Interview Evidence

07/01/2011 | Propos recueillis par Raphaël Jaffres avec Anton Volkov (photographie)

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A : Venons-en à la production. Combien de producteurs ont travaillé avec toi sur Cats and Dogs ?

E : Il est encore trop tôt pour donner une liste exhaustive mais on retrouvera évidemment Alchemist, Babu, Oh No, Jake One, moi-même et un nouveau venu qui s'appelle Rahki, il vient du Minnesota et je l'ai rencontré par l'intermédiaire de Dj Khalil. Il joue de la batterie dans le groupe qu'ils ont monté ensemble, The New Royales. Donc Khalil sera aussi de la partie même si en ce moment il est très occupé avec Eminem, Dr. Dre et tout le reste. Mon manager m'a conseillé de me pointer chez lui et de ne ressortir qu'une fois le morceau terminé [rires] ! Le résultat s'appelle "Fallin' Down" et je le trouve incroyable, il a déjà filtré sur Internet mais la qualité audio n'est pas à la hauteur. Il a aussi composé le morceau "They Say" sur lequel on retrouve Fashawn une deuxième fois. Le tracklisting n'est pas encore définitif mais en tout cas j'ai bossé avec beaucoup de personnes à l'heure qu'il est.

A : Tu es toujours très proche d'Alchemist, en quoi t'a-t-il aidé cette fois-ci ?

E : Il m'aide à progresser parce que c'est mon meilleur ami et que j'ai énormément de respect pour lui en tant que producteur. C'est quelqu'un dont l'éthique professionnelle est au-dessus des autres, il est le premier à se mettre au travail et le dernier à se coucher, donc quand tu choisis de bosser avec lui il faut être sûr de pouvoir suivre la cadence [rires]. Logiquement c'est donc lui qui endosse le rôle de producteur exécutif sur "Cats And Dogs". Le fait qu'on soit aussi proches aide beaucoup lorsqu'on bosse ensemble, mais ça peut aussi me jouer des tours. Si on m'apprend demain que Just Blaze est prêt à bosser avec moi et qu'au même moment ALC est disponible, je n'hésiterai pas une seconde. Je suis persuadé que les amis font de la meilleure musique ensemble qu'avec des inconnus. 

A : D'autant que c'est un producteur qui continue à aller de l'avant depuis plus de dix ans...

E : Bien sûr, et c'est aussi pour ça que je m'inspire beaucoup de lui pour composer, plus que de n'importe quel autre. Ce n'est pas le genre de producteur à se dire "Ok, ils ont aimé mes beats en 2000 ? Alors c'est parti pour en refaire encore et encore". Il va toujours de l'avant et c'est aux autres de suivre. Pour le meilleur comme pour le pire il continue d'avancer. Parfois c'est magnifique, parfois c'est dégueulasse, peu importe. Il arrive encore à se dire "Voilà, ça c'est mon art, c'est ce que j'ai fait aujourd'hui maintenant voyons voir ce qu'ils en pensent". A la différence d'autres producteurs il ne cache rien de ce qu'il fait. Que ce soit incroyable ou juste passable, c'est pour toi. Certains font de la musique pour l'argent, d'autre pour les filles, d'autre encore pour la célébrité, je pense que lui continue d'en faire uniquement parce qu'il aime ça. Or c'est de plus en plus rare de croiser des personnes avec cet état d'esprit. 

"Alchemist c'est quelqu'un qui ne dort pas, il se repose."

A : Tu as une anecdote de studio à partager avec nous ?

E : Ça arrive surtout quand on a un sachet rempli d'herbe posé sur la table [rires] ! Mais plus sérieusement, ce que je peux te dire à propos d'Alchemist c'est que c'est quelqu'un qui ne dort pas, il se repose. Dans l'appartement qu'il a au dessus de son studio le lit n'a pas été défait au cours des six derniers mois, il se contente d'enlever une chaussure et de s'allonger sur la couverture. Il ne dort jamais vraiment. Donc ne sois pas surpris si tu descends dans son studio au beau milieu de la nuit et que tu le vois avec une seule chaussure au pied [rires].

A : Tes solos ont aussi été l'occasion de t'affirmer en tant que producteur, comment as-tu envisagé cet aspect des choses sur Cats And Dogs ?

E : Pour ce qui est de la composition au sens strict je m'arrange toujours pour produire un quart de l'album. J'ai dû faire quatre instrus sur The Weatherman LP, trois pour The Layover EP, et pour l'instant j'en ai cinq sur Cats And Dogs. Je ne produis jamais la totalité d'un album, je me concentre sur ma partie et je délègue le reste à quelques-uns des meilleurs producteurs que je connais. Ca c'est pour la partie beatmaker, je suis toujours à la recherche de conseils à propos d'un scratch, d'une caisse claire, de la qualité des vocaux, de la durée de l'intro... Mais pour ce qui est de la production au sens large c'est un peu différent. Au delà du beat il s'agit d'agencer un album entier et ça demande un travail beaucoup plus global. Après avoir étudié le travail de Pete Rock, Dj Premier ou encore Dr. Dre, je me suis complètement lancé pour mes albums solos. Que j'ai  composé le beat ou non je peux dire que j'ai entièrement réalisé The Weatherman LP et The Layover EP.

A : Aujourd'hui tu te considères avant tout comme un rappeur ou un producteur ?

E : Je dirai qu'à 60% je suis avant tout un rappeur. C'est paradoxal parce que je suis venu au hip-hop grâce à un producteur – Quincy Jones III – qui habitait près de chez moi et qui a produit un tas de bons disques de rap et de R&B. Mon premier contact avec cette musique s'est donc fait par son intermédiaire, pas par celui d'un rappeur. J'étais assis dans le studio, je voyais les rappeurs arriver et je les regardais partir après avoir posé. A cette époque j'étais surtout attiré par le rap, c'est ce que je voulais faire, mais QDIII a toujours pris le temps de me montrer ce qu'il faisait une fois que les mecs avaient posé, c'est lui qui m'a initié à la production, bien avant d'autres amis proches comme Dj Muggs, Alchemist, Joey Chavez ou Will.I.Am.

A : Un mot des invités présents sur l'album ?

E : Là encore la liste n'est pas définitive mais je peux déjà annoncer Raekwon, Ras Kass, Alchemist, Rakaa, Fashawn par deux fois et... Peut-être quelques autres encore !

A : Je me souviens d'une apparition de Guru sur le titre "Worst Comes To Worst" des Dilated. Comment as-tu réagi à sa mort ?

E : Je crois que je suis toujours en train de réagir à sa mort. Pourtant je ne le connaissais pas personnellement, disons que j'étais aussi proche de lui qu'un fan puisse l'être d'un artiste. Je me souviens de l'avoir côtoyé dans le cadre du "travail" – aussi bien en tournée qu'en studio – mais je ne le connaissais pas comme un membre de ma famille ni un ami proche. Beaucoup de gens lui doivent énormément parce qu'il fait partie des légendes du hip-hop. Quand tu penses aux groupes qui ont marqué l'histoire de ce mouvement tu penses à Run DMC, EPMD, Tribe Called Quest et... Gang Starr ! En solo ou avec Premier il fait partie des rares à avoir sorti classiques sur classiques. Et à l'heure qu'il est je continue encore à penser à lui.

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