Interview Droop-E

Fils du légendaire E-40, Droop-E s'est imposé comme l'un des producteurs les plus énergiques de la Bay Area. Avec BLVCK Diamond Life, son EP de 2010, il a dévoilé une autre facette en signant un hommage tout en douceur à la chanteuse Sade. Nous avons appelé cet enfant prodige au lendemain d'une nuit blanche en studio pour lui parler famille et musique.

21/01/2011 | Propos recueillis par JB | English version

Interview : Droop-E

Abcdr Du Son : Qu'est-ce que la musique de Sade a de si particulier pour toi ?

Droop-E : Avant toute chose, ça doit être sa douceur. Mais le principal à mes yeux, c'est l'honnêteté qui se dégage de sa musique. Tu peux ressentir chaque titre de Sade. Il n'y a jamais de mensonge, alors que c'est le principal trait de la musique aujourd'hui : faire semblant et inventer des trucs.

A : Tu as écouté Soldier of Love, son dernier album ?

D : Je l'ai acheté à sa sortie mais je n'ai pas encore eu le temps de l'écouter. Quand je travaillais sur l'album BLVCK Diamond Life, j'écoutais seulement des anciens morceaux. Mais j'ai toute sa discographie.

A : Tu te rappelles de la première fois que tu as entendu une chanson de Sade ?

D : Ça devait être en 1992, à la sortie de l'album Love Deluxe. J'entendais les titres à la radio quand j'étais gosse. En grandissant, je me suis mis à faire du son. Je suis allé chercher des disques à sampler et j'ai trouvé un album de Sade. Il me semble que c'était Love is stronger than pride. J'avais 15/16 ans. Ça m'a rappelé plein de souvenirs – je suis quelqu'un de très nostalgique, j'ai toujours été porté vers les choses du passé. Il y a cette nostalgie-là dans sa musique, mais elle est aussi très futuriste. Bref, ça a fait tilt dans ma tête, et j'ai fini par acheter toute sa discographie.

A : Tu as la réputation de faire des productions qui cognent, mais ce projet BLVCK Diamond Life a quelque chose de très personnel. C'est un projet que tu avais eu en tête pendant longtemps ?

D : Le timing a été parfait. Maintenant, je suis un homme. La dernière fois que j'ai sorti un album, c'était en 2006, j'avais 17 ans. Il y a une telle honnêteté dans la musique de Sade, je me suis dit : de quelle meilleure manière que ça pourrais-je revenir ? Et puis il y avait autre chose : je devais m'assurer qu'au moins, je pourrais faire honneur à Sade. Je sais combien sa musique est importante à mes yeux et aux yeux de ses fans. Je ne pouvais pas me permettre de faire comme n'importe quel autre rappeur : dire de la merde sur ses samples et la manipuler. Il fallait que je sois honnête et délicat. Je ne voulais pas la trahir. Il m'a fallu neuf mois pour boucler le projet. J'ai fini les cinq morceaux assez rapidement. Il n'y a que huit titres au final, mais j'en ai fait beaucoup plus. Je me suis donné à fond, comme sur un album entier.

A : Le projet n'a que huit titres. Qu'est-ce qui t'a poussé à rester aussi concis ?

D : Les albums de Sade font rarement plus de douze titres. Il doit y avoir neuf morceaux dans l'album Diamond Life. Quand j'écoutais mes huit titres, j'ai trouvé que ça sonnait juste. Ni trop, ni pas assez. Ça tournait bien. C'est un joli petit projet, assez bon pour que les gens aient envie d'appuyer sur la touche Rewind.

A : Tu sais si Sade en a entendu parler ?

D : Pour être tout à fait honnête, je n'en suis pas encore sûr.

"Je devais m'assurer qu'au moins, je pourrais faire honneur à Sade. Je sais combien sa musique est importante à mes yeux et aux yeux de ses fans.

A : Si tu avais la chance de la rencontrer, que lui dirais-tu ?

D : Le premier mot que je dirais, ce serait forcément "Respect". Je lui dirais qu'elle est mon artiste préférée, et que je respecte son honnêteté.

A : En bossant sur ce projet, est-ce qu'il t'est arrivé de penser qu'une de ses chansons était trop belle pour être samplée ?

D : Oh oui, plein de fois. J'ai aucun souci avec les titres qui sont sur le projet au final. Ça s'enchaîne parfaitement bien, je n'ai pas trop intellectualisé le truc. Mais il y a d'autres chansons, comme "No ordinary love" ou "Is it a crime", où là elle donne vraiment tout. C'est les grandes profondeurs. Je savais que je ne voulais pas aller dans cette direction-là, évoquer les relations amoureuses, tous ces trucs. Alors pour ces morceaux, je me suis dit "OK, c'est cool, reste à ta place". Quand les gens samplent Sade, c'est souvent de la récupération. Ce n'était pas mon intention, c'est d'ailleurs pour ça que le projet est gratuit. Il y avait des chansons que je n'avais pas le droit de toucher.

A : Ce projet, c'est aussi un manifeste de ta part ?

D : Carrément. Je veux montrer ce que je sais faire en tant que producteur, en tant que musicien, en tant qu'artiste. Montrer l'étendue de mon potentiel en matière de production. Comme tu disais, les gens ne me connaissent que par les productions hyphy, mais j'ai toujours produit des choses très différentes, dès mes débuts.

A : C'est aussi une façon pour toi de sortir du cadre habituel de la Bay Area et toucher d'autres artistes ?

D : Pas vraiment. C'est vraiment pour les gens. Jusqu'à présent, les retours que je reçois sont très positifs, c'est une vraie bénédiction. A croire que Dieu s'est impliqué aussi dans ce projet. De l'idée d'associer les marques Diamond Supply et Black Scale jusqu'à la réalisation, tout s'est bien imbriqué. Cette marque, Diamond Supply, elle doit d'ailleurs son nom au "Smooth operator" de Sade. Le créateur est un grand fan. Ça tombait sous le sens.

A : Quel genre d'auditeur es-tu ?

D : J'écoute plein de styles différents. Ça peut aller de Björk à DMX. Des Diplomats à Portishead. De Tupac à Kanye West. J'écoute aussi les français de Air, je les ai découverts il y a deux ans. Mais la musique que je préfère, c'est évidemment celle d'E-40. J'ai toujours écouté sa musique étant petit, et maintenant que je suis grand, quand je réécoute ses anciens trucs, je réalise à quel point il est brut.

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