Interview Tout Simplement Noir

19/10/2010 | Propos recueillis par Lecaptainnemo

Suite de la page 2

A : C'est vrai que de ton côté, Jee, tu as sorti quatre albums solo et aussi un projet avec Aelpéacha. Comment s'est fait le rapprochement ?

J : Je l'ai rencontré à un concert de Foxy Brown, à la fin des années 90. Il avait sa casquette Splifton et son t-shirt Eazy-E, ça a accroché direct ! Pour lui, on était un peu comme ses grands frères dans le rap. Il était déjà très productif et on a décidé de bosser ensemble, surtout qu'on était dans cette dynamique de produire pas mal d'artistes à ce moment-là. Il est venu avec sa clique au studio de La Pieuvre. Il y avait MSJ, Fabrice Eboué et son équipe Splifton. On a dû faire deux ou trois titres mais ça n'a pas abouti. On ne s'est plus trop vus pendant un moment mais en 2002, il m'a invité pour sa compilation West Rider avec le titre "Y a pas que la chatte" – qui marche toujours super bien d'ailleurs. Ensuite, je l'ai invité sur mon album Rap de chambre et la collaboration a continué comme ça. Le concept d'un album ensemble est venu naturellement. 50/50, on l'a fait en deux semaines chez lui, au Studio Delaplage.

A : C'est un album assez sulfureux. C'est d'ailleurs une constante dans vos disques et vos productions.

J : Oui, c'est vrai mais c'est surtout ce que les gens retiennent. Je fais rarement plus de deux ou trois titres par album qui sont vraiment tournés sexe, avec TSN pareil, mais c'est ceux qui ressortent le plus. Je pense qu'on parle de tout mais c'est vrai que ça revient souvent. Il y a Roll.K aussi qui a pas mal joué sur cette image et vu qu'on l'a rencontrée avec TSN au départ et que j'ai continué à bosser avec elle jusqu'à aujourd'hui, il y a cette image, bien sûr.

A : Quand on voit Too $hort qui parle de "bitches" depuis plus de 20 ans, on se dit que c'est un thème qui a encore des belles années devant lui...

J : Bah justement, Too $hort, je l'ai rencontré à Paris quand il est venu avec Ice Cube, WC, Dogg Pound et tout et j'étais plutôt déçu. Il était avec deux meufs franchement pas terribles, limite toxicos, ça a un peu cassé le mythe [rires] ! Mais le premier album que j'ai acheté, c'était Life is... Too Short. Donc c'est vrai que c'est un mec que j'ai toujours apprécié, j'aime bien ce qu'il fait. Après, lui il vit sa vie aux States, moi je suis bien ici, je suis pas un pimp, tu vois. C'est vrai que j'ai eu des petites expériences dans ce milieu mais je ne me considère pas comme un pimp. Et à mon avis lui non plus, je pense surtout qu'il joue de cette image.

A : Tu te sens intégré à la scène West Side française ?

J : C'est clair qu'on est fans de N.W.A. et de toute la période G-Funk. Mais au final, on était aussi fans de Rakim, Public Enemy, Pete Rock... Moi, je suis un grand fan de Gang Starr et de M.O.P.. Mais c'est vrai que N.W.A et ce qui a suivi nous a beaucoup inspirés. Mais on n'est jamais rentrés dans le délire West Coast. Notre délire, c'était Paname. C'est quand j'ai rencontré Aelpéacha et que j'ai commencé à faire des projets avec sa clique, que je me suis aperçu qu'il y avait beaucoup de mecs qui étaient vraiment à fond dans le style de vie californien. Et ils me voyaient un peu comme le précurseur via TSN. Je l'ai plutôt bien pris et ça m'a permis de rencontrer toute cette scène et de l'apprécier. Après, il y a des fanatiques mais je vais pas cracher sur ces mecs-là, ils donnent aussi la force, ils viennent aux concerts, ils achètent les disques... Mais c'est pas mon délire quand c'est trop poussé.

A : Tu as d'ailleurs été à l'origine d'un DVD autour de cette scène (LAXgone). Pourquoi ce projet ?

J : C'est au moment où je rencontre toute cette scène, en 2002. Il y avait vraiment toute une culture autour de ça, des passionnés, des mecs qui étaient prêts à trafiquer leur voiture pour qu'elle saute, qui allaient chercher leurs Dickies à l'autre bout du pays. Maintenant, avec internet, c'est moins présent mais à ce moment-là, c'était vraiment des acharnés. Et je ne trouvais pas juste que tout ce mouvement soit invisible, complètement indépendant, pas du tout médiatisé. On voulait laisser une empreinte de toute cette époque, toute cette culture en France dont personne ne parle.

"Je vais me rendre à ce concert avec mon bracelet électronique, tu vois, c'est des dérogations qu'on doit demander. C'est pas hyper simple pour tout le monde mais on aime la musique, on est dedans, on a jamais lâché." (Parano Refré)

A : Cette scène West Coast a été souvent critiquée...

J : Ouais, je pense que c'est le côté critique systématique en France, dès que c'est un peu différent. Les mecs qui critiquent sont à fond dans New York, ça se trouve, ou Chicago. A partir du moment où t'aimes le hip-hop en France, t'es obligé d'avoir un certain amour pour les États-Unis. Si t'aimes que le rap français, c'est que t'es pas dans la réalité. Les Américains ont amené cette musique au top, t'es obligé de respecter et d'aimer ça.

A : Tu suis toujours l'actualité du rap américain ?

J : Aujourd'hui, il y a tellement d'artistes par rapport à il y a dix ans que j'ai du mal à suivre, c'est impossible de tout connaitre. Je suis bien sûr tout ce qu'il peut se faire en Californie parce que c'est mon truc mais je suis aussi super ouvert à toutes les musiques tant que c'est bon. Donc j'écoute un peu de tout, je ne me ferme pas.

A : Pourquoi revenir maintenant ?

P : Parce qu'on nous l'a demandé. C'est clairement une demande du public.

A : Les retrouvailles se sont faites facilement ?

J : Parano et moi, on a toujours été en contact. Bees, ça faisait dix ans que je ne l'avais pas vu. Il m'a rappelé cet été : il avait croisé Parano dans la rue par hasard et il m'a dit qu'il était chaud pour relancer ça avant les 40 piges. Le déclic, ça a été la proposition de David de MPC Production, un concert le 23 octobre au Nouveau Casino. On voulait vraiment faire un truc autour de TSN, on sentait que c'était le moment et David nous a relancés dans ce sens.

A : Vous repartez juste sur un concert ou ça serait sur du long terme ?

J : Tout dépend de la réaction du public. Si le public est demandeur, rien ne s'y oppose.

P : On a des situations qui ont évolué, on a un peu moins de temps. Je vais me rendre à ce concert avec mon bracelet électronique, tu vois, c'est des dérogations qu'on doit demander. C'est pas hyper simple pour tout le monde mais on aime la musique, on est dedans, on a jamais lâché. Jee a continué à sortir ses projets, j'ai les miens aussi, j'avais un album de prêt mais mon ordinateur a planté, mon disque dur aussi donc c'est des projets que je n'ai pas pu sortir. Là, je me lance aussi dans la comédie, je bosse sur de la fiction, des films ou même des séries télé. Bees taffe aussi donc ça fait un peu des activités chacun de notre côté mais je pense qu'on peut facilement se laisser porter vers des titres. Il faudra sûrement compter sur TSN pour l'avenir.

A : La comédie, c'est quelque chose qui t'a toujours attiré ?

P : Ouais, je pense que ça fait partie de notre délire, on a toujours fait un peu de fiction. Tu vois, même Jee, quelque part, il est acteur dans la vidéo de "Je suis F", c'est pas juste un clip où il rappe avec des pouffiasses autour, il y a une vraie histoire, de la mise en scène. On s'est pris la tête à écrire un scénario via le texte. Il a aussi réalisé plusieurs DVD, pour Roll.K notamment. Donc dans notre démarche d'indépendants, on était déjà un peu dans la réalisation, la production de vidéos. On a fait une publicité avec Bees, aussi. C'est quelque chose qui m'a toujours passionné et par le biais de la télé (l'émission Blah Blah Rap sur MCM entre 1996 et 2000), ça m'a permis d'avoir des expériences et des connaissances. Tout est lié. L'important, c'est la sincérité, un état d'esprit qui est un peu le même dans toutes ces disciplines artistiques. Faut garder la sincérité et les portes s'ouvrent.

A : Vos enfants écoutent-ils votre musique ?

P : Qu'on le veuille ou non, maintenant avec internet, ils l'écoutent forcément. Mon fils va avoir 16 ans et il kiffe TSN, les grands frères de ses potes ont toujours les albums.

J : Mes enfants sont plus jeunes, ils écoutent des trucs de leur âge, de leur génération. Et ça me va bien [rires] ! J'essaye de les pousser à chanter de temps en temps avec moi, faire partager ma passion, surtout avec ma plus grande fille.

Tout Simplement Noir sera en concert au Nouveau Casino (Paris) le 23 octobre 2010.

1 | 2 | 3 |