Interview Ol Kainry

14/01/2011 | Propos recueillis par Mehdi

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A : Tu es justement très présent sur Internet. Autant les rappeurs américains ont très vite compris l'utilité de ce média, autant les rappeurs français ont mis plus de temps à s'y mettre. Tu dois être un des rares à utiliser aussi fréquemment Twitter par exemple.

O : Ca va mettre un peu de temps à venir mais je pense que tout le monde va s'y mettre. Après, c'est quitte ou double. Personnellement, je prends du plaisir à discuter avec mon public parce que ça reste respectueux et que les gens se prêtent au jeu. Si je devais passer mon temps à me justifier et à essuyer des insultes, il est clair que ça ne m'aurait pas plu. Je pense que c'est une histoire de mentalités.
Moi, j'aime bien aller sur Facebook, Twitter, délirer avec mon public, essayer d'intéresser un maximum de personnes qui peuvent se sentir concernées par ma vie parce que je ne suis pas un surhomme. Il n'y a que les projets musicaux que je sors qui nous différencient mais sinon, on a la même vie. Comme eux, je mange des Frosties le matin. [rires]

A : Tu es souvent sur Internet et je ne t'apprends rien si je te dis que c'est de plus en plus compliqué de vendre des disques aujourd'hui. Est-ce que ça a encore du sens de chercher à vendre des CD's ou est-ce qu'il ne faudrait pas privilégier un nouveau format notamment via le Web ?

O : J'y ai pas mal réfléchi mais je n'ai pas les réponses. Je pense que cette fin d'année nous donnera beaucoup d'informations sur la capacité d'Internet à faire vendre des albums. Aujourd'hui, il n'y a plus beaucoup de structures et les gens regardent de moins en moins les clips en télé. De la même manière, ils écoutent de moins en moins la radio. Il y a quelques années, tu mettais directement la radio quand tu rentrais chez toi. Aujourd'hui, tu ouvres ton PC portable et tu vas sur Internet. On va voir sur cette fin d'année si tout ce réseau peut faire vendre plus d'albums. C'est une question que je me pose.

A : Quelle est ta situation avec Because et quand est-ce que tu as quitté Nouvelle Donne ?

O : J'ai un contrat de distribution avec Because. Avec Nouvelle Donne, ça s'est terminé à la fin 2008-début 2009. J'ai pris le temps de monter ma propre structure pour être mon propre patron et sortir mes projets comme j'en avais envie. Ca s'est terminé à l'amiable mais j'avais besoin de m'en aller.

A : Tu disais récemment que tu avais acheté une caméra et que tu tournais tes clips toi-même. C'est important pour toi de se prendre en main de A à Z ?

O : Totalement et je regrette même de ne pas l'avoir fait avant. En même temps, j'ai appris. J'étais un peu dans un cocon dans lequel l'artiste est le produit et tout est géré autour. Je ne savais absolument pas ce qui se passait autour de moi. Maintenant, je gère tout, y compris mon image et j'aurais bien aimé le faire plus tôt. Je pense que ça m'aurait davantage apporté dans la mesure où je sais exactement ce que j'ai envie de restranscrire. Le fait d'être indépendant rend les choses plus confortables. Aujourd'hui, je suis au courant de tout ce qui se passe. Même s'il faut aussi gérer toute la paperasse, c'est mieux que de vivre dans un monde imaginaire où il n'y a aucune réelle transparence sur ce qui se passe. J'aime bien réaliser des clips et m'occuper des choses en amont donc cette situation me convient.

"Si on était aux States, on aurait des Monsieur R et des Zoxea à des postes importants aujourd’hui. A la place, tu as des gens qui ont fait des études mais qui ne connaissent pas le terrain."

A : Après ta carrière de rappeur, tu te vois prendre en main de jeunes artistes ou te consacrer à la réalisation de clips ?

O : En même temps, ça n'est pas comme ça que ça marche dans ce pays. Les maisons de disques n'offrent pas des postes de DA  à des artistes confirmés. Si on était aux States, on aurait des Monsieur R et des Zoxea à des postes importants aujourd'hui. A la place, tu as des gens qui ont fait des études mais qui ne connaissent pas le terrain. Donc, je sais très bien qu'on ne m'offrira pas ce genre de poste. [rires]

A : Il y a aussi beaucoup de références footbalistiques dans tes textes. C'est quelque chose que tu suis beaucoup ?

O : Quand je suis chez moi, il y a Infosport qui tourne en boucle. J'aime être au courant de tout ce qui se passe, qu'il s'agisse de foot ou d'autre chose. A partir du moment où tu suis toute l'actualité sportive, spontanément des choses vont ressortir dans les textes. Tu vas lancer un Djokovic, un Lucho... c'est spontané ! [rires] Pour revenir sur le foot, j'ai toujours beaucoup aimé Arsenal.

A : J'imagine qu'on t'a déjà posé la question mais comment as-tu trouvé ton surnom ?

O : C'est très vieux. J'étais dans un quartier où on ne suivait pas vraiment la tendance américaine. Moi, j'étais déjà à fond dans Menace 2 Society, j'avais le bandana sur la tête...”Oh l'américain !” [rires] A l'envers, ça faisait Ol' Kainry et j'ai pris le blase quand j'ai commencé à rapper.

A : On t'a vu il l'été dernier sur scène avec Dany Dan à la Bellevilloise. Tu as envie de porter ce projet sur scène ?

O : J'aime beaucoup la scène et, même si on n'a encore rien de concret, je devrais faire une bonne scène parisienne. Il y aura sûrement d'autres dates en Province mais c'est compliqué comme il y a beaucoup de rappeurs qui apparaissent sur ce projet. C'est pour ça que j'aimerais faire une scène avec tous les invités. Quelque chose de mémorable.

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