Interview Ol Kainry

14/01/2011 | Propos recueillis par Mehdi

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A : Aujourd'hui, beaucoup regardent rétrospectivement ton projet avec Dany Dan comme un classique alors que l'accueil n'avait pas été aussi chaleureux à la sortie. Quel regard portes-tu sur ce disque ?

O : Honnêtement, j'ai du mal à avoir du recul sur ce que je fais parce que je fonctionne de manière très spontanée. Quand j'ai envie de faire quelque chose, je ne cherche pas vraiment à rentrer dans la tête des autres pour essayer de savoir ce qu'ils vont en penser. Je le fais et c'est tout. Dany, c'est l'artiste qui m'a mis dans le game. Les premiers textes de rap français que j'ai appris par cœur et que je recouchais ensuite sur papier étaient issus du premier album des Sages Po. Ensuite, j'ai moi-même mis un pied dans le rap français et j'ai rencontré ce type là qui, en plus, m'a renvoyé du respect. Il me propose de faire un titre. On en fait un, deux... Il me dit qu'il aimerait bien partir sur un projet. C'était impensable de refuser !
Après, le public rap français est un peu divisé en plusieurs catégories. Il y a ceux qui connaissent, ceux qui ne connaissent pas, ceux qui sont trop ghetto, ceux qui sont à fond dans le mouvement hip-hop... Quand le projet est sorti, des jeunes m'ont demandé qui était Dany Dan. Je n'aurais jamais imaginé qu'on puisse me poser cette question ! “C'est qui ce Dany Dan ? Pourquoi tu as taffé avec lui ?”...”Comment ça ? Tu ne connais pas Dany Dan ?” [rires] Il y a sûrement des paramètres que je n'avais pas pris en compte quand on a démarré le projet. C'est pas grave du tout parce que j'avais envie de le faire et si ce projet a fait découvrir Dany Dan à des petits jeunes, c'est mission accomplie.

A : Un peu comme Dan, tu as toujours eu beaucoup de gimmicks. C'est aussi quelque chose qui contribue à créer ton propre univers...

O : Ouais et j'avoue que j'aime bien délirer. Je ne m'en cache pas. J'aime vanner, j'aime la bonne humeur et j'essaie de retranscrire ça dans mes textes, dans ce que je dégage, dans mes clips...
On sort d'une période dans le rap français où il fallait être le plus ghetto pour être respecté. Visage masqué, sortir les voitures brûlées dans les clips... Je ne veux pas m'enfermer là-dedans. J'en ai rien à foutre si je suis un artiste qui a le sourire. Dans ce projet, tu verras toutes les facettes de ma personnalité. Je peux faire un rap énervé quand je suis en colère et je vais te faire un rap délire quand je serais en mode Tortue Géniale. [rires]

A : Justement, "Sexy legging", [NDLR : passé depuis à la trappe à cause de la polémique que l'on sait] est un morceau marrant et qui parle de cul, deux choses assez rares dans le rap français.

O : Comme je te l'ai dit, ce sont des choses spontanées. Je ne veux pas me fixer des limites et me frustrer. Demain, je veux pouvoir quitter ce rap game sans aucun regret. Et si j'ai envie de faire un morceau sur les Chips Flodor ou sur mes orteils, je le ferai ! [rires] En réalité, "Sexy legging" est un ovni dans le projet. C'est un morceau réalisé de manière spontanée qui ne représente pas pour autant le projet dans sa globalité. Il faisait chaud, c'était l'été et on a eu envie de faire ça. J'ai envoyé "Au max" juste derrière pour annoncer que l'été était fini, qu'on allait sortir du club, décuver et repartir au taf. [rires]

"Ce qui est compliqué c’est que j’ai commencé à rapper très jeune et, finalement, j’ai aujourd’hui le même âge que les artistes qu’on dit nouveaux"

A : Quitter le rap français, c'est une chose à laquelle tu penses ?

O : Je ne vais pas rapper indéfiniment et je fais aussi en fonction du public. J'envoie mes projets et si le public adhère, je continue. Le jour où les gens arrêteront de me suivre, j'arrêterai. Je ne vais pas forcer les choses et me ridiculiser. Il ne faut pas faire le combat de trop. Quand les mecs seront fatigués de m'entendre, je m'en irai. Tout simplement.

A : Aujourd'hui, entre Agression verbale, tes projets solo, Facteur X, l'album commun avec Dan, tu as une grosse discographie. Tu te considères comme un ancien ?

O : Ce qui est compliqué c'est que j'ai commencé à rapper très jeune et, finalement, j'ai aujourd'hui le même âge que les artistes qu'on dit “nouveaux”. J'ai le même âge que Sefyu et la Fouine alors que j'ai commencé quelques années avant eux. Quelque part, c'est difficile de trouver le juste milieu parce que le public est scindé en plusieurs catégories. Il y a ceux qui vont kiffer le rap à l'ancienne et le nouveau public qui a d'autres attentes. Tu es au milieu de tout ça et tu dois rassasier les deux côtés. Moi, je ne suis pas fermé dans le passé en ne cherchant à rapper que sur des instrus violon à la Queensbridge et je ne me prends pas non plus pour T.I ou Rick Ross. J'essaye de trouver l'équilibre.

A : Il y a une grande tendance électro dans le rap en ce moment. Tu n'as pas eu envie de t'engouffrer là-dedans ?

O : Nan, pas du tout. C'est pas quelque chose que je me vois faire mais après chacun ramène son truc. Tout le monde a lancé sa dinguerie, j'ai lancé la mienne qui n'était pas de l'électro. Après, je suis ouvert et si David Guetta m'envoie une prod super lourde et que ça m'inspire, je le ferai. Si ça ne m'inspire pas, je ne me forcerai pas. Il faut que ce soit bien fait.

A : Est-ce que tu comptes sur Skyrock pour passer ta musique ou c'est un média que tu regardes de loin aujourd'hui ?

O : Je ne fais rien en pensant à Skyrock. Aujourd'hui, je suis content que mes morceaux aient suivi leurs chemins sans avoir eu à mettre un orteil dans les locaux de Skyrock. Je ne suis pas un artiste Skyrock. Depuis le début, j'ai été suivi par Générations et c'est quelque chose qui continue. Aujourd'hui, mes morceaux tournent beaucoup sur le net et sur Générations.
Je ne fais pas de morceau pour Skyrock tout en sachant également que je ne suis pas leur priorité. Après, quand je sors un projet, j'envoie un mail à tout le monde. Les intéressés se manifestent et on travaille comme ça. Mais quoi qu'il arrive, ça n'influe pas sur la qualité du projet et le choix des morceaux.

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