif ?

T : En fait je suis parti à Paris pour le boulot. Du coup bosser à distance, lui à Rennes, moi à Paris, c'est devenu chiant. Sur des projets annexes, tu peux tenir. Mais quand c'est ton projet principal, la distance c'est chaud.

A : D'autant que vous n'êtes pas le premier duo à avoir été confronté à cette donnée-là…

T : Oui, je crois que c'est aussi ce qui est arrivé à Hustla. Je ne connais pas les détails de l'histoire entre Grems et Le Jouage mais je crois que ça y ressemble.

A : Est-ce le destin des duos d'artistes que de devoir un jour splitter ? Mieux vaut-il rapper seul que mal accompagné ? Y'a-t-il trop de non-dits ? Dans les couples ceux qui durent sont souvent ceux qui savent le mieux se parler...

T : Oui et non. Dans les relations humaines, je distingue l'amitié, l'amour et la musique. La musique, c'est hybride. Autant l'amour, j'ai vaguement une idée de comment le définir, autant la musique, je crois que je n'aurais pas trop de ma vie pour y arriver [Sourire]. Pour le reste, la communication c'est la clé, c'est vrai.

A : Justement, comment communiquiez-vous, Arm et toi, sur cette période ?

T : Essentiellement par téléphone. Mais il n'y avait déjà plus la flamme… C'était pas "loin des yeux loin du coeur" mais quelque chose dans le genre.

"C’était une histoire musicale, je devais la solder en musique."

A : Et aujourd'hui, vous envoyez-vous des messages par albums interposés ?

T : Oh, il y a certainement des indices effectivement dans nos travaux respectifs. J'ai écouté distraitement les derniers projets de Psykick. Il m'a semblé déceler des clins d'œil à cette époque, mais rien de fait exprès, je pense. Dans mon disque aussi il y a forcément des trucs de ce genre, mais si c'est le cas c'est vraiment l'inconscient qui aura parlé.

A : Vu que vous formiez un duo, pourquoi le nom Psykick a-t-il survécu à ton départ ?

T : Parce que ce nom était son idée. Je ne te cache pas que j'ai mis longtemps à le digérer, et c'est normal. Avec le recul, je me suis souvenu que Cypress Hill aussi a survécu à des départs, des retours. Arm est dans cette optique-là et je crois au final qu'il a eu raison. Pour ma part, à ce moment-là, l'idée était aussi d'asseoir mon pseudo…

A : D'ailleurs ça vient d'où, mr teddybear ? La première fois que je l'ai entendu, j'ai pensé à William du Loft. Tu te souviens ?

T : William du Loft ? C'est qui, ça ? [Rires]

A : Tu sais, le candidat de Loft Story saison 2 qui se baladait toujours avec sa couette sur l'épaule…

T : Ouiii… Tu sais que ce mec était dans mon lycée ? C'est un Manceau et il s'appelle pas William, sache-le [Sourire].

A : Dac. Et donc ton pseudo ? Un rapport avec une forte propension au sommeil ?

T : Je change à chaque fois d'explication, si tu veux tout savoir [Sourire]. Mieux vaut ne pas en donner parce que ce serait fumeux. Par contre c'est clair que ce pseudo me colle à la peau. C'est ma signature.

A : Pour en revenir à la séparation – pardon de remuer le couteau dans la plaie mais tant qu'à le remuer enfonçons-le jusqu'à la garde [Sourire] -, est-il facile de couper le cordon ? Faut-il du temps pour être à nouveau créatif ?

T : A mon niveau, c'est clair. Il y a eu un vrai creux.

A : La question n'est pas anodine. Dans Huis clos, il y a plusieurs morceaux où mon oreille d'auditeur attend la voix de Arm. L'instru commence et…

T : Et… non [Sourire]. Plus sérieusement, Huis clos c'est ma manière de solder cette période de ma vie. Je suis quelqu'un de pragmatique. Je n'aime pas démarrer un projet si j'en ai d'autres en souffrance. En soldant cette période, je me donne la possibilité d'être réceptif au reste. C'était une histoire musicale, je devais la solder en musique. Le fait de le matérialiser par un disque ajoute un côté concret. La page est tournée, je peux me recentrer.

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