Interview Tout Simplement Noir

19/10/2010 | Propos recueillis par Lecaptainnemo

« Page précédente | Page suivante »

A : Il y avait aussi un côté plus festif dans votre album : les tass-pé, la fonce-dé, les soirées... Des thèmes qui n'étaient pas vraiment traités à l'époque.

J : Je pense que, sans être les premiers, c'est la façon dont on a traité ces thèmes qui a interpellé les gens. Il y avait d'autres groupes qui parlaient de tass-pé ou de fonce-dé mais on a été les premiers à mettre en avant le côté chanson française, le patrimoine. Et ça a apporté un public différent, plus large que les simples amateurs de rap. Ça parlait à tout le monde, à toute la France.

P : Il faut dire qu'à cette époque-là, le rap français n'avait pas vraiment d'identité. Il était beaucoup dans la copie de ce que faisaient les Américains. Il y avait énormément de références en anglais, de phrases scratchées type "Fuck da police". Nous, on s'est pris la tête pour que nos références soient françaises. On a trouvé "A bas l'État policier", un chant de Mai 68, Trenet, Le Forestier, Mouloudji, Cloclo... Nos potes ne parlaient pas forcément anglais donc si c'était pour prendre des trucs que parfois nous-mêmes on ne comprenait pas, ça ne servait pas à grand chose. Essayons d'être sincères dans notre démarche jusqu'au bout, c'est ça notre identité Negro Parigot, notre héritage français.

A : Justement, il y avait aussi tout ce concept d'argot parisien que vous mettiez en avant...

P : Ouais, alors là, je t'avoue, on s'est un peu pris la tête, on cherchait vraiment un vocabulaire à nous, à placer des mots. Mais il y a des textes, franchement, même moi aujourd'hui j'y comprends rien [rires]. C'était notre truc, notre langage à l'époque et on voulait le mettre en avant.

A : Il y a beaucoup de références au monde de la nuit dans votre univers, les titres des deux albums, le nom de votre label (Noctambule Records). C'est une ambiance qui vous inspire ?

P : C'est surtout qu'à l'époque, on vivait la nuit [rires]. On ne fait pas partie du monde de la nuit comme on l'entend, showbiz, spectacle... Mais on vivait la nuit et alcool, bédos aidant, bah on se levait tard. On n'allait pas trop à l'école, on n'avait pas d'activité professionnelle "normale", donc on flemmardait beaucoup. Notre quotidien, c'était de se réveiller sur le coup de 12-13h, café à 14-15h, la tête dans le cul, bon faut quand même faire deux trois trucs, se démerder pour ramasser un peu d'oseille et surtout se préparer pour le soir, aller baiser les gonzesses en boîte ou aller voir les putes, se balader, apprécier Paris... C'était notre rythme de vie, quoi !

"Il y avait d'autres groupes qui parlaient de tass-pé ou de fonce-dé mais on a été les premiers à mettre en avant le côté chanson française, le patrimoine. Et ça a apporté un public différent, plus large que les simples amateurs de rap."

A : A propos de demoiselles, l'histoire de la monitrice de colo est véridique ?

P : [rires] Comment ça ? Bien sûr, oui, ça s'est même très bien passé et je pense lui avoir bien rendu hommage dans ce morceau !

A : Votre deuxième album, Le Mal de la nuit a moins fonctionné. Pourquoi, à votre avis ?

J : En fait, l'album sort un peu au moment où le groupe se sépare. MC Bees est parti, donc on n'a pas pu assurer réellement la promotion. Mais en réalité, niveau ventes, il a pratiquement aussi bien fonctionné que le premier.

P : Et puis c'était pendant les grandes grèves de 1997, on n'a pas eu de chance, la mise en bacs a été vachement ralentie, près de 3 mois après ce qui était prévu. Mais c'est vrai qu'on n'a pas eu de rotations radio, on n'a pas fait de clips. C'était le moment où le rap français prenait de l'ampleur, donc on est passés un peu inaperçus. Mais les gens connaissent bien les morceaux de cet album aussi, notre public nous a suivi. Juste, le groupe s'est arrêté donc c'était une période plus difficile.

A : Et vous ne vouliez pas continuer à deux ?

P : Non, il y avait un respect du groupe à trois, la personnalité du troisième. Donc on est plutôt partis sur d'autres projets. J'ai commencé à bosser sur MCM, on a monté le label La Pieuvre avec notre propre studio et on a bossé avec plein d'artistes et de musiciens hors rap. On était à fond dans ce projet, dans notre musique, le développement de nouveaux artistes...

A : D'ailleurs, 2000 est une grosse année pour le label avec quatre sorties : vos deux albums solos respectifs, celui de Roll.K et celui de Graine 2N. Ça fait un peu penser à l'univers de No Limit, Cash Money, au niveau graphique, rythme de sorties... Vous étiez un peu dans ce délire ?

P : On n'a jamais vraiment été calculateurs, le côté business tout ça... On était vraiment dans l'artistique. On bossait à fond dans notre studio. On s'est vraiment fait plaisir. Avec les recettes de nos premiers albums, on a vraiment tout mis là-dedans : produire des disques, bosser avec des musiciens...

J : Mais ouais, pour être honnête, c'était une influence. Ce qui me plaisait dans cette démarche, c'était d'être très productif et, en même temps, c'était bien bossé. Il y avait un univers propre, de la pochette aux productions. Ça a été beaucoup critiqué à l'époque mais c'était quand même une influence importante.

A : Après ces quatre sorties, vous passez un peu sous le radar. Que s'est-il passé ?

P : C'est une période où j'ai eu des petits soucis. Enfin, pas vraiment, je suis juste allé en taule pendant quelques années. Donc forcément ça a ralenti un peu les projets, je ne pourrais pas trop te dire tout ce que j'ai fait depuis cette époque, j'étais un peu éloigné et Jee se retrouvait dans une nouvelle dynamique, plus solo.

1 | 2 | 3 |